Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : COGNITIVISME

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis COGNITIVISME e En réaction aux errements de la psychologie mentaliste du xix siècle, qui reposait essentiellement sur l'introspection comme moyen d'étude, s'est e développé, au début du xx siècle, le behaviorisme. Ce courant de pensée considère que seuls les phénomènes objectivables et directement mesurables comme les comportements constituent des objets d'étude acceptables pour la psychologie. Les limites de cette approche de la psychologie, marquée par son refus dogmatique d'étudier les processus mentaux, apparaissent assez rapidement. Ainsi, vers 1950, sous l'influence du développement de l'éthologie et du renouveau des conceptions de l'apprentissage, le cognitivisme se construit en opposition au behaviorisme, avec pour objectif de réinvestir, à l'instar du mentalisme, l'étude du contenu de la « boîte noire ». Les recherches portent donc sur l'activité mentale et les processus intellectuels. Le développement des ordinateurs, les apports des théories du traitement de l'information et de l'intelligence artificielle permettront sa montée en puissance vers 1970. L'essence du cognitivisme L'objet du cognitivisme est l'étude expérimentale du fonctionnement mental, grâce auquel s'opère la sélection de l'information, son traitement et sa mémorisation. Ces processus permettent la constitution de l'expérience individuelle.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

COGNITIVISME

En réaction aux errements de la psychologie mentaliste du xixe siècle, qui reposait essentiellement sur l'introspection comme moyen d'étude, s'est développé, au début du xxe siècle, le behaviorisme. Ce courant de pensée considère que seuls les phénomènes objectivables et directement mesurables comme les comportements constituent des objets d'étude acceptables pour la psychologie. Les limites de cette approche de la psychologie, marquée par son refus dogmatique d'étudier les processus mentaux, apparaissent assez rapidement. Ainsi, vers 1950, sous l'influence du développement de l'éthologie et du renouveau des conceptions de l'apprentissage, le cognitivisme se construit en opposition au behaviorisme, avec pour objectif de réinvestir, à l'instar du mentalisme, l'étude du contenu de la « boîte noire ». Les recherches portent donc sur l'activité mentale et les processus intellectuels. Le développement des ordinateurs, les apports des théories du traitement de l'information et de l'intelligence artificielle permettront sa montée en puissance vers 1970.

L'essence du cognitivisme

L'objet du cognitivisme est l'étude expérimentale du fonctionnement mental, grâce auquel s'opère la sélection de l'information, son traitement et sa mémorisation. Ces processus permettent la constitution de l'expérience individuelle. Le champ d'investigation du cognitivisme peut se résumer en quatre questions fondamentales : comment un système naturel (homme ou animal) ou un système artificiel (ordinateur, robot...) acquiert-il et sélectionne-t-il les informations sur le monde ? Comment ces informations sont-elles représentées et transformées en connaissances par l'intervention de processus de codage (binaire, sémantique...) et de traitement (imagerie, synesthésie, organisation...) ? Comment les représentations sont-elles mémorisées ? Comment, enfin, les connaissances sont-elles utilisées pour moduler le comportement ?

Par ailleurs, l'étude comparée de la cognition permet de s'interroger sur les processus mentaux mis en jeu et leur évolution, en analysant les comportements des différentes espèces dans leur contexte écologique (ensemble des éléments non humains de l'environnement) et en recherchant dans quelles circonstances et dans quelles lignées évolutives, ou phyla, apparaissent certaines capacités cognitives telle que l'utilisation d'outils.

Les concepts clés

Trois concepts fondamentaux sont à la base de cette démarche : l'intelligence, la représentation et la conscience.

Issu de la psychologie humaine, le concept d'intelligence, utilisé dans différents champs disciplinaires, est un concept polysémique difficile à définir. En psychologies humaine et comparée, l'intelligence est définie comme l'aptitude à mettre en œuvre des solutions originales et innovantes pour s'adapter à un environnement changeant. Elle s'oppose ainsi à l'intelligence artificielle des ordinateurs ou à celle qui sous-tend certains comportements animaux, comme la danse des abeilles (système de communication permettant de diffuser dans la colonie des renseignements sur le lieu de provenance de la nourriture), qui correspondent à la mise en œuvre de routines préprogrammées et stéréotypées, adaptées à la résolution d'une catégorie unique de problèmes.

Le fonctionnement mental repose sur des représentations qui ne sont pas directement objectivables ni mesurables. La nature et les caractéristiques fonctionnelles de ces représentations sont donc étudiées à travers leurs manifestations comportementales. Cela nécessite le développement d'outils de mesure (méthode chronométrique permettant de comparer la durée des processus mentaux par exemple) et la mise au point de paradigmes expérimentaux sophistiqués pour poser les questions et recueillir les performances comportementales des sujets, à partir desquelles sont inférés les processus cognitifs. Les domaines de ces représentations couvrent les différents champs de l'activité mentale : représentations d'objets et de mondes propres (Umwelt en allemand, terme qui définit un monde d'impressions sensorielles et motrices que chaque organisme se forge à sa manière, selon ses équipements spécifiques et ses propres besoins), représentations symboliques de l'espace, du temps et des nombres.

Du fonctionnement mental émerge chez l'homme, et parfois chez l'animal, une forme de conscience qui repose sur une représentation de soi ainsi que sur une représentation de l'autre et de ses intentions (théorie de l'esprit). Cette forme de conscience permet d'adopter le point de vue de l'autre et se manifeste à travers des comportements de coopération, mais aussi de dissimulation ou de tromperie.

Les champs d'application

Le cognitivisme, d'abord restreint à l'étude de la cognition individuelle, s'est attaché à l'étude de la cognition dans les groupes sociaux. Ainsi, on a démontré l'existence d'une forme de cognition distribuée dans laquelle des phénomènes hautement complexes, comme la construction de nids à structures complexes ou la régulation de la division du travail chez les insectes sociaux, émergent à partir de règles d'interactions relativement élémentaires entre sujets dotés de capacités cognitives réduites.

Le cognitivisme, courant de pensée réactionnel apparu vers 1950, a finalement abouti à une véritable révolution conceptuelle au cours des années 1990. De nombreux domaines ont intégré la perspective cognitiviste dans l'étude du fonctionnement individuel, notamment dans les sciences humaines et la neurobiologie (philosophie, psychologie cognitive humaine, psychologie animale et comparée, éthologie cognitive, neuropsychologie, neurosciences cognitives, anthropologie), comme dans celui du fonctionnement des groupes et des institutions (psychologie sociale, sociologie, économie, gestion).

Par ses apports sur la connaissance du fonctionnement mental, le cognitivisme permet de déboucher sur une forme de métacognition dont les implications se manifestent dans différents domaines. Par exemple, les connaissances acquises sur le fonctionnement de la mémoire permettent de préconiser des stratégies efficaces pour faciliter l'acquisition (par l'apprentissage distribué, c'est-à-dire apprentissage fractionné sur plusieurs séances espacées dans le temps) et pour augmenter le rendement de la mémoire (par la mise en œuvre de stratégies efficaces de traitement de l'information) ou même pour lutter contre l'oubli (par l'utilisation d'indices de rappel appropriés et par le contrôle de l'état du sujet).

Les recherches fondamentales menées dans le cadre du cognitivisme trouvent également des applications dans des domaines variés comme le développement d'une robotique bio-inspirée ou la résolution de problèmes complexes de circulation et d'encombrement, grâce à la modélisation des comportements collectifs des insectes sociaux.

Auteur: JEAN MICHEL LASSALLE