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Définition et synonyme de : CONSTRUCTIVISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis C O N S T R U C T I V I S M E Le constructivisme ne surgit pas ex nihilo. Il est précédé par tout un ensemble de mouvements hétérogènes avant-gardistes issus de la Première Guerre mondiale et de l'espérance suscitée par la révolution de 1917.

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Ajouté le : 10 juillet 2013
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CONSTRUCTIVISME

S'il est toujours ardu de proposer une date de naissance pour un mouvement artistique, il est convenu de fixer les débuts du constructivisme en 1915, à la création du « contre-relief » de V. E. Tatline (1885-1953), qui juxtapose de manière non figurative des matériaux divers. Toutefois le terme même n'apparaît qu'en 1920. Lié à l'origine aux arts plastiques, le constructivisme connaît son véritable essor entre 1920 et 1930 et s'impose principalement en U.R.S.S. et dans quelques pays sous des formes moins marquées comme l'Allemagne, la Tchécoslovaquie ou la Pologne. Peu à peu, ses recherches débordent les seuls arts plastiques pour s'élargir au théâtre (notamment le décor) et à la littérature. Quelques noms propres symbolisent ce courant : A. M. Rodtchenko (1891-1956), Naum Gabo (1890-1977), Tatline ; pour le cinéma : S. M. Eisenstein (1898-1948) ou Dziga Vertov (1895-1954) et pour le théâtre V. E. Meyerhold (1874-1940) ou A. I. Taïrov (1885-1950). Ce recensement témoigne de l'hétérogénéité du constructivisme, parcouru de contradictions, irréductible à une seule motivation et une seule application. Néanmoins, par-delà les différences, entre par exemple un courant soucieux de recherches formelles et un autre dit « productiviste » et antiartistique, il est possible de caractériser schématiquement le constructivisme par son refus de l'objet esthétique en tant que tel. « La conception de l'art comme imitation du réel ou comme expression de l'inspiration individuelle est proscrite. Désormais l'œuvre d'art apparaît comme le produit d'un travail dont on peut mettre en évidence les composantes » (C. Hamon-Siréjols, Le Constructivisme au théâtre). Le constructivisme a partie liée, plus peut-être qu'aucune autre avant-garde, avec les théories politiques révolutionnaires : il s'implique, à sa façon, singulière, dans les aspirations et les réalisations bolcheviques.

Le constructivisme ne surgit pas ex nihilo. Il est précédé par tout un ensemble de mouvements hétérogènes avant-gardistes issus de la Première Guerre mondiale et de l'espérance suscitée par la révolution de 1917. Né au début des années 1920, dans la toute jeune U.R.S.S., il va connaître un cheminement indissociable des événements politiques qui lui sont contemporains : la Nouvelle Politique économique (N.E.P.) en 1921, les débats et conflits sur la question culturelle, la mort de Lénine (1924), jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Staline (1928) qui coïncidera vers 1930 avec la condamnation du mouvement pour formalisme – au même titre que toutes les avant-gardes esthétiques. S'il connaît véritablement son apogée entre 1922 et 1926, jusqu'à occuper une position quasi hégémonique au sein des avant-gardes, élargissant ses champs d'application à d'autres expressions « artistiques » mais aussi aux objets de la vie quotidienne, il est confronté simultanément à de vraies tensions et critiques.

Les propositions constructivistes ne se limitent ainsi pas aux seuls arts dits visuels. Face à la « peinture de chevalet » – et aux conceptions esthétiques qui en découlent –, il s'agit d'importer ces innovations au sein de tous les domaines de la vie concrète : architecture (on songe au Monument à la IIIe Internationale, jamais construit, proposé par Tatline), affiches, ameublements, vêtements, etc. Mais s'il tend à investir d'autres champs « artistiques » comme la littérature (jusqu'à « l'objet-livre »), le cinéma, la photographie ou, plus fondamentalement encore, le théâtre, ces incursions se révèlent toutefois problématiques. En avril 1922, la mise en scène par Meyerhold du Cocu magnifique de Piero Crommelynk, dans un dispositif « machine à jouer » de Lioubov Popova peut s'apparenter à la première application constructiviste au théâtre. Lieu d'expérimentation et de laboratoire, l'ensemble des composantes de la représentation (mise en scène, jeu, costumes, décor) participe du mouvement constructiviste, à l'exception notable du texte. Outre Meyerhold (qui renouvellera l'expérience constructiviste en créant La Terre cabrée d'après Marcel Martinet en 1923), d'autres praticiens, radicalement différents, tels Taïrov, s'associeront avec des constructivistes pour ouvrir la scène à ces nouvelles perspectives. Au-delà de ses apports aux arts du spectacle qui affirment la non-prééminence du texte, de telles volontés butent inexorablement sur des contradictions en partie insolubles. Le « jeu taylorisé », les dispositifs scéniques « construits » et mécanisés ne peuvent s'adapter qu'un temps à des dramaturgies qui leur préexistent. En outre, dans sa fonction sociale même, il existe une aporie : le théâtre « laboratoire de la vie future » (C. Hamon-Siréjols) entre inéluctablement en conflit avec l'art de masse dont les artistes se réclament.

Il n'empêche : qu'elle concerne aussi bien l'espace théâtral que le jeu de l'acteur, l'utopie théâtrale liée au constructivisme n'a par la suite cessé d'intriguer et d'inspirer des praticiens aussi différents que Julian Beck et Judith Malina, du Living Theatre ou, en France, Antoine Vitez.

Auteur: OLIVIER NEVEUX