Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : CULTURE

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis CULTURE Selon Raymond Williams dans Culture and Society 1780-1950 (1958), le terme « culture », qui désignait sous l'Ancien Régime tout processus humain d'apprentissage, change de sens sous l'influence de la révolution industrielle pour signifier « un état général de développement dans une société donnée » e et englober l'ensemble des arts. Dans le courant du xix siècle, la culture est « un mode de vie matériel, spirituel et intellectuel ». En sciences humaines, la pensée évolutionniste voit dans cette notion, prise dans son acception générale, la condition sine qua non de l'humain. C'est par la confection des outils et par le langage, c'est-à-dire par des artefacts culturels qui l'affranchissaient des instincts, que Homo sapiens se sépare de ses cousins primates et réussit à s'adapter à tout type d'environnement. Approches évolutionniste et fonctionnaliste L'ethnologie et l'anthropologie ont utilisé la notion de culture de deux façons. Pour l'école évolutionniste, opposée à l'école diffusionniste, les cultures humaines passaient par des étapes nécessaires qui allaient de la simplicité des formes vers une complexité croissante. L'outillage du Paléolithique, par exemple, révélait une évolution vers la diversification des formes et des matériaux, ce qui confortait les partisans de ces théories.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

CULTURE

Selon Raymond Williams dans Culture and Society 1780-1950 (1958), le terme « culture », qui désignait sous l'Ancien Régime tout processus humain d'apprentissage, change de sens sous l'influence de la révolution industrielle pour signifier « un état général de développement dans une société donnée » et englober l'ensemble des arts. Dans le courant du xixe siècle, la culture est « un mode de vie matériel, spirituel et intellectuel ». En sciences humaines, la pensée évolutionniste voit dans cette notion, prise dans son acception générale, la condition sine qua non de l'humain. C'est par la confection des outils et par le langage, c'est-à-dire par des artefacts culturels qui l'affranchissaient des instincts, que Homo sapiens se sépare de ses cousins primates et réussit à s'adapter à tout type d'environnement.

Approches évolutionniste et fonctionnaliste

L'ethnologie et l'anthropologie ont utilisé la notion de culture de deux façons. Pour l'école évolutionniste, opposée à l'école diffusionniste, les cultures humaines passaient par des étapes nécessaires qui allaient de la simplicité des formes vers une complexité croissante. L'outillage du Paléolithique, par exemple, révélait une évolution vers la diversification des formes et des matériaux, ce qui confortait les partisans de ces théories. Mais l'impossibilité de rendre compte des nombreuses exceptions à cette progression unilinéaire – notamment dans le domaine des réalisations intellectuelles et spirituelles – amena l'anthropologie culturelle à proposer une conception empirique de la culture. L'une des figures majeures de ce courant, Franz Boas (Race, Language and Culture, 1940), refusa la hiérarchisation des cultures des peuples primitifs et proposa une étude des formes dans une perspective relativiste. Les réalisations artistiques des peuples amérindiens, par exemple, furent analysées à partir de critères internes de composition, sans recourir à des considérations esthétiques ethnocentrées.

Il convient ici de dissiper une confusion malencontreuse entre culture et civilisation. Les travaux menés par Émile Durkheim et Marcel Mauss à partir de 1913 ont montré que les faits de civilisation s'étendent sur des espaces transnationaux et débordent les frontières d'un peuple, à partir de foyers déterminés par une puissance d'expansion qui leur est propre, comme les civilisations chrétienne, méditerranéenne, de la côte de l'Amérique nord-occidentale ou de la Mésoamérique, pour ne citer que quelques exemples. Les phénomènes de civilisation sont donc communs à un nombre plus ou moins grand de sociétés et ne permettent pas de qualifier des faits restreints à une société donnée.

Contrairement aux postulats des ethnologues diffusionnistes qui isolaient des traits culturels présentant une analogie formelle – des outils, des habitations, des parures ou des rites – pour en retracer la circulation, Bronislaw Malinowski, dans sa Théorie scientifique de la culture (1944), refusa ces spéculations et expliqua le caractère fonctionnel des cultures, en postulant que celles-ci formaient un ensemble cohérent et équilibré, en recourant à la notion controversée de besoins. Pour Malinowski, les éléments constitutifs de la culture auraient pour fonction de satisfaire les besoins essentiels de l'homme (besoin de se nourrir, de se protéger, de se reproduire...). Cette satisfaction était le but des institutions, c'est-à-dire des formes collectives et réglementées. Cette définition « biologiste » de la culture, comme l'explique Denys Cuche dans La Notion de culture dans les sciences sociales (1996), s'avéra incapable de sortir de la tautologie fonctionnaliste et d'expliquer des phénomènes dont la complexité échappait à la sphère des besoins primaires.

Autres approches

D'autres paradigmes culturels ont été élaborés, notamment par les anthropologues américains, dont celui de « culture et personnalité », l'un des plus féconds, représenté par Ralph Linton, Ruth Benedict et Margaret Mead. Pour ces auteurs, la personnalité individuelle ne relève pas du biologique mais de l'éducation et de l'environnement culturel dans le sens large : par exemple, les comportements sexués obéissent au modèle que chaque société se forge des rapports entre les hommes et les femmes et des caractéristiques « naturelles » et supposées des uns et des autres. Cette école a insisté sur la primauté de l'environnement culturel dans la formation du caractère et des comportements psychiques, y compris dans les activités et les gestes les plus « naturels » comme la copulation ou la nutrition. En somme, non seulement la culture est plurielle, mais elle informe tous les aspects de la vie de l'homme, des plus élémentaires aux plus complexes.

Le mérite revient à Claude Lévi-Strauss d'avoir donné à la question de la culture et de ses rapports avec la nature une orientation théorique nouvelle. Dans les Structures élémentaires de la parenté (1967), la prohibition de l'inceste, qui est à la fois universelle et coercitive, marque le passage de l'animalité à la culture. Car si la nature abandonne l'alliance – l'échange de femmes – au hasard, il est impossible à la culture de ne pas introduire un ordre et de ne pas substituer l'organisation à l'arbitraire. La séparation entre nature et culture est aussi à l'œuvre dans les mythes amérindiens étudiés par cet auteur de manière exhaustive. Ces récits de fondation de l'ordre social expliquent, en termes culinaires, la différenciation des hommes et des animaux, confondus à l'origine des temps : au terme d'un partage, la nourriture crue échoit aux diverses espèces animales tandis que l'homme choisit de cuire ses aliments (Mythologiques. Le Cru et le Cuit, 1964). La culture n'est donc pas seulement un outil conceptuel utilisé par l'anthropologie, c'est aussi une catégorie qui structure la pensée des peuples primitifs ou archaïques et départage ce qui relève des hommes et ce qui appartient au monde naturel. Aujourd'hui, l'éthologie animale, notamment celle des primates, tend à nuancer cette idée d'une rupture absolue entre nature et culture qui caractériserait l'humanité.

Mais la notion de culture n'est pas exclusive à l'anthropologie. La sociologie en particulier, influencée par les analyses de Gramsci, a insisté sur la dimension politique, en introduisant la distinction entre culture dominante et culture dominée. Ainsi s'est développé un intérêt croissant pour les cultures populaires – paysannes, ouvrières – abordées également par les historiens dans la seconde moitié du xxe siècle et approfondies depuis les années 1990 par l'école des subaltern studies qui cherche à récupérer les comportements, la voix et les valeurs des peuples opprimés. Dans les sociétés modernes, l'émergence de la jeunesse dans l'économie de marché à partir des années 1960 a donné naissance à une « culture des jeunes » caractérisée par des comportements langagiers, corporels, vestimentaires et musicaux. Enfin, la reproduction des images et des sons, ainsi que l'importance de la consommation ont donné naissance à de nouvelles formes culturelles de masse – films, clips, bandes dessinées, feuilletons télévisés, musiques diverses – qui ont une diffusion mondiale et doivent être étudiées avec de nouveaux outils méthodologiques adaptés aux phénomènes de globalisation.

Auteur: CARMEN BERNAND
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin