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Définition et synonyme de : DANDYSME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis D A N D Y S M E « Qu'est-ce qu'un dandy ? », demande Balzac dans le Traité de la vie élégante (1830). « Un meuble de boudoir, un mannequin extrêmement ingénieux [...], mais un être pensant, jamais. » Cette définition très critique met en évidence ce qui constitue l'un des traits fondamentaux du dandy : la part essentielle qu'il accorde à son apparence. Du point de vue littéraire, le dandy permet de constater le rôle que jouent, dans l'œuvre d'un artiste, son costume, son apprêt, son mode de vie – en un mot, son image. Pour Balzac, ce culte des apparences est incompatible avec la pensée ; pourtant, le dandysme va désigner la recherche d'une adéquation entre l'élégance de la mise et celle de l'esprit. Le mot dandy remplace petit à petit, en anglais, un terme emprunté au français, beau, pour désigner un homme particulièrement soucieux de son allure, de ses habits autant que de ses manières, et dont l'archétype fut « Beau » Brummel (1778-1840), célèbre pour ses brillants aphorismes. Le dandy n'est pas exactement l'excentrique décrit par Théophile Gautier dans Les Jeunes-France ; il n'est pas non plus endimanché, mais se caractérise par son caractère à la fois spirituel et extérieurement impeccable.
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DANDYSME

« Qu'est-ce qu'un dandy ? », demande Balzac dans le Traité de la vie élégante (1830). « Un meuble de boudoir, un mannequin extrêmement ingénieux [...], mais un être pensant, jamais. » Cette définition très critique met en évidence ce qui constitue l'un des traits fondamentaux du dandy : la part essentielle qu'il accorde à son apparence. Du point de vue littéraire, le dandy permet de constater le rôle que jouent, dans l'œuvre d'un artiste, son costume, son apprêt, son mode de vie – en un mot, son image. Pour Balzac, ce culte des apparences est incompatible avec la pensée ; pourtant, le dandysme va désigner la recherche d'une adéquation entre l'élégance de la mise et celle de l'esprit.

Le mot dandy remplace petit à petit, en anglais, un terme emprunté au français, beau, pour désigner un homme particulièrement soucieux de son allure, de ses habits autant que de ses manières, et dont l'archétype fut « Beau » Brummel (1778-1840), célèbre pour ses brillants aphorismes. Le dandy n'est pas exactement l'excentrique décrit par Théophile Gautier dans Les Jeunes-France ; il n'est pas non plus endimanché, mais se caractérise par son caractère à la fois spirituel et extérieurement impeccable. Comme le note Barbey d'Aurevilly, dans Du dandysme et de Georges Brummel (1845), « comme tout ce qui est universel, humain, a son nom dans la langue de Voltaire, ce qui ne l'est pas, on est obligé de l'y mettre, et voilà pourquoi le mot dandysme n'est pas français. Il restera étranger comme la chose qu'il exprime ». Le rapport du dandy à la société est exactement comparable à celui du mot dandy dans la langue française : il ne lui appartient pas, mais a besoin d'elle pour y être reconnu.

Contrairement à l'excentrique ou à l'artiste bohème, il ne se révolte pas contre l'ordre établi ; ce dernier, au contraire, lui est indispensable, et lui permet de se démarquer. Car le dandy a besoin d'un public qui l'admire et le remarque ; il est à la fois l'artiste et son propre personnage. Se comporter en dandy, « c'est avant tout le besoin ardent de se faire une originalité, contenu dans les limites extérieures des convenances », note Baudelaire dans le ixe chapitre du Peintre de la vie moderne, intitulé « Le dandy » (paru dans Le Figaro en 1863). Les dandys ont pour particularité « de cultiver l'idée du beau dans leur personne » ; ils sont un type particulier d'artistes, qui « possèdent ainsi, à leur gré et dans une vaste mesure, le temps et l'argent ». Bien différent des artistes révolutionnaires, engagés ou marginaux, le dandy est nanti, oisif, et maîtrise les codes de la société, auxquels il ajoute des critères d'exigence supplémentaires. Esthète et cultivé, il met au point, dans sa personne, une parfaite correspondance entre les apparences et l'esprit. Son goût des belles étoffes, des parfums, est lié à leur pouvoir évocateur et synesthésique. Moins superficiel que le fashionable, le dandy se signale aussi par une certaine forme de détachement, qui se rapproche des phénomènes littéraires de l'ironie et de l'autodérision.

Baudelaire fait correspondre au dandysme une série de figures atypiques de l'histoire : « Le dandysme est une institution vague, aussi bizarre que le duel ; très ancienne, puisque César, Catilina, Alcibiade nous en fournissent des types éclatants ; très générale, puisque Chateaubriand l'a trouvée dans les forêts et au bord des lacs du Nouveau Monde. » Mais si le dandysme est atemporel, le xixe siècle est bien le moment idéal du développement de cette forme paradoxale d'élite. En France, le terme intervient pour la première fois sous la plume de Mme de Staël en 1814. Élitiste lui-même, le dandy se veut un aristocrate (Barbey d'Aurevilly avait ainsi ajouté à son patronyme trop court le nom d'un de ses oncles). « Le dandysme, poursuit Baudelaire, apparaît surtout aux époques transitoires où la démocratie n'est pas encore toute puissante, où l'aristocratie n'est que partiellement chancelante et avilie. Le dandysme est le dernier éclat d'héroïsme dans les décadences. » Le décadentisme apparaît dès lors comme une exaspération des préceptes du dandysme, comme en témoignera le personnage de Des Esseintes, dans À Rebours (1884) de J. K. Huysmans, cultivant, dans une demeure somptueusement aménagée, son goût pour l'étrange et le rare : à la fin du xixe siècle, l'individualisme du dandy passe ainsi de la singularité à l'isolement ; l'élégance vestimentaire en devient dès lors un trait secondaire.

Le terme de dandy rassemble par essence des êtres réels (Alfred d'Orsay, lord Seymour, voire Stendhal, Eugène Sue) ou de fiction (Henri de Marsay ou Eugène de Rastignac chez Balzac) ; certains personnages littéraires de dandys sont aussi remarquables en ce qu'ils font écho à des personnages réels, comme le baron de Charlus dans À la recherche du temps perdu, dont un des modèles fut Robert de Montesquiou. De même, Oscar Wilde, à travers son œuvre et sa vie, cherche à assurer la persistance d'une image particulière, inclassable, qui finit par s'identifier avec les signes mêmes du personnage de l'écrivain. En cela, le dandysme n'est pas un mouvement littéraire, mais le caractère commun des écrivains inclassables, voire de l'artiste sans œuvre, comme le xxe siècle en donne de nombreux exemples – chez Andy Warhol par exemple. La peinture, mais surtout le développement de la photographie relaient aujourd'hui encore les gestes remarquables du dandy, forme aboutie d'un artiste reconnaissable et identifiable, à la fois singulier et sociable.

Auteur: FLORENCE FILIPPI
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