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Définition et synonyme de : ÉCOLOGIE POLITIQUE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ÉCOLOGIE POLITIQUE Bien que la médiatisation des questions environnementales tende à le laisser penser, l'écologie politique ne se cantonne pas à exiger la prise en considération des problèmes de pollution et de disparition des espèces. Elle s'interroge sur l'interdépendance entre l'homme et son environnement et sur la durabilité de nos modes de vie. En effet, les sociétés contemporaines prospèrent grâce à l'exploitation intensive de ressources non renouvelables, et sans se soucier des perturbations que les rejets issus de leur activité provoquent sur des écosystèmes complexes et fragiles. Les sources de l'écologie politique L'écologie politique est un courant de pensée apparu dans les années 1970 et dont les racines sont à la fois anciennes et diverses. Pour comprendre son émergence, il faut prendre en compte le modèle intellectuel dominant en Occident, développé à partir de sources philosophiques et religieuses qui considèrent l'espèce humaine comme supérieure aux animaux, et légitiment ainsi sa domination absolue sur une nature réifiée. Le rationalisme des Lumières a contribué au développement d'une conception impérialiste de la science et à la conviction que l'esprit et la Raison dominaient la matière. Les théoriciens de l'écologie politique ont développé leur réflexion en réaction à ces présupposés dualistes et ont proposé une approche holiste du monde et de la science.
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ÉCOLOGIE POLITIQUE

Bien que la médiatisation des questions environnementales tende à le laisser penser, l'écologie politique ne se cantonne pas à exiger la prise en considération des problèmes de pollution et de disparition des espèces. Elle s'interroge sur l'interdépendance entre l'homme et son environnement et sur la durabilité de nos modes de vie. En effet, les sociétés contemporaines prospèrent grâce à l'exploitation intensive de ressources non renouvelables, et sans se soucier des perturbations que les rejets issus de leur activité provoquent sur des écosystèmes complexes et fragiles.

Les sources de l'écologie politique

L'écologie politique est un courant de pensée apparu dans les années 1970 et dont les racines sont à la fois anciennes et diverses. Pour comprendre son émergence, il faut prendre en compte le modèle intellectuel dominant en Occident, développé à partir de sources philosophiques et religieuses qui considèrent l'espèce humaine comme supérieure aux animaux, et légitiment ainsi sa domination absolue sur une nature réifiée. Le rationalisme des Lumières a contribué au développement d'une conception impérialiste de la science et à la conviction que l'esprit et la Raison dominaient la matière. Les théoriciens de l'écologie politique ont développé leur réflexion en réaction à ces présupposés dualistes et ont proposé une approche holiste du monde et de la science.

Dans les pays anglo-saxons s'est développée une vision romantique de la Nature confortée par une tradition naturaliste prônant une approche globale. Les révolutions industrielle et agricole précoces au Royaume-Uni ont mis en lumière le caractère potentiellement destructeur du développement économique. L'existence de grands espaces sauvages aux États-Unis a permis une idéalisation de la Nature indomptée contrastant avec l'essor urbain. Les premières associations pour la conservation des espaces et ressources naturelles ont été créées en 1865 en Angleterre et 1892 aux États-Unis. Forte de cet héritage intellectuel particulier, l'écologie politique anglo-saxonne prône une compréhension holiste des relations entre espèces et conteste l'anthropocentrisme de la civilisation industrielle. La réflexion porte notamment sur le « droit des animaux », le végétarisme, voire le biocentrisme. La deep ecology ou « écologie profonde » demeure essentiellement cantonnée au monde anglophone et protestant bien que ses auteurs s'inspirent également de sources philosophiques non occidentales.

L'écologie scientifique est une autre source importante d'inspiration. Au début du xxe siècle, cette science a réduit l'éclatement disciplinaire des sciences de la nature grâce à une approche globale en termes d'habitat. Néanmoins, en raison d'un intérêt croissant pour les concepts de chaîne alimentaire et l'étude des échanges d'énergie, cette discipline a perdu son caractère naturaliste pour s'attacher à la maximisation de l'exploitation des ressources. Si les écologues se montrent méfiants à l'égard de l'écologie politique, c'est pour préserver leur spécificité scientifique et la « neutralité politique » qui lui est associée contre des militants qui utilisent la science pour légitimer et justifier des revendications particulières. Depuis les années 1970, les scientifiques sont parvenus à un consensus concernant l'impact des sociétés humaines sur l'environnement naturel. Leurs mises en garde n'ont été prises au sérieux par les décideurs politiques que près de vingt ans plus tard lorsque l'accélération des changements climatiques et de la disparition des espèces est devenue manifeste pour l'opinion publique.

L'écologie scientifique a été une source essentielle d'autorité et de légitimité pour l'écologie politique, en particulier en France, sans doute parce que les naturalistes ont été lents à s'organiser dans un contexte demeuré longtemps sensible à l'influence rurale. En outre, la culture politique est marquée par le rationalisme et l'universalisme des Lumières. Cela explique la résistance à l'écologie profonde et à des propositions provocatrices comme l'hypothèse Gaïa de James Lovelock. Ce climatologue de la N.A.S.A. a suggéré de considérer la Terre comme un organisme à part entière qui autorégule l'atmosphère afin de préserver un équilibre chimique normalement instable. Considérées comme dangereuses, ces approches holistes n'ont guère trouvé d'écho auprès de militants réticents à remettre en question la place centrale de l'homme. Les préoccupations en termes de protection d'un environnement sain et de qualité de la vie trouvent en revanche un écho dans le profond attachement aux terroirs et dans le mouvement contre-culturel d'après 1968.

L'écologie en politique

L'écologie politique ne revendique pas de père fondateur mais résulte de l'articulation d'une pluralité d'auteurs et de réflexions. Ce n'est qu'à partir du moment où des mouvements politiques ont utilisé l'impact des sociétés humaines sur l'environnement comme symptôme d'une crise à venir, comme symbole d'enjeux politiques et comme catalyseur de mobilisation que l'écologie a pu devenir un courant idéologique. L'apport des mouvements gauchistes et libertaires a été fondamental car c'est en leur sein que les courants naturalistes, scientifiques et romantiques ont été liés avec des préoccupations « sociales » et tiers-mondistes qui ont permis de rompre avec des tentations autoritaires, « conservationnistes » et conservatrices. L'écologie politique a développé une réflexion centrée sur l'égalité et la liberté, la démocratie de base, la non-violence, la solidarité internationale et le libéralisme moral.

La clé de voûte de l'écologie politique est la prise de conscience que la Terre est un monde fini dont les ressources naturelles sont limitées et doivent être gérées avec parcimonie. L'interdépendance entre les sociétés humaines et leur environnement naturel confère une dimension planétaire à des problèmes jusqu'alors considérés comme limités dans l'espace et le temps. Désormais, les revendications portant sur la protection de l'environnement sont liées à des questions de développement économique, de solidarité entre les peuples et les générations. L'écologie politique offre un cadre intellectuel cohérent et systématique à la contestation des bienfaits du progrès technique, de la croissance économique et de l'industrialisation. Jusqu'aux années 1990, l'écologie politique a souvent été accusée d'être une idéologie millénariste en raison non seulement de son insistance sur l'urgence de la situation mais également pour son ambivalence à l'égard de la science. En effet, bien que s'appuyant sur des travaux scientifiques, les militants politiques se montraient sceptiques quant à la capacité des technologies modernes à faire face à la crise écologique ou à conduire à une « bonne société ». Ils ont souvent été caricaturés comme partisans d'un « retour à la bougie ». Bien qu'attirant l'attention du public sur des problèmes délicats exigeant l'adoption de politiques potentiellement impopulaires, l'écologie politique affirme un horizon utopique, celui d'une société « soutenable », c'est-à-dire en harmonie avec la nature.

Alors que les mises en garde de l'écologie politique ont été confirmées par les travaux scientifiques, de grandes conférences internationales — dont les Sommets de Rio de Janeiro en 1992 et de Kyōto en 1998 sont les exemples — s'efforcent de coordonner des réponses multilatérales à des problèmes globaux. La plupart des dirigeants politiques et économiques acceptent à présent la fatalité de changements climatiques ou d'épuisement à terme de ressources fossiles essentielles. À de rares exceptions près, ils proclament tous une fibre « écologiste ». Pourtant, des préoccupations électoralistes ou économiques de court terme limitent la mise en application des principes ambitieux. La rhétorique écologique se traduit souvent par un pragmatisme au mieux environnementaliste qui ne remet en question ni le mode de développement de la société mondiale, ni la place centrale de l'homme. Ainsi, l'idéal de « société soutenable » a-t-il été approprié par des discours politiques par le biais du concept de « développement soutenable » qui combine, dans un langage politiquement correct et acceptable par le plus grand nombre, idéalisation du progrès et de la croissance économique infinie avec reconnaissance des limitations liées à notre dépendance à l'égard de la planète.

Auteur: FLORENCE FAUCHER-KING
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