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Définition et synonyme de : ÉGALITÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ÉGALITÉ Contrairement aux équations mathématiques, l'égalité juridique ne concerne pas des objets de pensée, mais des hommes, et les problèmes posés sont ici d'un tout autre ordre. Par opposition aux choses, auxquelles on peut toujours attribuer un prix, les êtres humains sont incommensurables, et leur dignité n'est pas dissociable de leur unicité. La valeur d'un homme est un absolu, alors que ce qui est relatif peut être évalué, puisque évaluer signifie toujours apprécier et comparer des réalités tenues pour équivalentes d'un certain point de vue. Si nous tenons les hommes pour égaux, c'est pour des raisons de principe, et si les hommes sont égaux, ils ne sont en aucun cas équivalents. L'égalité de droitsL'égalité de droits La notion d'égalité des droits résulte d'un long processus qui s'enracine dans les sources grecques, judéo-chrétiennes et stoïciennes de notre civilisation. À partir des réformes de Solon et de Clisthène (respectivement au début et à e la fin du vi siècle av. J.-C.), les citoyens athéniens bénéficient de l'isonomie (égalité devant la loi) et de l'iségorie (égal droit à la parole) qui assurent à chaque citoyen un statut de gouvernant potentiel. Cependant, les femmes, les étrangers et les esclaves ne sont pas des citoyens.
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ÉGALITÉ

Deux ou plusieurs réalités sont dites « égales » lorsqu'elles sont tenues pour semblables ou identiques sous un angle déterminé. On tient donc pour équivalentes, d'un certain point de vue, des choses qui ne le sont pas par ailleurs. Dans les faits, on ne trouve jamais deux réalités identiques au point d'être interchangeables. Leibniz a exprimé cette idée en formulant son fameux « principe des indiscernables » : deux gouttes d'eau, par exemple, ne sont jamais pareilles en tout point. L'égalité ne serait donc en aucun cas l'identité, mais plutôt une forme de similitude qui n'exclut pas les différences. Tout le problème est donc de déterminer à partir de quel degré de similitude deux êtres par ailleurs différents pourront être tenus pour égaux. Distinguons d'emblée les réalités mesurables et celles qui ne le sont pas. Dans le premier cas, on tiendra pour égales des réalités équivalentes sous l'angle d'une certaine mesure telle que le poids, la surface, la taille... Dans le second cas, on décidera de tenir pour égales des individualités en raison d'une similitude essentielle. La première approche de l'égalité est d'ordre scientifique. La seconde renvoie aux concepts moraux et juridiques de l'égalité. L'acception la plus rigoureuse de l'égalité est mathématique, mais elle ne l'est que dans l'exacte mesure où elle porte sur des réalités abstraites. Les mathématiques et la logique, ainsi que les sciences exactes établissent entre des objets de pensée des équivalences matérialisées par le signe =. Ces équivalences ou équations établissent des identités entre des variables (a et b par exemple) ou des combinaisons de variables (f (a) = b). Deux variables égales n'ont pas le même sens mais comportent le même référent (un même nombre réel par exemple).

Contrairement aux équations mathématiques, l'égalité juridique ne concerne pas des objets de pensée, mais des hommes, et les problèmes posés sont ici d'un tout autre ordre. Par opposition aux choses, auxquelles on peut toujours attribuer un prix, les êtres humains sont incommensurables, et leur dignité n'est pas dissociable de leur unicité. La valeur d'un homme est un absolu, alors que ce qui est relatif peut être évalué, puisque évaluer signifie toujours apprécier et comparer des réalités tenues pour équivalentes d'un certain point de vue. Si nous tenons les hommes pour égaux, c'est pour des raisons de principe, et si les hommes sont égaux, ils ne sont en aucun cas équivalents.

L'égalité de droits

La notion d'égalité des droits résulte d'un long processus qui s'enracine dans les sources grecques, judéo-chrétiennes et stoïciennes de notre civilisation. À partir des réformes de Solon et de Clisthène (respectivement au début et à la fin du vie siècle av. J.-C.), les citoyens athéniens bénéficient de l'isonomie (égalité devant la loi) et de l'iségorie (égal droit à la parole) qui assurent à chaque citoyen un statut de gouvernant potentiel. Cependant, les femmes, les étrangers et les esclaves ne sont pas des citoyens.

Le christianisme et le stoïcisme affirmeront bien l'égalité de principe de tous les hommes – indépendamment de leur sexe ou de leur appartenance ethnique –, mais sans se soucier d'étendre cette prérogative au domaine politique. Il faudra attendre la révolution théorique du « contrat social » et sa traduction politique au xviiie siècle pour que les différentes composantes de l'égalité soient réunies et proclamées dans la Déclaration américaine de 1776 puis, en France, dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Selon l'Article 1er de cette dernière : « Les hommes naissent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune ». Article 6 : « La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ». L'article 1er postule une égalité de principe entre tous les hommes, tandis que l'article 6 établit l'égalité des citoyens. Cette égalité comporte un aspect juridique (les prescriptions et les peines seront les mêmes pour tous), une composante politique (possibilité pour tous d'assumer des responsabilités politiques) et une dimension sociale : il n'y aura plus de privilèges ni de distinctions héréditaires ou préservées.

Égalité formelle, égalité fictive

Apparemment rigoureuse, cette approche est cependant assez ambiguë pour autoriser des lectures inconciliables. Suivant une interprétation libérale, l'égalité a trait essentiellement à la liberté, et celle-ci ne peut être garantie par l'État que formellement. Les hommes seront tous égaux en tant qu'ils sont libres, mais les pouvoirs publics ne peuvent promettre une égalité matérielle impliquant des dispositifs coercitifs peu compatibles avec la préservation des libertés fondamentales. Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1835-1840), met en garde les peuples démocratiques contre une débordante « passion de l'égalité » qui peut conduire à lui subordonner la liberté – pour laquelle nous n'aurions qu'un « goût » –, voire à la sacrifier sur l'autel de l'égalitarisme. Seul un État despotique en effet peut niveler les conditions sociales au point de proscrire et de prévenir toute dérive inégalitaire.

À l'opposé de cette perspective libérale, Karl Marx estime que l'égalité juridique n'est qu'un leurre destiné à masquer une réalité économique dont la logique est celle de l'appropriation illimitée des richesses et du bien commun au profit des plus habiles. L'État ne peut se contenter de déclarer l'égalité théorique des citoyens, il doit fournir à tous ses sujets les moyens matériels de jouir de leurs droits fondamentaux. L'accès à l'éducation est l'une des clés de voûte du système (« égalité des chances »). Pour Marx et ses émules, il ne saurait y avoir de liberté sans égalité concrète (sociale et économique) et chacun peut constater que, de fait, dans les sociétés dominées par l'économie capitaliste, les droits « formels » bénéficient surtout à une minorité de nantis.

Justice, égalité et différences

Il existe cependant aujourd'hui un libéralisme de gauche qui tente de dépasser cette antinomie entre une approche formelle et une conception matérialiste et volontariste de l'égalité. Pour John Rawls (Théorie de la justice, 1971), il est possible d'articuler exigence de liberté et idéal égalitaire. Une société juste est une société telle que les hommes sont tous susceptibles d'en approuver la règle fondamentale. Celle-ci combine un principe égalitaire (« tous les hommes ont droit aux mêmes libertés de base pourvu que celles-ci soient compatibles avec celles des autres ») et un principe inégalitaire : les différences sociales et économiques seront organisées de telle sorte que l'on puisse raisonnablement s'attendre à ce qu'elles soient à l'avantage de chacun tout en étant attachées à des positions et des positions ouvertes à tous. L'originalité de Rawls consiste à privilégier l'égalité (le premier principe est prioritaire et non négociable), tout en en déduisant un principe de « différence ». Aucune inégalité n'est ici légitimée en tant que telle, puisque le système ne peut être tenu pour « juste » que s'il est susceptible d'être approuvé par tous ceux qui, pour telle ou telle raison, se retrouvent relégués tout en bas de l'échelle sociale.

Aussi ingénieuse soit-elle, cette théorie se heurte à des objections de bon sens. John Rawls semble vouloir nier la réalité empirique qui est celle d'une lutte permanente contre des inégalités structurelles indéfiniment reconstituées. En outre, on voit mal comment l'idée d'un consensus sur des règles de maximisation du bien commun pourrait, au moins à moyen terme, trouver une traduction internationale.

Auteur: LAURENCE HANSEN-LOVE
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