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Définition et synonyme de : EMPFINDSAMKEIT

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Article publié par Encyclopaedia Universalis E M P F I N D S A M K E I T L'Empfindsamkeit est un mouvement préclassique qui se développe essentiellement en Allemagne du Nord, en réaction au rationalisme de l'Aufklärung (les Lumières germaniques), de 1740 à 1760 environ. Cette « sensibilité » (ou « émotivité » ou « sentimentalité ») nouvelle que l'on s'ingénie désormais à cultiver indique qu'une page est bel et bien en train de se tourner : il est désormais concevable d'exprimer en musique ses sentiments, ses passions, un parfum de galanterie même ou une inclination touchante. Les « affections de l'âme », telles qu'on les nomme, ses mouvements, ses humeurs, ses états trouvent un terrain artistique privilégié. À l'affranchissement de l'inspiration correspond du coup une libération de la forme, et l'on ne compte plus les fantaisies écrites pour tous les instruments (de l'allemand phantasieren : « s'abandonner à son imagination », « rêvasser », « battre la campagne par l'esprit » et, en musique, « improviser »), d'où les surprises harmoniques et rythmiques que l'on a souvent qualifiées d'étranges ou de bizarres.
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EMPFINDSAMKEIT

L'Empfindsamkeit est un mouvement préclassique qui se développe essentiellement en Allemagne du Nord, en réaction au rationalisme de l'Aufklärung (les Lumières germaniques), de 1740 à 1760 environ. Cette « sensibilité » (ou « émotivité » ou « sentimentalité ») nouvelle que l'on s'ingénie désormais à cultiver indique qu'une page est bel et bien en train de se tourner : il est désormais concevable d'exprimer en musique ses sentiments, ses passions, un parfum de galanterie même ou une inclination touchante. Les « affections de l'âme », telles qu'on les nomme, ses mouvements, ses humeurs, ses états trouvent un terrain artistique privilégié.

À l'affranchissement de l'inspiration correspond du coup une libération de la forme, et l'on ne compte plus les fantaisies écrites pour tous les instruments (de l'allemand phantasieren : « s'abandonner à son imagination », « rêvasser », « battre la campagne par l'esprit » et, en musique, « improviser »), d'où les surprises harmoniques et rythmiques que l'on a souvent qualifiées d'étranges ou de bizarres. Les tonalités mineures, l'expressivité mélodique, le rôle des silences, les modulations étonnantes, les variations inattendues de rythme et de tempo, de dynamique et d'agogique, les lignes chaotiques, l'impression d'improvisation – mais l'impression seulement : les reprises des Sechs Sonaten für Clavier mit veränderten Reprisen (Six Sonates pour clavier avec reprises variées, 1760) de Carl Philipp Emanuel Bach sont écrites par le compositeur et non laissées à la libre imagination de l'interprète –, la complexité rythmique, les passages en style récitatif instrumental (fort prisé) ou à l'unisson, les harmonies et les chromatismes audacieux, les recherches de couleurs préparent, aussi, la prochaine étape, celle du Sturm und Drang préromantique. Les méandres de l'écriture contrapuntique tombent progressivement en désuétude. On leur préfère l'écriture homophone, et une orientation vers plus de symétrie et de rigueur classiques.

Le deuxième des quatre fils musiciens de Jean-Sébastien Bach, Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788), le « Bach de Berlin et de Hambourg », est le principal représentant de ce mouvement. Si l'Empfindsamkeit incline à la musique instrumentale, c'est essentiellement par l'intermédiaire du clavier que le compositeur illustre le mieux ce courant (préférant d'ailleurs le clavier conducteur au continuo). Les sonates (dont un tiers sont en mineur) sont en trois mouvements vif-lent-vif ; la forme sonate à deux thèmes est mise au point et Carl est l'un des premiers à l'utiliser, après son frère Wilhelm Friedemann cependant ; la forme binaire à reprises est également appréciée. Ses six Sonates prussiennes (1740-1742) mêlent contrepoint et style galant. Ses six Sonates wurtembergeoises (1742-1744), dont la moitié sont en mineur, adoptent un style proche de la fantaisie. Les indications d'exécution des six sonates de la première partie du Versuch über die wahre Art das Clavier zu spielen (« Essai sur la véritable manière de jouer des instruments à clavier », 1753), inimaginables sous la plume de son père, méritent l'attention tant elles parlent d'elles-mêmes : andante, ma innocentemente pour le mouvement lent de la première, allegro con spirito pour le premier mouvement de la deuxième, allegretto grazioso pour le premier mouvement de la quatrième, arioso ed amoroso pour le mouvement final de la cinquième, adagio effetuoso pour le mouvement lent de la sixième..., sans compter les dynamiques nombreuses, du fortissimo au pianissimo. On évoque souvent le Trio pour deux violons et basse continue en ut mineur, W 161a (1749), où un dialogue – sorte de « musique à programme » avant la lettre – s'établit entre un tempérament sanguin et un caractère mélancolique (« Sangineus und Melancholicus »). Or le musicien n'écrit-il pas, dans son Essai sur la véritable manière de jouer des instruments à clavier (1753, 1762) : « Pour émouvoir, soyez ému vous-même. » ? Cette formule lapidaire résume à merveille l'état d'esprit artistique de l'Empfindsamkeit. Quel compositeur, dès lors, ne pourra la revendiquer comme sienne ?

Auteur: SOPHIE COMET