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Définition et synonyme de : ÉVOLUTIONNISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ÉVOLUTIONNISME Il est fréquent de voir dans l'évolutionnisme une conception qui concerne exclusivement les êtres vivants. Parfois même, on le confond avec une théorie de l'évolution, celle de Charles R. Darwin, et surtout de ses continuateurs. Plus généralement, la pensée évolutionniste admet que les changements des systèmes vivants sont des transformations qui font que ces systèmes procèdent les uns des autres, et interprète tous les phénomènes biologiques dans cette perspective. Une telle acception ne rend cependant pas compte d'un système de pensée beaucoup plus vaste dans lequel on peut voir, au-delà de toute théorie scientifique et au-delà de la biologie, une philosophie, une idéologie, une vision du monde – peut-être même la vision moderne du monde. DDee llaa bbiioollooggiiee àà llaa pphhiilloossoopphhiiee ddee ll''hhiissttooiirree L'évolutionnisme est sans doute devenu possible à partir de la révolution e scientifique moderne. Dès le xvii siècle, certains penseurs ont cherché à reconstituer le processus de formation de l'univers à partir d'un donné e matériel initial. Au xviii siècle apparaissent des conceptions déjà évolutionnistes de l'histoire ou de la genèse des facultés de l'homme et du e développement des sociétés humaines. Mais c'est évidemment le xix siècle qui va être non seulement le siècle de l'évolutionnisme biologique, mais aussi celui d'un évolutionnisme généralisé.
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POIRIER rené (1900-1995)

de Encyclopaedia-Universalis

ÉVOLUTIONNISME

Il est fréquent de voir dans l'évolutionnisme une conception qui concerne exclusivement les êtres vivants. Parfois même, on le confond avec une théorie de l'évolution, celle de Charles R. Darwin, et surtout de ses continuateurs. Plus généralement, la pensée évolutionniste admet que les changements des systèmes vivants sont des transformations qui font que ces systèmes procèdent les uns des autres, et interprète tous les phénomènes biologiques dans cette perspective. Une telle acception ne rend cependant pas compte d'un système de pensée beaucoup plus vaste dans lequel on peut voir, au-delà de toute théorie scientifique et au-delà de la biologie, une philosophie, une idéologie, une vision du monde – peut-être même la vision moderne du monde.

De la biologie à la philosophie de l'histoire

L'évolutionnisme est sans doute devenu possible à partir de la révolution scientifique moderne. Dès le xviie siècle, certains penseurs ont cherché à reconstituer le processus de formation de l'univers à partir d'un donné matériel initial. Au xviiie siècle apparaissent des conceptions déjà évolutionnistes de l'histoire ou de la genèse des facultés de l'homme et du développement des sociétés humaines. Mais c'est évidemment le xixe siècle qui va être non seulement le siècle de l'évolutionnisme biologique, mais aussi celui d'un évolutionnisme généralisé. Celui-ci devient un moyen de rendre compte des phénomènes dans tous les champs du savoir, notamment en biologie avec Lamarck (1744-1829) et Darwin (1809-1882) et en anthropologie avec G. Klemm, J.-J. Bachofen, L. Morgan. Il est explicité philosophiquement dans sa prétention à la validité universelle par Herbert Spencer (1820-1903). Nombre de grandes philosophies de l'époque sont également évolutionnistes (Hegel, Marx, Comte, Bergson).

Une caractéristique essentielle de l'évolutionnisme philosophique, même quand il est généralisé et ne concerne pas spécialement les êtres vivants, tient à la référence qu'implique le concept même d'évolution au développement d'un individu vivant. Spencer, le philosophe qui dégage le plus explicitement les principes généraux de l'évolutionnisme, reconnaît s'inspirer des travaux de certains biologistes, en particulier ceux de l'embryologiste K. E. von Baer (1792-1876). À l'origine, le terme « évolution » signifiait le déploiement d'un germe dans lequel une « forme » est déjà présente et encore enveloppée. Mais les progrès de l'embryologie au xviiie siècle ont conduit à renoncer à cette interprétation préformationniste pour adopter une conception épigénétique du développement du vivant, comme l'a montré Georges Canguilhem (1904-1995) en étudiant ce qu'il appelle la réformation des concepts d'évolution et de développement entre 1759 et 1859, date de parution de L'Origine des espèces de Darwin. Le cycle vital ne présuppose plus la forme, mais consiste en sa genèse, voire comporte une suite de métamorphoses conduisant à la forme de l'individu adulte. C'est ce concept d'une évolution-développement qui va être généralisé dans l'évolutionnisme. Von Baer présente l'évolution comme allant d'une matière indifférenciée à la matière différenciée et organisée. L'évolutionnisme philosophique applique cette idée non seulement à toute la suite des êtres vivants, mais au devenir de l'univers en général et à l'histoire humaine.

Cette conception de l'évolution a permis de dépasser l'idée de progrès indéfini caractéristique du xviiie siècle et dont Hegel, Comte et Spencer font également la critique. L'histoire universelle n'est pas simple progrès, mais évolution. La loi du progrès organique vaut pour toute forme de progrès : pour la formation de la Terre, de la vie, de la société, de l'industrie, du commerce, du langage, de la littérature, de la science et de l'art. Selon les Premiers Principes (1862) de Spencer, l'évolution est un changement qui va du diffus au concentré, du moins intégré au plus intégré. Elle va du simple au complexe chez les êtres vivants, mais, dans sa formulation la plus générale, elle va de l'homogène à l'hétérogène, et de l'indéterminé au déterminé. Le principe de causalité qui en rend compte est : « toute forme active produit plus d'un changement », ou « toute cause produit plus d'un effet ». L'effet est donc plus complexe que la cause. Toute force dépensée produit une complication croissante et éternelle. L'évolution répond donc à un principe inverse du principe d'entropie : c'est une création d'ordre au sein du désordre.

Les limites de l'évolutionnisme

L'évolutionnisme paraît pencher plutôt du côté du matérialisme, tout provenant par évolution d'un donné matériel homogène initial. En réalité, il est très ambigu. Il ne présuppose aucune forme, mais peut difficilement se passer d'une finalité interne. C'est précisément ce qu'implique sa référence constitutive au développement de l'individu vivant.

Dans tous les domaines, l'évolution serait donc un processus linéaire passant par une série d'étapes et qui se répète pour des réalités qui sont au départ semblables et se trouvent dans des conditions comparables. On peut donc définir une loi d'évolution pour un type de réalité donné. Les exemples de lois d'évolution de ce type sont innombrables, et illustrent la prégnance de l'évolutionnisme : la loi du développement de l'Esprit qui commande la succession historique des esprits des peuples chez Hegel, celle des trois états chez Comte, ou encore la loi de l'histoire pour le marxisme. Les premiers anthropologues veulent rendre compte d'une suite nécessaire de phases de l'histoire des sociétés humaines en fonction des techniques, des relations de parenté ou du facteur religieux.

Depuis plus ou moins longtemps selon les domaines, l'évolutionnisme a fait l'objet de réserves, d'abord au niveau de son accord avec les faits, plus tard pour ses principes. La critique a commencé dans les sciences humaines et la philosophie de l'histoire. Elle est maintenant générale. Même les cosmologistes préfèrent aujourd'hui parler d'histoire plutôt que d'évolution de l'univers. La biologie qui a fourni le schème embryologique inspirateur de l'évolutionnisme, et qui l'a conforté avec la théorie darwinienne de l'évolution, est peut-être la science où cette critique a le plus tardé à se manifester. Certes, Jacques Monod s'est attaqué aux visions globales de l'évolution, à l'animisme et à l'anthropocentrisme qui les caractérisent. Puis Georges Canguilhem a montré qu'en réalité la pensée de Darwin elle-même brise le cercle des concepts de l'évolutionnisme. Enfin, Patrick Tort explique que l'évolutionnisme spencerien a parasité Darwin, mais que celui-ci lui a dans une certaine mesure résisté.

La critique du grand récit évolutionniste laisse un vide important. Son pouvoir unificateur reposait sur la possibilité de présupposer un sujet et la continuité de son évolution. Sa vision globale est perdue, ce qui laisse la postmodernité quelque peu désemparée.

Auteur: HUBERT FAES
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