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Définition et synonyme de : FÉMINISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis FÉMINISME Le féminisme, notion désormais courante, est souvent identifié aux mouvements qui en ont popularisé l'idée. Sa perception a évolué au cours de l'histoire et a fait l'objet d'interprétations différentes, selon le regard porté sur sa pratique. Cependant, l'égalité entre les sexes demeure la référence du mot dont la signification se déplace entre la pensée théorique et l'expérience concrète ; il est de ce fait en évolution permanente. Ni doctrine ni idéologie, il exprime une volonté d'accéder à l'égalité de droit et de fait dans les sociétés où la domination des hommes sur les femmes structure le système politique et social. De l'égalitéDe l'égalité L'idée d'égalité entre hommes et femmes est fort ancienne, mais le mot « féminisme », a été introduit, par exemple, en France, par effraction dans le e langage du xix siècle. Longtemps, il fut attribué à Charles Fourier. Or c'est seulement en 1872 qu'Alexandre Dumas fils en use comme d'une épithète péjorative à l'encontre des hommes qui, favorables à la cause des femmes, voient leur virilité leur échapper. Dix ans plus tard, le mot « féminisme » acquiert son sens moderne dans l'opinion publique en étant revendiqué par ses adeptes. En devenant un substantif, le féminisme exprime la volonté de transformer les rapports sociaux entre hommes et femmes.
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FÉMINISME

Le féminisme, notion désormais courante, est souvent identifié aux mouvements qui en ont popularisé l'idée. Sa perception a évolué au cours de l'histoire et a fait l'objet d'interprétations différentes, selon le regard porté sur sa pratique. Cependant, l'égalité entre les sexes demeure la référence du mot dont la signification se déplace entre la pensée théorique et l'expérience concrète ; il est de ce fait en évolution permanente. Ni doctrine ni idéologie, il exprime une volonté d'accéder à l'égalité de droit et de fait dans les sociétés où la domination des hommes sur les femmes structure le système politique et social.

De l'égalité

L'idée d'égalité entre hommes et femmes est fort ancienne, mais le mot « féminisme », a été introduit, par exemple, en France, par effraction dans le langage du xixe siècle. Longtemps, il fut attribué à Charles Fourier. Or c'est seulement en 1872 qu'Alexandre Dumas fils en use comme d'une épithète péjorative à l'encontre des hommes qui, favorables à la cause des femmes, voient leur virilité leur échapper. Dix ans plus tard, le mot « féminisme » acquiert son sens moderne dans l'opinion publique en étant revendiqué par ses adeptes. En devenant un substantif, le féminisme exprime la volonté de transformer les rapports sociaux entre hommes et femmes.

Comme emblème d'un sexe assujetti, privé de droits civiques et minoré par le Code et autres états civils, au sein même des sociétés modernes, le féminisme fut et reste un des principaux symboles de l'idée politique d'égalité. Si l'émergence de l'idée ne peut être précisément datée, ponctuellement des femmes et des hommes rejettent le principe de deux natures humaines distinctes dans leur fonction sociale. D'autres dénoncent le sort réservé à ce qu'il est convenu d'appeler « la moitié de l'humanité » Déjà, Platon, dans sa cité idéale, imaginait des femmes philosophes et en capacité de gouverner la cité. À la fin du xive siècle, Christine de Pisan apparaît comme une pionnière de la critique de la domination. Tandis que Poulain de la Barre, en 1673, s'est fait l'avocat De l'égalité des deux sexes. Une succession de paroles critiques fut ainsi émise par des individus d'exception sous les régimes monarchiques où les ordres sociaux déterminaient, pour l'essentiel, le comportement des sujets du roi.

De l'universel

Le temps des révolutions (anglaise, américaine et française) inaugure une ère nouvelle : l'aspiration collective à l'égalité de tous et de chacune. Mary Astell, en Angleterre, en 1700, commence par analyser l'oppression des femmes ; Anna Wheeler en 1827 dénonce les « prétentions de l'autre moitié de l'humanité : les hommes » ; Mary Wollstonecraft prend la défense des droits universels de l'humanité à l'égale liberté (1791-1792). En France, Olympe de Gouges, avec la Déclaration des droits de la femme (1791), et le marquis de Condorcet, pour son plaidoyer en faveur de l'admission des femmes au droit de cité (1791), sont considérés comme les promoteurs du féminisme français.

L'évolution du sens du féminisme ne peut être séparée de son contexte historique. À l'origine de la pensée féministe, et au-delà des apparences physiques, est posée la question de l'identité au féminin. Les nombreux discours normatifs, dont cette notion fait l'objet, participent d'une construction politique et sociale que chaque société renouvelle et réinvente. Ainsi, les femmes furent rangées dans la catégorie réductrice de « la femme » dont le rôle a été longtemps strictement modélisé, selon l'idéal maternel. Tout débordement, au-delà des limites moralement admises, était alors considéré comme déviant. Pourtant, dès la fin du xviiie siècle, la vision réductrice du féminin, au sens social et religieux du terme, fut mise en cause par une minorité de lettrés qui y voyait le signe d'une domination et d'une oppression.

Vision confirmée amplement par les dispositifs politiques des démocraties représentatives qui, sous couvert de scientificité, ont cherché à limiter l'activité des femmes aux fonctions familiales puis à ses dérivés dans l'espace public (religieuse, infirmière, postière, ouvrière de l'aiguille, institutrice). Au xixe siècle, et encore largement au xxe siècle, toute autre activité réelle des femmes était jugée en excès : le travail fut considéré comme une perversion du capitalisme et la « femme auteur » eut quelques difficultés à se faire admettre, même comme exception. L'émergence de l'idée féministe, ses interprétations, en Occident puis dans les autres sociétés, ne peuvent être dissociées de ces représentations identitaires. L'existence des femmes dépendait assez largement de leur acceptation d'une identité au féminin, socialement admise et respectueuse de la coutume, voire des cultures ancestrales. Le savoir leur était compté, les droits universels leur étaient contestés, la connaissance philosophique et scientifique fut longtemps jugée contraire à l'être femme.

Aussi et en réaction à cet ensemble de contraintes et d'interdits, au cours du xixe siècle, des femmes ont constitué des mouvements en faveur de l'émancipation, de l'éducation et du travail des femmes. Paradoxalement et afin de se faire entendre, nombre de féministes réclament, au nom de vertus féminines spécifiques, l'égalité de droits. Ainsi, dès la fin du xixe siècle, se dessinent différents courants féministes : les uns rejettent toute discrimination sexuelle, tandis que d'autres admettent la complémentarité des rôles sociaux. Aussi, peu à peu, la confusion s'installe à propos de l'idée d'égalité. S'agit-il de prétendre à l'identité masculine pour accéder au savoir et exercer le pouvoir ? Comment est-il possible d'exister pleinement, en individu singulier ? En d'autres termes, qu'est-ce qu'être différent ?

De l'utopie

Dans les années 1940, Simone de Beauvoir en France (Le Deuxième Sexe, 1949), Viola Klein en Angleterre (The Feminine Character. History of an ideology, 1945) ont éclairé leurs contemporains sur l'aspect fondamentalement construit de l'être femme. « On ne naît pas femme, on le devient », figure parmi les slogans féministes les plus répandus.

L'expérience de l'autonomie collective des mouvements de libération des femmes, dans les années 1970, marque, en inaugurant le féminisme moderne, une véritable rupture avec la tradition des sociétés occidentales. Loin de vouloir imiter les hommes, au-delà de tout dogmatisme théorique et politique, les militantes ont cherché d'abord les chemins de la liberté qui leur étaient propres. Leur objectif n'était pas une quête d'identité mais bien un besoin d'être soi, singulièrement, afin d'être individuellement en mesure de participer à la vie collective, à égalité de compétences et en fonction de la diversité des expériences (aux États-Unis, par exemple, les femmes noires ont contesté la direction des mouvements dominés par des Blanches).

Les divergences n'ont pas été estompées pour autant car les sociétés restent marquées par l'organisation dissymétrique des fonctions de genre. Aujourd'hui encore, le féminisme « essentialiste » ou « différentialiste » revendique une nature ou des qualités féminines que justifie la dualité sociale des sexes, tandis que le féminisme universaliste se propose d'acquérir l'égalité dans le respect des différences, déliées de toute appartenance sexuelle. Une forme d'utopie, en quelque sorte, au sens réel du terme.

Auteur: MICHELE RIOT-SARCEY
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