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Définition et synonyme de : GUÉRILLA

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Article publié par Encyclopaedia Universalis GUÉRILLA Le terme « guérilla » apparaît avec la guerre menée par le peuple espagnol contre les troupes de Napoléon, de 1808 à 1813. La réalité qu'il recouvre repose sur des principes mis en avant dès l'Antiquité. La guérilla est étudiée et donnée en exemple par divers théoriciens militaires comme le Chinois Sun e Tzu, au iv siècle avant J.-C., ou le Prussien Karl von Clausewitz (1780- 1831), partisan de la guerre d'usure. Considérée comme le moyen d'action du faible opposé au fort, la guérilla, appelée aussi « petite guerre » à l'époque moderne, revêt en effet un caractère précieux lorsqu'il s'agit d'affronter un adversaire dont le potentiel militaire est sans conteste supérieur. Si l'on attribue désormais à la guérilla une nature strictement terrestre, il n'en fut pas toujours ainsi, notamment au gré des conflits maritimes de l'époque moderne, où les corsaires, par la guerre de course, ont effectué, à leur manière, une redoutable guérilla maritime. Par définition, les opérations de guérilla nécessitent un certain savoir-faire et une prise de risques qui doit être sans cesse mesurée et évaluée. Les clés de la guérilla La guérilla est le mode d'action privilégié par des combattants – civils ou militaires – confrontés à un adversaire plus puissant tant en moyens (matériels, armement) qu'en troupes engagées.
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GUÉRILLA

Le terme « guérilla » apparaît avec la guerre menée par le peuple espagnol contre les troupes de Napoléon, de 1808 à 1813. La réalité qu'il recouvre repose sur des principes mis en avant dès l'Antiquité. La guérilla est étudiée et donnée en exemple par divers théoriciens militaires comme le Chinois Sun Tzu, au ive siècle avant J.-C., ou le Prussien Karl von Clausewitz (1780-1831), partisan de la guerre d'usure. Considérée comme le moyen d'action du faible opposé au fort, la guérilla, appelée aussi « petite guerre » à l'époque moderne, revêt en effet un caractère précieux lorsqu'il s'agit d'affronter un adversaire dont le potentiel militaire est sans conteste supérieur.

Si l'on attribue désormais à la guérilla une nature strictement terrestre, il n'en fut pas toujours ainsi, notamment au gré des conflits maritimes de l'époque moderne, où les corsaires, par la guerre de course, ont effectué, à leur manière, une redoutable guérilla maritime.

Par définition, les opérations de guérilla nécessitent un certain savoir-faire et une prise de risques qui doit être sans cesse mesurée et évaluée.

Les clés de la guérilla

La guérilla est le mode d'action privilégié par des combattants – civils ou militaires – confrontés à un adversaire plus puissant tant en moyens (matériels, armement) qu'en troupes engagées.

Requérant des effectifs réduits, elle est synonyme de guerre de souplesse et de mobilité ; ce qui, toutefois, exige une rigueur extrême et un dispositif savamment organisé. La guérilla repose sur une structure logistique propre et approfondie, gage d'efficacité. Les francs-tireurs ou guérilleros, vocable également d'origine espagnole, doivent pouvoir disposer d'une base centrale, réputée inaccessible, relayée par des camps secondaires ; l'ensemble devant concourir à assurer un maillage des actions entreprises et un dispositif de repli pour les nécessaires et périodiques réorganisations des forces et les remises à niveau des éléments d'action. Les pertes subies se révèlent toujours trop lourdes, quelle que soit leur ampleur, dans la mesure où la valeur unitaire d'un franc-tireur recouvre une somme de savoir-faire beaucoup plus difficile à remplacer que dans le cas d'un soldat régulier.

L'essence même de la guérilla consiste à semer le trouble, le doute et le défaitisme dans l'organisation adverse. Les cibles privilégiées sont donc les infrastructures, les convois et unités conventionnelles de l'armée ennemie. Cela se concrétise par une stratégie de harcèlement, de désorganisation de la logistique, clé de voûte de tout dispositif politico-militaire, notamment en territoire occupé. Les actions de guérilla relèvent le plus souvent de groupes paramilitaires qui accomplissent des sabotages et attentats, des assassinats ciblés. Ils désorganisent les réseaux logistiques adverses et déstabilisent les soldats plus accoutumés aux combats de type conventionnel.

Mobiles et convictions

Bien que les manifestations de la guérilla soient relativement similaires d'un continent à un autre, les motivations des protagonistes varient, en vertu de facteurs sociaux ou ethniques, religieux ou politiques.

Ainsi, la guérilla peut, par exemple, s'animer au sein d'une population en réaction à l'occupation de son territoire national. Elle vise alors à ébranler les certitudes des troupes occupantes qui, néanmoins, peuvent réagir par une politique de répression brutale. Dans l'histoire, celle-ci ne fait d'ailleurs qu'accentuer la guérilla et conforter le sentiment de vengeance des populations visées, auxquelles la guérilla est intimement liée.

Les groupes de guérilla sont généralement, au regard de l'histoire contemporaine des xixe et xxe siècles, inscrits dans une logique nationaliste et / ou révolutionnaire, en Amérique latine, en Asie ou en Afrique, lorsqu'il s'est agi de lutter contre les grandes puissances coloniales, puis tout au long de la guerre froide sous l'impulsion des idéologies de gauche et d'extrême gauche. Systématiquement, les groupes d'opposition armées inscrivent leur guérilla dans une dimension de guerre civile.

La guérilla, par ailleurs, peut aussi être suscitée et entretenue – comme ce fut aussi le cas au cours de la guerre froide – dans le cadre d'opposition de deux blocs, au cœur de conflits délocalisés. Une grande puissance peut alors diligenter des conseillers militaires chargés d'implanter dans un pays visé un réseau de résistance destiné à opérer sur les arrières de l'adversaire. Une fois les réseaux de guérilla équipés et organisés en groupes de combat, des actions offensives peuvent alors être engagées. C'est ce qu'il advint en Afghanistan lorsque les Américains encadrèrent les forces des moudjahidin contre les troupes soviétiques. À l'inverse, les Cubains et les Soviétiques firent de même dans divers pays d'Amérique latine, ainsi qu'en Angola et au Mozambique.

Une riposte : la contre-guérilla

Compte tenu de l'efficacité générée par les opérations de guérilla, les puissances visées sont obligées de former des éléments de contre-guérilla, le dessein étant d'adopter des méthodes de combat similaires à celles des guérilleros.

Faut-il le rappeler : guérilla et contre-guérilla ne peuvent être véritablement efficaces si elles se coupent de l'impact profitable de la propagande, de la guerre de la communication. Il faut, sans cesse, s'assurer du soutien ou de la neutralité forcée – sous la menace – des populations locales. De même, les forces conventionnelles qui s'appliquent à la contre-guérilla doivent, au préalable, constituer leurs propres unités spécialisées. Ce qui nécessite des hommes rompus aux techniques de combat en quasi-autonomie, dotés de moyens de communication sophistiqués et d'un armement suffisant, avec une connaissance parfaite du milieu géographique dans lequel ils doivent intervenir.

Globalement, la lutte anti-guérilla, souvent longue et fastidieuse, exige un recours permanent au renseignement au sein des populations, une infiltration clandestine des groupes de guérilla eux-mêmes. Elle ne s'estompe que faute de combattants, ou lors de la disparition successive et rapprochée des principaux responsables de la guérilla.

La démarche contemporaine de la guérilla

À partir du xxe siècle, la guerre de l'ombre a pris une ampleur inégalée. Surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, à travers l'action des maquisards, des partisans, des commandos, puis des forces spéciales, associés aux groupes Action des services secrets.

La guérilla peut s'appliquer dans tous les milieux, même si elle doit privilégier – question de survie et de pérennité de son action – les zones rurales, les massifs montagneux, les forêts profondes pour s'y réfugier et s'y réorganiser. Pour autant, la guérilla sait s'adapter au milieu urbain, jouant sur la mobilité de ses éléments et la vulnérabilité des moyens terrestres conventionnels qui lui sont opposés (chars, véhicules motorisés). Entre force de frappe et dispersion salvatrice, la guérilla urbaine nécessite des moyens lourds autant qu'efficaces, rodés par un entraînement préalable, au risque, dans le cas contraire, d'être laminée par les forces adverses, généralement forces d'occupation ou de contrôle.

Quoi qu'il en soit, la guérilla doit toujours disposer d'une voie d'évasion, d'une porte de sortie pour éviter d'être prise au piège. Aussi, ne rassemblera-t-elle jamais en un seul et même endroit l'ensemble de ses forces. Elle demeure structurée en damier, avec des groupes mobiles mais en interrelation permanente, limitée ou sécurisée.

Auteur: Pascal LE PAUTREMAT
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