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Définition et synonyme de : HINAYĀNA

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Article publié par Encyclopaedia Universalis HINAYĀNA L'expression Hinayāna (« petit véhicule »), polémique et péjorative, apparaît dans la littérature bouddhique vers les débuts de l'ère chrétienne. Elle connaîtra plusieurs évolutions altérant sensiblement sa signification initiale. Mais cette multiplicité de sens est aujourd'hui rarement prise en compte et l'expression est souvent employée sans qu'on sache réellement à laquelle de ces définitions on se réfère. Le bouddhisme des origines Le terme yāna lui-même est assez peu employé dans la littérature bouddhique ancienne et généralement dans son sens matériel de « char ». Quand il se rapporte à l'enseignement du Bouddha, il apparaît sous la forme de « ekayāna » (véhicule – yāna, unique – eka) pour signifier qu'il est le seul enseignement capable de mener au-delà du samsāra – le cycle douloureux des naissances et des morts – par opposition aux autres enseignements spirituels. Il est alors employé comme synonyme de dharma, la doctrine à mettre en pratique, comme un « véhicule » ou « moyen de progression » sur la voie de la vérité. Le « véhicule unique » désigne alors l'enseignement que, seul, un Bouddha pleinement accompli (samyaksambuddha) peut transmettre, par compassion, à tous ses auditeurs (srāvaka), afin qu'ils cheminent sur la voie qui mène à l'Éveil et à la libération, à l'état d'arhat (« Méritant ») ou « Bouddha-auditeur » (srāvakabuddha).
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HINAYĀNA

L'expression Hinayāna (« petit véhicule »), polémique et péjorative, apparaît dans la littérature bouddhique vers les débuts de l'ère chrétienne. Elle connaîtra plusieurs évolutions altérant sensiblement sa signification initiale. Mais cette multiplicité de sens est aujourd'hui rarement prise en compte et l'expression est souvent employée sans qu'on sache réellement à laquelle de ces définitions on se réfère.

Le bouddhisme des origines

Le terme yāna lui-même est assez peu employé dans la littérature bouddhique ancienne et généralement dans son sens matériel de « char ». Quand il se rapporte à l'enseignement du Bouddha, il apparaît sous la forme de « ekayāna » (véhicule – yāna, unique – eka) pour signifier qu'il est le seul enseignement capable de mener au-delà du samsāra – le cycle douloureux des naissances et des morts – par opposition aux autres enseignements spirituels. Il est alors employé comme synonyme de dharma, la doctrine à mettre en pratique, comme un « véhicule » ou « moyen de progression » sur la voie de la vérité.

Le « véhicule unique » désigne alors l'enseignement que, seul, un Bouddha pleinement accompli (samyaksambuddha) peut transmettre, par compassion, à tous ses auditeurs (srāvaka), afin qu'ils cheminent sur la voie qui mène à l'Éveil et à la libération, à l'état d'arhat (« Méritant ») ou « Bouddha-auditeur » (srāvakabuddha). Ce caractère exceptionnel du Bouddha-enseignant était considéré au départ comme le résultat d'un parcours extraordinaire : sa carrière de bodhisattva (« être promis à l'Éveil ») au cours de laquelle, par lui-même, sans aucune aide ni enseignement, il redécouvre la Loi qui régit les phénomènes et les pratiques pour atteindre l'Éveil.

Cependant, pour certaines écoles du bouddhisme ancien, du courant Mahāsānghika – « Grande Assemblée » –, qui feront référence à plusieurs textes prêtant à des interprétations contradictoires, le bodhisattva aurait lui-même profité de l'enseignement de Bouddhas plus anciens, rencontrés au cours de ses très nombreuses vies successives. Pour les adeptes de cette théorie, il existerait plusieurs enseignements : celui des disciples « auditeurs », qui porte sur la pratique de la discipline (vinaya) et mène à l'état d'arhat, et celui des disciples bodhisattva, qui transmet la pratique des « vertus transcendantes » (pāramitā) menant à l'Éveil des Bouddhas pleinement accomplis.

Cette controverse met en évidence un changement de paradigme important. À une époque ancienne, c'était le Bouddha après son Éveil qui constituait un exemple à suivre ; il était l'exemple même du bhikshu, le renonçant « sans foyer » qui pratique la discipline (vinaya) et développe l'attention à chaque instant, bien qu'il ait déjà atteint l'Éveil ; il exprime sa compassion en délivrant son propre enseignement et par l'exemplarité de son mode de vie de bhikshu. En revanche, on assiste au fil des siècles à une valorisation du bodhisattva, dans son cheminement avant l'Éveil. Celui-ci est souvent présenté comme un « maître de maison », engagé dans la vie sociale, œuvrant au bien d'autrui en même temps qu'il travaille à sa propre libération. Dans ce cas, sa compassion s'exprime par l'aide active qu'il apporte à tous, en usant des « moyens habiles » qui amènent les gens ordinaires à s'engager sur la même voie que lui, et par l'enseignement qu'il a reçu et qu'il transmet à son tour, même s'il n'a pas encore atteint le plein Éveil.

Ce changement de paradigme sera évident dans la littérature dite du « Grand Véhicule » (Mahāyāna), qui se développe aux alentours de l'ère chrétienne. Celle-ci présente non seulement de nombreux bodhisattva recevant et transmettant des enseignements, mais précise que ces divers enseignements sont délivrés en fonction de la motivation des disciples : enseignement des « auditeurs », quand on vise uniquement sa propre libération individuelle (le « petit véhicule », pour une seule personne), ou enseignement des bodhisattva, quand on vise la libération de tous les êtres (le « grand véhicule », capable d'emmener l'humanité tout entière). L'expression « véhicule unique » (ekayāna) n'englobe plus alors l'ensemble des enseignements du Bouddha, mais le seul enseignement qui mène au plein Éveil, celui que suivent les bodhisattva.

Les évolutions du bouddhisme

Au cours de leur développement, les écoles du Mahāyāna insisteront de plus en plus sur la sagesse et l'omniscience développées lors du plein Éveil, plutôt que sur la libération du samsāra, que vivent aussi les arhat, lors de l'« extinction définitive » (parinirvāna). Le nirvāna n'est plus alors conçu comme une réalité « autre », mais bien plutôt comme la vision juste du samsāra, ce qui permet au Bouddha d'y poursuivre son œuvre sans en être prisonnier. Cette vision juste est liée à l'enseignement de la vacuité universelle (́sunya) de tous les phénomènes. Le « petit véhicule » ne désigne plus tant un mode de cheminement jusqu'à la libération, qu'une sagesse moins développée, non omnisciente, qui incite l'arhat à sortir du samsāra plutôt qu'à y œuvrer au salut de tous les êtres. Elle stigmatisera aussi de cette manière une école du bouddhisme ancien, le Sarvāstivāda – principal contradicteur des écoles du Mahāyāna – qui soutenait la thèse de l'existence ultime des phénomènes. Le terme Hinayāna vise alors aussi un certain système philosophique.

En contexte chinois, surtout influencé par la littérature du Mahāyāna, le terme Hinayāna sera employé à double titre, pratique et philosophique : il fera référence au mode de vie du bhikshu et à l'enseignement des « Quatre Nobles Vérités », socle doctrinal des écoles du bouddhisme ancien, qu'étudient ceux qui visent l'état d'arhat. Par opposition, le Grand Véhicule s'adresse aux bodhisattva qui visent le plein Éveil et l'omniscience des Bouddhas parfaitement accomplis, grâce à l'enseignement de la vacuité (śūnyatā). Pour les écoles proprement chinoises, qui se développent surtout à partir du ve siècle de notre ère, ces deux « Véhicules » finiront par être exclusifs l'un de l'autre. Certaines en viendront à ne plus transmettre les préceptes monastiques ni même l'enseignement des Quatre Nobles Vérités, jugés « inférieurs » voire inutiles, au profit des seuls « vœux de bodhisattva » et de l'enseignement de la vacuité. Il n'existera pas, en Extrême-Orient, d'enseignement relevant strictement du Hinayāna.

En contexte indien, puis surtout tibétain, le développement du tantrisme bouddhique (Vajrayāna) infléchira encore la signification du terme, avec l'introduction d'un nouveau « Véhicule », celui des tantra (tantrayāna ou vajrayāna). Ces nouveaux textes présentent des pratiques liées à l'enseignement de la vacuité universelle et de la présence, en chaque être, d'une « nature de Bouddha » (tathāgatagarbha), doctrine développée par les écoles tardives du Mahayana. Elles institueront une hiérarchie entre les trois véhicules : le Hinayāna correspond à la pratique de la discipline et du renoncement, considérée comme un préliminaire au Mahāyāna, qui permet de développer sagesse et compassion, qui culminera lui-même dans la pratique du Tantrayāna. Chacun de ces yāna n'est plus considéré comme une voie complète, ni même comme l'exposé d'un système philosophique, mais comme les étapes successives d'une progression, doctrinale et pratique, chacune libérant le pratiquant d'un type d'illusion chaque fois plus subtile.

La littérature des tantra se développant elle-même, on en vint à envisager de six à neuf yāna successifs, en fonction des textes de référence. Ainsi la motivation, déterminante dans le choix qu'effectue chaque individu d'un véhicule particulier, est-elle envisagée désormais comme évoluant au fur et à mesure de la pratique de chaque véhicule : le pratiquant du Hinayāna, parvenu à l'état d'arhat, peut être ainsi « orienté » vers la pratique du bodhisattva, enseigné dans le Mahāyāna, avant de s'engager finalement dans la pratique du Tantrayana. Les yāna, ici, ne sont pas considérés comme exclusifs mais comme cumulatifs, le « véhicule » plus élevé intégrant et dépassant le « véhicule » qui lui est immédiatement inférieur.

Auteur: DOMINIQUE TROTIGNON
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