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Définition et synonyme de : HUMANISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis HUMANISME Le supplément au Littré de 1877 donne deux sens au mot « humanisme » : 1. la culture des belles-lettres, des humanités ; 2. la « théorie philosophique qui rattache les développements historiques de l'humanité à l'humanité elle- même ». La première définition désigne l'humanisme philologique, la seconde l'humanisme philosophique. Les deux humanismes C'est Georg Voigt qui le premier, dans Pétrarque, Boccace et l'humanisme de la Renaissance (Die Wiederbelebung des classischen Alterthums, oder das erste Jahrhundert des Humanismus, 1859 ; trad. franç. de la première partie de l'ouvrage, 1894), fait naître l'humanisme philologique en Italie, à la fin du e xiv siècle. Les écrits des chanceliers de Florence Coluccio Salutati (1331- 1406) et Leonardo Bruni (1370-1444) témoignent en effet d'un rejet des « études modernes » (scolastiques) et de la valorisation des études de textes antiques (studia humanitatis), à commencer par ceux de Cicéron (106-43 av. J.-C.). Humanitas est en effet un terme cicéronien, qui ne signifie pas seulement l'« humanité » aux sens génétique et moral actuels, mais d'abord la culture, la paideia des Grecs. Pour Cicéron, faire preuve d'humanitas, c'était à la fois se distinguer de l'animal (savoir qu'on appartient à une espèce à part), de l'esclave et du travailleur (savoir tout ce qui rend l'homme libre digne de participer à la vie politique de la cité).
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HUMANISME

Le supplément au Littré de 1877 donne deux sens au mot « humanisme » : 1. la culture des belles-lettres, des humanités ; 2. la « théorie philosophique qui rattache les développements historiques de l'humanité à l'humanité elle-même ». La première définition désigne l'humanisme philologique, la seconde l'humanisme philosophique.

Les deux humanismes

C'est Georg Voigt qui le premier, dans Pétrarque, Boccace et l'humanisme de la Renaissance (Die Wiederbelebung des classischen Alterthums, oder das erste Jahrhundert des Humanismus, 1859 ; trad. franç. de la première partie de l'ouvrage, 1894), fait naître l'humanisme philologique en Italie, à la fin du xive siècle. Les écrits des chanceliers de Florence Coluccio Salutati (1331-1406) et Leonardo Bruni (1370-1444) témoignent en effet d'un rejet des « études modernes » (scolastiques) et de la valorisation des études de textes antiques (studia humanitatis), à commencer par ceux de Cicéron (106-43 av. J.-C.). Humanitas est en effet un terme cicéronien, qui ne signifie pas seulement l'« humanité » aux sens génétique et moral actuels, mais d'abord la culture, la paideia des Grecs. Pour Cicéron, faire preuve d'humanitas, c'était à la fois se distinguer de l'animal (savoir qu'on appartient à une espèce à part), de l'esclave et du travailleur (savoir tout ce qui rend l'homme libre digne de participer à la vie politique de la cité).

Salutati et Bruni, hautement impliqués dans la République florentine, étaient naturellement sensibles à l'aspect civique de l'humanitas cicéronienne. Mais ils lui faisaient néanmoins subir une déformation chrétienne. L'Université médiévale distinguait en effet l'étude des sujets sacrés (litterae diviniores) et celle des sujets laïcs (litterae humaniores). L'humanitas ne désignera donc plus la qualité des seuls hommes libres, mais ce qui définit la nature de l'homme, animal raisonnable vivant en société. Les studia humanitatis comprennent donc tous les savoirs relatifs à la vie en société, à commencer par la rhétorique et la grammaire, arts de la communication.

L'humanisme philosophique, qui apparaît au xixe siècle, est alors synonyme, comme sous la plume de Pierre Joseph Proudhon (Philosophie de la misère, 1846), d'athéisme : l'homme cherche à prendre la place de Dieu. On lui trouve rapidement la même origine historique que pour l'humanisme philologique : la Renaissance. Les historiens qui procèdent à cette identification, au premier rang desquels Jacob Burckhardt (La Civilisation de la Renaissance en Italie, 1860 ; trad. franç., 1885), voient dans l'humanisme de la Renaissance une philosophie et une façon de vivre anti-médiévales, donc anti-catholiques, profanes, rationalistes et scientifiques. Leur vision de l'histoire est continue, progressiste et anachronique. L'humanisme philologique constituerait le premier moment de rupture avec la pensée médiévale ; l'humanisme philosophique, contemporain de la Réforme protestante, serait son approfondissement, lui-même développé par Descartes, Voltaire, et conclu par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en 1789.

Ces deux conceptions de l'humanisme de la Renaissance sont des extrêmes, qui ont connu nombre de paliers intermédiaires et de révisions. On a ainsi tendance aujourd'hui à considérer l'humanisme comme moins révolutionnaire et moderne que ne le pensait Burckhardt. En effet, tous les humanistes sont chrétiens, et leur philologie s'applique également aux textes patristiques, qu'ils redécouvrent. Leur philosophie n'est pas si rationnelle, et elle demeure teintée de théologie. Leur science ne se distingue jamais totalement de la magie. Enfin, les humanistes ne constituent pas un groupe homogène, mais une myriade d'individualités exceptionnelles. Aussi pourra-t-on difficilement donner une définition univoque du terme. Cependant, un trait récurrent apparaît chez tous les historiens : l'humanisme de la Renaissance implique toujours une esthétique spécifique, un rapport original de la pensée et de la forme.

Humanisme et esthétique

Si l'on a fait naître l'humanisme à la Renaissance, c'est parce que la Renaissance est d'abord une réformation, un renouvellement des formes. Les liens sont évidents, et ils l'ont été dès le xve siècle, entre l'entreprise philologique des humanistes, à la recherche de textes antiques, et la démarche archéologique d'un Brunelleschi (1377-1446), d'un Alberti (1404-1472), d'un Masaccio (1401-1429 env.). Les églises prennent la forme de temples antiques, Mars et Vénus sont représentés comme dans l'ancienne Rome. On redécouvre alors un répertoire formel antique. Il est certain par ailleurs que les humanistes ont fourni aux peintres des sources d'inspiration nouvelles – tirées de textes antiques ignorés auparavant. C'est ainsi que s'établit une iconographie humaniste, et qu'au xvie siècle les humanistes seront chargés d'établir des programmes iconographiques très érudits pour décorer les palais et les chapelles de riches commanditaires. Les humanistes seront également à l'origine de la transformation de certaines iconographies traditionnelles, telle la figure de saint Jérôme, qui n'est plus seulement dépeint comme l'ermite vivant dans le désert, mais comme le savant qui rédige la Vulgate dans son étude.

Pourtant, ce ne sont là que des rapports encore superficiels entre l'humanisme et le monde des formes. Certains historiens ont essayé de montrer que l'humanisme philologique avait pénétré jusqu'au travail même des artistes. Les humanistes deviennent en effet de véritables critiques d'art, qui décrivent et jugent les œuvres les plus réputées ; ils instaurent par là même des critères de qualité. Le Traité de la peinture d'Alberti (1435 ; trad. franç., 1992) est à ce titre révélateur. À la fois homme de lettres, architecte et peut-être peintre, Leon Battista Alberti fait le lien entre les humanistes et les artistes. Son traité édicte des règles de peinture qui offrent autant de critères normatifs pour le spectateur.

Ainsi est exposée pour la première fois la théorie de la peinture comme représentation d'une histoire : il ne s'agit plus d'un simple objet artisanal, mais d'un véritable langage pictural, qui traduit le langage poétique. La peinture accède au même rang que la poésie, lui empruntant sa matière narrative et sa structure rhétorique. Par la suite, les auteurs développeront tous cette conception. On insistera sur l'Ut pictura poesis d'Horace (65-8 av. J.-C.), assimilant de plus en plus l'art à la rhétorique. Ainsi, Ludovico Dolce répartira son Dialogue sur la peinture intitulé l'Arétin (1557 ; trad. franç., 1996) en trois parties (inventione, disegno et colorito), calquées sur celles (inventio, dispositio et elocutio) de la rhétorique selon Cicéron.

La grâce

L'humanisme, pris au sens philosophique, est également à l'origine d'une notion esthétique complètement nouvelle et absolument centrale : la grâce. Bien sûr, il s'agit d'abord d'un concept théologique classique, qui désigne le don gratuit de Dieu à l'homme. Mais à la Renaissance, cette verticalité de la grâce se double d'une horizontalité esthétique et sociale. La grâce désigne un supplément mystérieux de beauté – une « licence dans la règle », comme le dit Giorgio Vasari dans ses Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (1550-1568, éd. critique sous la dir. d'A. Chastel, 12 vol. parus de 1981 à 1989), ou un « art de cacher l'art », pour reprendre l'expression de Baldassare Castiglione, qui fait d'elle une notion clé de son Courtisan (1528 ; trad. franç., 1537). Bref, la grâce est le charme inexplicable qui émane d'une œuvre d'art ou d'une personne. Elle confère à l'art une valeur supérieure à celle du simple artisanat, en le dotant d'une sorte d'aura sacrée. Elle implique par ailleurs un modèle de société fondée sur des rapports affectifs plutôt que d'autorité.

On se tromperait si l'on voulait voir comme seule conséquence de cette théorie de la grâce la prolifération des représentations de nus féminins au xvie siècle. Même si la féminité est souvent associée à la grâce, celle-ci est par nature irreprésentable, car elle ne se manifeste pas dans les objets ou les personnes, mais entre eux. L'effet le plus sensible de la théorie humaniste de la grâce, c'est que le domaine esthétique est étendu à la vie entière. L'homme idéal est un artiste, la vie idéale une œuvre d'art. Le problème chrétien de l'imperfection originelle de l'homme est traduit, en termes humanistes, par l'idée d'inachèvement. Leonardo Bruni écrit donc que les studia humanitatis achèvent et ornent l'homme. Et Pic de la Mirandole, dans son fameux Discours sur la dignité de l'homme (1486), que ce dernier est un caméléon qui peut prendre toutes les formes : il est sculpteur de lui-même. C'est là, sans doute, l'expression la plus radicale et la plus originale du rapport entre l'esthétique et l'humanisme de la Renaissance.

Auteur: THOMAS GOLSENNE
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