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Définition et synonyme de : KLEINIENNE (ÉCOLE)

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Article publié par Encyclopaedia Universalis KLEINIENNE (ÉCOLE) Élaboration théorique L'organisation interne du groupe kleinien, pendant la période des « grandes controverses » (1941-1945), a été telle que tous les textes ont été lus, discutés, travaillés en commun. Avant la guerre, ce qui prédominait c'était l'émulation, le plaisir d'explorer le nouveau continent de la psychanalyse avec les enfants, la passion de mettre en commun les découvertes des toutes premières formes de vie psychique, toutes avancées théoriques qui sont à mettre à l'actif de l'école kleinienne. Parmi les membres du premier groupe kleinien il faut compter d'abord les amies et collaboratrices de Melanie Klein : Susan Isaacs (1885-1948), Paula Heimann (1899-1982), Joan Rivière (1883- 1962). Ce sont elles quatre qui publient en 1952 Developments in psycho- analysis, qui reprend le travail de l'école kleinienne depuis le milieu des années 1920.
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KLEINIENNE (ÉCOLE)

Par sa façon originale de considérer le jeu de l'enfant comme un rêve à interpréter, par sa théorie de l'angoisse présente dès la naissance comme conséquence de la pulsion de mort, et nécessitant une interprétation immédiate, Melanie Klein (1882-1960) a séduit et réuni autour d'elle les plus brillants psychanalystes britanniques, qui ont eu pour elle sympathie et admiration, que l'on retrouve aussi chez des analystes qui ont appartenu un moment à son école puis l'ont quittée pour le Middle Group (groupe des Indépendants)– comme Paula Heimann, une des porte-parole des kleiniens avant de s'en séparer. Joan Rivière, qui a écrit deux livres en commun avec M. Klein, ne se sentait pas complètement acceptée. L'école kleinienne est donc traversée de doutes, marquée par des séparations et des ruptures. Elle a parfois été obligée de se mobiliser pour défendre ses positions face aux attaques des analystes viennois conduits par Anna Freud. Cette mobilisation et la stratégie mise en place pour organiser la défense ont trois enjeux : un enjeu politique – faire accepter les idées kleiniennes comme partie intégrante du corpus analytique (c'est le cas aujourd'hui) et éviter l'exclusion des kleiniens de l'International Psychoanalytical Association (I.P.A., Association internationale de psychanalyse) ; un enjeu épistémologique – la psychanalyse doit-elle être une théorie fermée ou ouverte ? (c'est l'ouverture qui l'a emporté) ; enfin, un enjeu herméneutique – comment lire les textes ? comment les interpréter ? peut-on les interpréter librement ? (c'est le principe de la liberté de penser qui l'a emporté. Le contraire aurait constitué une attitude dogmatique et non scientifique devant les données de l'expérience à penser.

Élaboration théorique

L'organisation interne du groupe kleinien, pendant la période des « grandes controverses » (1941-1945), a été telle que tous les textes ont été lus, discutés, travaillés en commun. Avant la guerre, ce qui prédominait c'était l'émulation, le plaisir d'explorer le nouveau continent de la psychanalyse avec les enfants, la passion de mettre en commun les découvertes des toutes premières formes de vie psychique, toutes avancées théoriques qui sont à mettre à l'actif de l'école kleinienne. Parmi les membres du premier groupe kleinien il faut compter d'abord les amies et collaboratrices de Melanie Klein : Susan Isaacs (1885-1948), Paula Heimann (1899-1982), Joan Rivière (1883-1962). Ce sont elles quatre qui publient en 1952 Developments in psycho-analysis, qui reprend le travail de l'école kleinienne depuis le milieu des années 1920.

Elles montrent que, tout en restant en grande partie inorganisé, un moi primitif est présent dès la naissance, qu'il est capable d'éprouver de l'angoisse, d'établir des mécanismes de défense (introjection, projection, idéalisation, clivage, déplacement de la pulsion de mort vers l'extérieur sous forme d'agressivité, déni, omnipotence, identification introjective et projective) et d'établir des relations d'objet dans le phantasme – la graphie avec « ph » (phantasy) est proposée par Susan Isaacs pour désigner le phantasme entièrement ou partiellement inconscient, par opposition au fantasme (fantasy) conscient – et dans la réalité. Le moi est le champ de bataille où s'affrontent la pulsion de vie et la pulsion de mort. C'est là l'origine de l'angoisse et aussi la période de fixation de tous les troubles psychotiques.

L'appareil psychique est ouvert sur le somatique et les besoins pulsionnels s'expriment en lui sous forme de phantasmes inconscients. Les premières expériences psychiques résultent des stimuli massifs et variés de la naissance, de la première inspiration et expiration de l'air, puis du premier repas. Ces expériences considérables suscitent la première activité psychique et fournissent le matériel du phantasme et de la mémoire. Cela fait dire à Susan Isaacs (« Nature et fonctions du phantasme », dans l'ouvrage collectif de 1952) que les phantasmes représentent le contenu des processus mentaux archaïques par lesquels les désirs libidinaux primaires et les impulsions agressives (et plus tard les processus de réparation) sont expérimentés et ordonnés dans le psychisme. Au début, le psychisme gère les stimuli externes comme les stimuli internes au moyen de la projection. L'extérieur est ensuite libidinalisé par le processus de formation des symboles. Cela veut dire qu'un certain degré de fonction synthétique du moi primitif s'exerce sur les nécessités pulsionnelles dès l'origine et que les relations d'objet existent dès la naissance. Il faut donc considérer la vie psychique comme un tout et voir la relation entre les différentes fonctions pendant le processus total de développement en interdépendance.

Insistance sur la relation à l'objet

Le moi s'identifie à quelques-uns des objets introjectés, qui contribuent à sa croissance et à son développement. C'est l'identification introjective. D'autres restent comme des objets internes à part, et le moi maintient avec eux une relation : c'est le cas du surmoi. La structure de la personnalité est déterminée en partie par le phantasme que le moi forme sur lui-même et les objets qu'il contient, ce qui est très important : l'analyse des rapports du moi avec les objets internes et externes, qui permet de modifier les phantasmes touchant ces objets, explique les transformations dues à la cure analytique.

Les mécanismes de défense fondamentaux de la vie psychique sont l'introjection et la projection qui gèrent l'angoisse et les conflits psychiques en contribuant à la construction de la psyché. Ces mécanismes sont fondés sur le clivage simultané de l'objet et du moi. Plus le sadisme prévaut dans l'introjection de l'objet, plus l'objet est senti comme fragmenté par l'agression sadique, plus le moi est en danger d'être clivé lui-même selon les lignes de clivage de l'objet intériorisé, et plus grand est le sentiment de persécution (position schizo-paranoïde) et plus tard de culpabilité (position dépressive). Il s'agit de phantasmes mais qui ont une conséquence réelle : ils aboutissent à des relations d'objet et des processus de pensée coupés les uns des autres. La projection des substances dangereuses du moi (agressivité) afin de blesser l'objet ou de prendre possession de lui conduit à un type particulier d'identification que Mélanie Klein appelle identification projective. L'idéal c'est l'équilibre entre projection et introjection, condition du développement normal et conséquence de l'introjection du bon objet c'est-à-dire de l'identification primaire de base autour de laquelle se construit l'ensemble du psychisme. Le bon objet interne a un rôle organisateur de la personnalité

L'école kleinienne s'est rapidement agrandie avec les analystes en formation ou en supervision, dont les plus importants sont W. Bion, H. Rosenfeld et H. Segal. Wilfred Bion (1897-1979), président de la British Psychoanalytical Society (1962-1965) et du Melanie Klein Trust, a enseigné pendant dix ans en Amérique latine où l'école kleinienne est fortement implantée. Sa contribution théorique concerne le processus même de la pensée. Il a introduit les concepts de fonction alpha et bêta, et de contenant/contenu. La fonction alpha est exercée par la mère quand elle traite l'identification projective de l'enfant avec ses propres sentiments – éléments bêta – en matière pour la pensée du rêve et pour la pensée consciente – éléments alpha. La capacité de rêverie de la mère (contenant) permet l'identification projective de l'enfant (contenu).

Herbert Rosenfeld (1910-1986) publie en 1947 Analysis of a schizophrenic state of depersonalisation qui est un grand moment dans l'histoire du traitement psychanalytique des psychoses : pour la première fois un patient psychotique adulte est traité avec succès par la technique analytique. Son livre Psychotic states. A Psychanalytical Approach (1965) est un ouvrage de base pour le travail avec les schizophrènes.

Hanna Segal (1918-) a été l'héritière. Elle a consacré deux livres à la pensée kleinienne en 1964 et 1980. Elle présente dans le premier le corpus kleinien dans l'ordre chronologique du développement de l'enfant, alors que dans le second elle situe les concepts kleiniens dans le contexte de leur apparition.

Auteur: SABINE PARMENTIER
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