Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : LÉNINISME

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis LÉNINISME L'œuvre théorique et l'action de Vladimir Illitch Oulianov, dit Lénine (1870- 1924), leader du Parti bolchevique et de la révolution d'Octobre 1917, ont inspiré le léninisme. Ce terme, forgé à la mort de Lénine, désigne une doctrine politique et un ensemble de théories d'inspiration marxiste, définissant une pratique politique révolutionnaire et permettant l'analyse des situations concrètes et des rapports de forces dans lesquels cette pratique doit s'inscrire. Les débats sur la signification et sur la portée de cette théorie ont été entamés dès 1924 par Staline, alors secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique (P.C.U.S.), et Zinoviev, président du Komintern. Staline définit le léninisme comme « la théorie et la tactique de la révolution prolétarienne en général, la théorie et la tactique de la dictature du prolétariat en particulier » (« Des principes du léninisme », in Les Questions du léninisme, t. I, 1946) et tente de lui donner une portée universelle, et contraignante pour tous les mouvements révolutionnaires. Zinoviev, au contraire, souligne sa spécificité en affirmant qu'il est « le marxisme de l'époque des guerres impérialistes et de la révolution mondiale, qui a commencé directement dans un pays où prédomine la paysannerie » (« Les Bases du léninisme », in Les Questions du léninisme, 1946).
Voir plus Voir moins
LÉNINISME

L'œuvre théorique et l'action de Vladimir Illitch Oulianov, dit Lénine (1870-1924), leader du Parti bolchevique et de la révolution d'Octobre 1917, ont inspiré le léninisme. Ce terme, forgé à la mort de Lénine, désigne une doctrine politique et un ensemble de théories d'inspiration marxiste, définissant une pratique politique révolutionnaire et permettant l'analyse des situations concrètes et des rapports de forces dans lesquels cette pratique doit s'inscrire. Les débats sur la signification et sur la portée de cette théorie ont été entamés dès 1924 par Staline, alors secrétaire général du Parti communiste d'Union soviétique (P.C.U.S.), et Zinoviev, président du Komintern. Staline définit le léninisme comme « la théorie et la tactique de la révolution prolétarienne en général, la théorie et la tactique de la dictature du prolétariat en particulier » (« Des principes du léninisme », in Les Questions du léninisme, t. I, 1946) et tente de lui donner une portée universelle, et contraignante pour tous les mouvements révolutionnaires. Zinoviev, au contraire, souligne sa spécificité en affirmant qu'il est « le marxisme de l'époque des guerres impérialistes et de la révolution mondiale, qui a commencé directement dans un pays où prédomine la paysannerie » (« Les Bases du léninisme », in Les Questions du léninisme, 1946). Le léninisme ainsi défini est aussi bien l'héritage politique et intellectuel de Lénine lui-même que le produit des nombreuses redéfinitions et reformulations opérées par ses successeurs.

Si l'on veut discerner ce qui est commun aux différentes variantes du léninisme, il convient de confronter les écrits de Lénine à la pensée marxiste et à sa propre expérience de révolutionnaire. Lénine apporte trois innovations principales aux théories marxistes orthodoxes, qu'il faut restituer dans le contexte précis de la situation russe : une théorie de l'impérialisme, une théorie du parti politique et une théorie de l'État.

Une théorie de l'impérialisme

En 1916, dans L'Impérialisme stade suprême du capitalisme (Œuvres, t. XXII, 1916), Lénine reprend les théories du libéral John A. Hobson sur l'impérialisme et fait une analyse du capitalisme à l'échelle mondiale. Il conçoit l'impérialisme comme le passage d'un capitalisme de libre concurrence opérant au sein d'unités nationales à un capitalisme des monopoles étatiques permettant la domination des États les plus développés sur le reste du monde.

Il critique la superficialité des approches qui considèrent l'impérialisme comme un phénomène purement politico-militaire. En examinant les rapports entre les diverses sortes de capital (capital financier et industriel), il considère que « l'immense accumulation de capital-argent dans un petit nombre de pays » est directement liée à l'extension des rapports de production capitalistes au sein des pays développés et à leur exportation vers l'extérieur. Il décrit la formation d'un système mondial comme une chaîne impérialiste. Selon ce schéma, la révolution mondiale se déclencherait à partir d'un « chaînon faible » qui se détache de ce système. Cette théorie a mis en doute la conception linéaire du progressisme, dominante chez les marxistes, selon laquelle la révolution mondiale ne pouvait pas débuter dans un pays sous-développé, puisque le communisme doit succéder à un stade supérieur, et donc ultérieur, du capitalisme. L'idée qu'il soit possible de construire une société communiste à partir des structures dominantes précapitalistes en dépassant par sauts le stade capitaliste justifie l'idée d'une révolution en Russie.

Une théorie du parti politique

À partir des thèses développées lors du congrès du Parti ouvrier social-démocrate russe (P.O.S.D.R.) à Londres en 1903 et du pamphlet Que faire ? (paru dans la revue Iskra, 1902), Lénine analyse la nature du mouvement ouvrier et le rôle du parti. Constatant qu'existent, d'une part, une classe ouvrière spontanément amenée à défendre ses intérêts immédiats grâce aux syndicats et, d'autre part, des intellectuels maniant les théories marxistes, il en conclut que la conscience politique de classe ne peut être apportée à l'ouvrier que de l'extérieur.

En s'inspirant de la tradition jacobine, plus particulièrement des théories d'Auguste Blanqui sur la révolution, il oppose à la conception marxiste du parti de masse, qui dominait jusqu'alors, l'idée d'une avant-garde politique constituée en un parti de type nouveau. Il propose l'idée d'une organisation composée de révolutionnaires professionnels, qui fonctionne selon les principes du centralisme démocratique. Ces principes doivent idéalement permettre de concilier un débat démocratique et une stricte unité d'action du parti. Ils supposent une forte hiérarchisation du parti et une soumission totale de ses membres aux directives fixées par la direction centrale.

Le parti ne se détache pas pour autant des masses et reste attentif à leurs luttes et aux transformations qu'elles connaissent. C'est une formation combattante qui ordonne les tactiques et la stratégie du mouvement révolutionnaire.

Une théorie de l'État

À la veille de la révolution d'Octobre 1917, Lénine fournit une théorie de l'État prolétarien dans son ouvrage L'État et la révolution (Œuvres, t. XXVI). Il fait de la transition d'un système capitaliste à un système communiste – objet de débats théoriques parmi les marxistes – un programme politique immédiatement applicable. Il se fonde sur la conception marxiste de la transformation de la classe ouvrière en classe dominante par l'imposition d'une dictature du prolétariat. Il conçoit la dictature du prolétariat et de la paysannerie comme un État transitoire, en voie d'autodissolution : un État organisé rationnellement et scientifiquement qui, sous le contrôle de la majorité des travailleurs, a pour objectifs l'appropriation des moyens de production et la disparition graduelle des inégalités de classes. Selon cette conception, l'État comme appareil politique qui assure la domination d'une classe sur les autres devient superflu une fois les classes disparues.

Pour Lénine, le marxisme constitue un ensemble de principes généraux qui doivent être adaptés aux circonstances particulières rencontrées par chaque mouvement révolutionnaire. Il refuse de faire de la révolution russe un modèle obligatoire et, s'adressant aux communistes du monde entier, affirme qu'il s'agit pour eux d'appliquer « non la lettre, mais l'esprit, le sens, les enseignements de l'expérience de 1917-1921 » (Œuvres, t. XXXII). Staline, après avoir éliminé ses rivaux et pris la tête du P.C.U.S., fera pourtant du léninisme et du marxisme, combiné dans le marxisme-léninisme, la seule voie possible vers le communisme. Devenue l'idéologie officielle de l'Union soviétique stalinienne et de divers États communistes à travers le monde, le marxisme-léninisme a subi de nombreuses critiques. On lui a reproché de légitimer l'emprise d'un parti unique sur l'ensemble de la société, et on lui a opposé des doctrines, celles d'Antonio Gramsci, Mao Zedong et Trotski, qui, bien qu'également marxistes, laissaient plus de place à la spontanéité des masses dans la conduite de la révolution.

Auteur: DOMINIQUE SALGADO
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin