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Définition et synonyme de : LIBÉRALISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis LIBÉRALISME Le libéralisme ne représente, d'un point de vue historique, ni une doctrine ni e un programme homogène. À partir du xix siècle, il désigne à la fois un label revendiqué par différents groupes politiques en concurrence pour l'imposition d'une formule de gouvernement idéale, et une notion mise en circulation dans l'espace savant pour ressaisir l'unité de la tradition philosophique sur des thèmes aussi généraux que l'organisation de l'État, la liberté individuelle ou la régulation du marché. Les différents sens que recouvre le libéralisme apparaissent comme un effet des usages multiples de cette catégorie. Ce sont en particulier ses conditions historiques d'émergence qui permettent de rendre compte de sa diversité. LLeess ggeennèèsseess dduu lliibbéérraalliissmmee Le libéralisme, entendu comme label désignant des regroupements e politiques, apparaît en France au début du xix siècle, au moment de l'accession au pouvoir de Bonaparte. Les « libéraux », comme Chateaubriand ou Germaine de Staël, dont les ouvrages (notamment De Buonaparte et des Bourbons en 1814 pour le premier et Corinne, ou l'Italie en 1807 pour la seconde) font circuler une nouvelle acception du libéralisme comme forme de résistance intellectuelle au despotisme, désignaient alors des publicistes hostiles à la radicalisation autoritaire du régime impérial.
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LIBÉRALISME

Le libéralisme ne représente, d'un point de vue historique, ni une doctrine ni un programme homogène. À partir du xixe siècle, il désigne à la fois un label revendiqué par différents groupes politiques en concurrence pour l'imposition d'une formule de gouvernement idéale, et une notion mise en circulation dans l'espace savant pour ressaisir l'unité de la tradition philosophique sur des thèmes aussi généraux que l'organisation de l'État, la liberté individuelle ou la régulation du marché. Les différents sens que recouvre le libéralisme apparaissent comme un effet des usages multiples de cette catégorie. Ce sont en particulier ses conditions historiques d'émergence qui permettent de rendre compte de sa diversité.

Les genèses du libéralisme

Le libéralisme, entendu comme label désignant des regroupements politiques, apparaît en France au début du xixe siècle, au moment de l'accession au pouvoir de Bonaparte. Les « libéraux », comme Chateaubriand ou Germaine de Staël, dont les ouvrages (notamment De Buonaparte et des Bourbons en 1814 pour le premier et Corinne, ou l'Italie en 1807 pour la seconde) font circuler une nouvelle acception du libéralisme comme forme de résistance intellectuelle au despotisme, désignaient alors des publicistes hostiles à la radicalisation autoritaire du régime impérial.

Dans les premières années de la seconde Restauration (1816-1820), qui constituent une période d'effervescence intellectuelle et politique, le libéralisme est un label partagé et revendiqué par l'ensemble des acteurs politiques opposés aux politiques ultraroyalistes. Les définitions libérales du gouvernement représentatif, qui sont le fait de personnalités politiques et de publicistes appartenant aux groupes des « doctrinaires » (Prosper de Barante, Pierre-Paul Royer-Collard ou François Guizot) et des « indépendants » (Benjamin Constant ou Antoine Jay), ont en commun de définir une formule de gouvernement garantissant la stabilité politique autour d'un nouveau mot d'ordre : l'établissement d'un régime censitaire permettant la représentation des « classes moyennes » ou des « capacités » désignées, après la Révolution, comme victorieuses des anciennes supériorités (les représentants de la grande propriété foncière).

C'est également dès la première moitié du xixe siècle que la notion de libéralisme se diversifie, notamment sous l'effet de son appropriation par une partie du personnel d'État des différents pays européens engagés, à la suite du congrès de Vienne (juin 1815), dans un processus d'unification ou de construction nationale (en particulier en Allemagne et en Italie). Ce processus prend l'aspect d'une lutte pour l'imposition d'un régime des libertés politiques destiné à limiter la souveraineté et l'indépendance des princes liées au morcellement des espaces nationaux en une pluralité d'États autonomes. On constate encore, dans cette période, une autonomisation du libéralisme économique, avec le processus d'industrialisation, le désencastrement du marché, l'enseignement de l'économie politique et la circulation, hors des pays britanniques, des théories économiques, utilitaristes et évolutionnistes héritées des travaux de David Hume, Adam Smith, Jeremy Bentham, John Stuart Mill et Herbert Spencer. Comme le montre l'échec sous le second Empire du programme libéral formalisé par Édouard Laboulaye (Le Parti libéral, son programme et son avenir, 1863) et Anatole Prévost-Paradol (La France nouvelle, 1868), fondé sur la défense des libertés institutionnelles (la responsabilité ministérielle, l'indépendance de la justice, la liberté de la presse et des cultes, le renforcement du rôle des collectivités territoriales), la critique de l'« autoritarisme impérial » et du « radicalisme démocratique », c'est dans la seconde moitié du xixe siècle, à la faveur des transformations des rapports de forces entre élites politiques et de l'émergence de nouveaux systèmes idéologiques (républicanisme, socialisme, communisme), que le libéralisme, en tant que formule de gouvernement, apparaît progressivement comme un registre d'interprétation et de mobilisation politiques dévalué. Or, dans ce contexte de transformations politiques et intellectuelles, un corpus de références doctrinales se cristallise pour en expliquer à la fois la généalogie et les principes directeurs.

La philosophie du libéralisme

La recherche des sources philosophiques du libéralisme constitue une activité académique qui s'est progressivement constituée au xixe siècle, notamment au moment où apparaît un enseignement sur l'histoire de la philosophie et sur les doctrines politiques. Ces différentes disciplines ont contribué à mettre en circulation des universaux (individualisme, libéralisme, socialisme, etc.) trouvant leur formule génératrice dans la production philosophique de « pères fondateurs ». Pour l'histoire philosophique du libéralisme, c'est principalement dans le Traité du gouvernement civil (1690) de John Locke que sont exposés, avec le plus de netteté, les principes sur lesquels repose le libéralisme politique : la limitation de l'arbitraire des gouvernants par la reconnaissance des finalités du « gouvernement civil » (la paix et la sécurité des citoyens) qu'assure la représentation législative ; une redéfinition, notamment par rapport à la philosophie hobbesienne, des pactes par lesquels se constituent la société civile et le corps politique et qui subordonnent l'action des détenteurs du pouvoir à l'initiative éventuelle (refus d'obéissance, mandat révocable) du peuple titulaire de la souveraineté.

L'ensemble des thèmes interrogés à partir de la « tradition philosophique » du libéralisme (l'étendue du pouvoir législatif, les fins de la société politique, les formes du gouvernement ou de l'association politique, la séparation des pouvoirs, la garantie des libertés publiques, etc.) ont été définis et exposés sous une forme renouvelée depuis la fin des années 1960. C'est dans un contexte de transformation académique et politique, conjuguant l'émergence des sciences sociales, la délégitimation scientifique et politique du marxisme, et la remise en cause du modèle politique américain (en particulier avec la guerre du Vietnam), qu'un ensemble de philosophes ont tenté de renouveler la théorie libérale à partir d'une perspective normative centrée sur la question des formes du meilleur régime politique possible. En tentant de formaliser un nouveau modèle de justice distributive (c'est-à-dire de répartition équitable des droits et des ressources socio-économiques), la Théorie de la justice (1971) de John Rawls, reformulée et précisée dans Libéralisme politique (1993), a contribué à polariser la philosophie politique autour des thèmes centraux de la liberté des individus et de leur coopération au sein des institutions politiques. Les ouvrages de Robert Nozick (Anarchie, État et utopie, 1974), de Charles Taylor (Multiculturalisme, différence et démocratie, 1992) ou de Jürgen Habermas (Droit et démocratie, 1992) ont élargi l'horizon problématique des thèses de Rawls en discutant respectivement des rapports entre l'autonomie individuelle et le développement de l'État, de l'articulation entre délibération collective, pluralisme des valeurs et consensus politique, et de la nécessaire prise en compte des inégalités socio-culturelles dans la distribution des ressources.

En France, l'ensemble de ces débats, qui s'agrègent à l'héritage très hétérogène de la philosophie antitotalitaire (Raymond Aron, Cornélius Castoriadis et Claude Lefort), structurent aujourd'hui une partie de la réflexion philosophique sur les fondements et l'organisation du pouvoir politique. Cette effervescence contemporaine autour de la définition spéculative et normative du libéralisme par la philosophie politique anglo-saxonne a incontestablement opéré une complexification et un approfondissement de la notion de libéralisme. Mais elle a également contribué, en lui donnant un contenu ajusté aux enjeux politiques du présent, au travail de réappropriation politique de cette notion, autorisant ainsi des usages stratégiques parfois très éloignés des conceptions initiales des acteurs du renouveau de la théorie libérale.

Auteur: XAVIER LANDRIN
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