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Définition et synonyme de : MANICHÉISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MANICHÉISME e Le manichéisme est une religion née en Iran au iii siècle de notre ère. Il tire son nom de Mani, son prophète fondateur, mort martyr en 277. La doctrine manichéenne repose sur la lutte entre les forces du Bien et du Mal. Le mythe manichéen du salut décrit cette lutte comme une guerre cosmique entre un royaume de la lumière et un royaume de la ténèbre. Avant la création du monde, cette guerre provoque le sacrifice d'un homme primordial, une sorte d'Adam cosmique, dont le salut inaugure la création de plusieurs mondes, et, finalement l'envoi de prophètes doués de l'esprit divin pour exhorter les hommes à participer au combat de la lumière contre la ténèbre. Mani représente le prophète de la fin des temps et récapitule tout le souffle prophétique nécessaire au salut du monde entier. La doctrine La lutte entre le Bien et le Mal est matérialisée par un système qui propose le raffinement de la lumière, car la lumière existe sous forme de particules enfermées dans la matière du monde, et dans des corps de ténèbre. La pratique des commandements du manichéisme avec des prières, des jeûnes, des repas, des aumônes, participe de cette lutte entre le bien et le mal pour permettre de libérer des particules de lumière afin qu'elles puissent, en devenant subtiles, remonter vers les lieux célestes de la lumière.
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MANICHÉISME

Le manichéisme est une religion née en Iran au iiie siècle de notre ère. Il tire son nom de Mani, son prophète fondateur, mort martyr en 277. La doctrine manichéenne repose sur la lutte entre les forces du Bien et du Mal. Le mythe manichéen du salut décrit cette lutte comme une guerre cosmique entre un royaume de la lumière et un royaume de la ténèbre. Avant la création du monde, cette guerre provoque le sacrifice d'un homme primordial, une sorte d'Adam cosmique, dont le salut inaugure la création de plusieurs mondes, et, finalement l'envoi de prophètes doués de l'esprit divin pour exhorter les hommes à participer au combat de la lumière contre la ténèbre. Mani représente le prophète de la fin des temps et récapitule tout le souffle prophétique nécessaire au salut du monde entier.

La doctrine

La lutte entre le Bien et le Mal est matérialisée par un système qui propose le raffinement de la lumière, car la lumière existe sous forme de particules enfermées dans la matière du monde, et dans des corps de ténèbre. La pratique des commandements du manichéisme avec des prières, des jeûnes, des repas, des aumônes, participe de cette lutte entre le bien et le mal pour permettre de libérer des particules de lumière afin qu'elles puissent, en devenant subtiles, remonter vers les lieux célestes de la lumière. L'univers est comme une grande croix cosmique ; son bras horizontal est constitué de particules de lumière « crucifiées » dans la matière du monde. Son bras vertical rassemble les particules lumineuses « sauvées », libérées, qui remontent vers la Terre de la lumière, au-delà des mondes visibles, en empruntant le chemin des voies célestes qui passent par la Lune, le Soleil et la « Voie lactée ».

Pour comprendre les racines d'une telle religion, il faut remonter à la prédication prophétique de Mani qui a construit l'Église manichéenne face à la religion officielle de l'Iran de son temps, la religion zoroastrienne (mazdéisme), et contre son milieu d'origine, le judéo-christianisme baptiste en Babylonie. Le manichéisme est ainsi une religion du feu prophétique hostile aux pratiques d'ablutions rituelles judéo-chrétiennes. Il est caractérisé par un antijudaïsme foncier, une valorisation des figures chrétiennes de Jésus et de l'apôtre Paul, et par un souci de s'adresser à l'ensemble de l'univers habité. Au cours de l'histoire de son expansion, le manichéisme saura prendre les couleurs des religions qu'il fréquente, le christianisme en Occident, le bouddhisme et le taoïsme en Orient.

La vie de Mani

Avec la découverte en 1969 de la biographie de Mani dans le Codex manichéen de Cologne, un codex miniature de près de deux cents pages contenant chacune 23 lignes de texte grec sur une surface de 3,5 cm × 2,5 cm, on peut mieux comprendre aujourd'hui l'origine judéo-chrétienne de Mani dans le milieu des baptistes babyloniens ; Mani est né en 216 dans une communauté de disciples du prophète Elkasaï, caractérisée par des révélations prophétiques et des ablutions rituelles très strictes. Dès son jeune âge, Mani a connu les difficultés liées aux règles concernant les ablutions rituelles et surtout les interdits alimentaires. Les elkasaïtes refusaient la nourriture carnée, les boissons fermentées, mais aussi la nourriture qui provenait d'en dehors des jardins de la communauté. S'appuyant sur les paroles de Jésus, ils refusaient le feu sacrificiel des juifs et des zoroastriens en privilégiant le rôle bénéfique de l'eau. Les pratiques légalistes de bains corporels et de purifications de la nourriture étaient accompagnées de baptêmes, d'observances liées au sabbat et aux jeûnes, et de la prescription de se marier. Les rites servaient à purifier les corps et soigner les maladies de l'âme.

Les premiers conflits de Mani, avec son milieu d'origine datent du début du règne d'Ardashir ; ils inaugurent une certaine prise de conscience de son rôle prophétique. Vers 240, sa rupture définitive avec les elkasaïtes de Babylonie coïncide avec l'investiture du fils d'Ardashir, l'empereur sassanide Shabuhr Ier. À partir de là, Mani va prêcher, avec ses disciples, la venue d'une ère nouvelle et d'une religion universelle. En récapitulant l'inspiration prophétique qui remonte à Adam et aux premiers patriarches de la Bible, il hérite de la prophétologie juive ; grâce aux écrits de l'apôtre Paul, il justifie son opposition à la loi juive et au légalisme elkasaïte. Avec l'elkasaïsme, il récupère les figures prophétiques de Jésus et d'Elkasaï, mais il élargit la perspective prophétique à l'ensemble du monde habité, et propose ainsi une religion qui intègre Zoroastre, Bouddha et Jésus. Comme prophète de la fin des temps, Mani incarne le « sceau de la prophétie », et peut être identifié à la figure du Paraclet, annoncée par Jésus dans l'Évangile de Jean (14, 16 et 26).

Les communautés manichéennes

Prophète itinérant, Mani passera sa vie à voyager, à répandre sa doctrine et à fonder des communautés manichéennes, d'abord pendant deux ans par mer jusqu'aux rives de l'Indus, et à son retour dans les diverses provinces de l'Iran. Progressivement, il s'installe près de la capitale, Séleucie-Ctésiphon, d'où il organise les missions de ses disciples, avec Adda et Pattig vers l'ouest de l'Iran jusque dans l'Empire romain, avec Ammo vers le nord-est de l'Iran. Mani se charge du nord-ouest, le monde du christianisme de langue syriaque, mais d'autres missions sont aussi attestées dans la péninsule arabique et jusqu'en Inde. À la fin de sa vie, Mani se réjouit de voir le manichéisme diffusé partout en Iran et hors d'Iran. Si le manichéisme atteint l'Égypte peu après le milieu du iiie siècle, il est condamné et persécuté dans l'Empire romain dès 302, et plusieurs fois au cours du ive siècle, surtout sous le règne de l'empereur chrétien Théodose (de 379 à 395). En milieu chrétien, le manichéisme apparaît comme une hérésie du christianisme ; c'est à ce titre, que le terme « manichéen » est entré dans la langue courante, rejoignant l'arsenal de la lutte contre les hérésies du christianisme dans l'Occident médiéval, où il finit par désigner toutes sortes d'hérésies qui n'ont plus rien à voir avec le manichéisme historique.

Les persécutions contre le manichéisme se répètent, jusqu'au viie siècle en Occident – ce qui explique sa disparition – alors que le manichéisme continue de se répandre en Orient, et particulièrement le long des routes de la soie, grâce aux routes caravanières des marchands sogdiens, dans les déserts d'Asie centrale. Du viiie au xie siècle, le manichéisme devient même la religion officielle des princes ouïghours. Il arrive en Chine, sans doute avant le viie siècle. Outre la rencontre de manichéens à Zaitun relatée par le voyageur Marco Polo à la fin du xiiie siècle, il existe divers témoignages de la présence de manichéens en Orient et en Extrême-Orient, tout au long du Moyen Âge et à l'aube de l'ère moderne. Le renouveau actuel des recherches archéologiques en Chine permet de retrouver encore aujourd'hui des vestiges de cette présence.

L'Église manichéenne comportait deux catégories de membres : les « auditeurs » et les « élus ». Les auditeurs (ou catéchumènes), célibataires ou mariés, se chargeaient de l'entretien des membres de la hiérarchie, les élus, (nourriture, vêtements, logement) alors que les élus faisaient vœu de chasteté, ne travaillaient pas et consacraient leur temps à la prédication, à l'enseignement, à la vie liturgique et aux débats publics. La participation aux liturgies des manichéens a pu attirer de nombreux fidèles à cause de la beauté de leurs cérémonies chantées. Plusieurs prières quotidiennes, des repas communautaires où l'on mangeait des concombres et autres légumes réputées riches en particules de lumière, et des cérémonies de confession des péchés, des jeûnes rythment les jours, les mois et l'année. Le cycle liturgique annuel est axé sur la fête du Bêma, une sorte de fête de Pâques, où l'on célèbre la mort de Mani, le Prophète, par la lecture de certaines de ses paroles et la vénération de son portrait. Le manichéisme restera dans le patrimoine culturel de l'humanité comme une religion d'ascètes, de bibliophiles, de spécialistes de la miniature persane et de la calligraphie. Il doit la force de son système à l'intuition de son fondateur qui n'a pas hésité à diffuser sa doctrine grâce à des traducteurs bien formés aux langues et aux cultures des régions où le manichéisme s'est répandu.

Auteur: JEAN-DANIEL DUBOIS
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