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Définition et synonyme de : MAZDÉISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MAZDÉISME Le mazdéisme est plus connu sous le nom de zoroastrisme ; c’est du dieu Ahura Mazdā, « le seigneur attentif », que vient le premier nom, tandis que le second est formé sur le nom de Zoroastre, le prophète de l’Iran pré-islamique. Ces deux appellations recouvrent une même réalité religieuse complexe et mouvante, déjà bicéphale dans l’antique profession de foi du fidèle, le fravarānē (« Je me rallie »), par laquelle il se déclare autant mazdéen, adorateur de Mazdā, que zoroastrien, sectateur de Zoroastre. Or celui-ci n’est autre que Zarathustra, Zoroastèr étant le nom iranien en la graphie grecque. Les Grecs, qui entendirent parler de ce mystérieux personnage par les Perses, firent de lui le prototype du sage oriental, du mage savant aux pratiques ab-sconses ; tel quel, Zoroastre est passé dans la conscience occi- dentale. Zarathustra n’aurait guère eu de carrière, hors des milieux savants, si Nietzsche n’en avait fait son porte-parole. Pourtant, c’est bien ce nom-là, Zarathustra (« celui qui a de vieux chameaux »), que porta, vers l’an mille avant l’ère chrétienne quelque part en Iran, un prêtre dont une part de la pensée et de l’action religieuses nous demeure, quoique sous forme obscure, dans les Gāthā de l’Avesta. De lui, nous n’en saurons pas plus. Mais peut-être la recherche d’une date et d’un lieu précis attribuables aux origines est-elle une manie critiquable.
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MAZDÉISME

Le mazdéisme est plus connu sous le nom de zoroastrisme ; c’est du dieu Ahura Mazdā, « le seigneur attentif », que vient le premier nom, tandis que le second est formé sur le nom de Zoroastre, le prophète de l’Iran pré-islamique. Ces deux appellations recouvrent une même réalité religieuse complexe et mouvante, déjà bicéphale dans l’antique profession de foi du fidèle, le fravarānē (« Je me rallie »), par laquelle il se déclare autant mazdéen, adorateur de Mazdā, que zoroastrien, sectateur de Zoroastre. Or celui-ci n’est autre que Zarathustra, Zoroastèr étant le nom iranien en la graphie grecque. Les Grecs, qui entendirent parler de ce mystérieux personnage par les Perses, firent de lui le prototype du sage oriental, du mage savant aux pratiques ab-sconses ; tel quel, Zoroastre est passé dans la conscience occi-dentale. Zarathustra n’aurait guère eu de carrière, hors des milieux savants, si Nietzsche n’en avait fait son porte-parole. Pourtant, c’est bien ce nom-là, Zarathustra (« celui qui a de vieux chameaux »), que porta, vers l’an mille avant l’ère chrétienne quelque part en Iran, un prêtre dont une part de la pensée et de l’action religieuses nous demeure, quoique sous forme obscure, dans les Gāthā de l’Avesta. De lui, nous n’en saurons pas plus.

Mais peut-être la recherche d’une date et d’un lieu précis attribuables aux origines est-elle une manie critiquable. Le sens et le contenu d’une religion sont autrement importants, et ce d’autant plus qu’il y a toujours des mazdéens sur terre : en Iran, dans quelques villages autour de Yazd et de Kermān, où ils portent le nom de zardushtis – sectateurs de Zardusht/Zarathustra –, et en Inde occidentale, où ils s’appellent les Parsis (« Persans »). Quelques dizaines de milliers de fidèles en tout, dont les communautés vont diminuant, la première en raison de son isolement et sous la pression de l’islam, la seconde du fait, principalement, de son évaporation démographique.

Trois millénaires font une longue histoire dont nous ne pouvons dire ici ni les brisures ni toute l’évolution. Partons néanmoins de la haute et fugace Antiquité, celle, disons, de Zarathustra, devenue, pour les mazdéens vivants, pur mythe sans mémoire ; là, des Iraniens, vivant d’un peu d’agriculture et surtout du pastoralisme, se séparent de certaines pratiques et croyances qu’ils avaient en commun avec leurs proches cousins, les Indiens, et donnent désormais au dieu Ahura Mazdā une place prééminente ; ils l’entourent d’entités d’importance inégale, dont les plus présentes sont Asha (« le bon ajustement des choses »), Vohu Manah (« la bonne pensée »), Xshathra (« la maîtrise [rituelle] ») et Ārmaiti (« l’exactitude [rituelle] ») ; ils renoncent apparemment aux hécatombes rituelles de bovins et à l’absorption de haoma – une liqueur enivrante – et repoussent certains dieux, appelés daiva, qui acceptent ces rites-là et dont les adorateurs doivent être combattus sans relâche ; ils exaltent les fonctions de prêtre et de pasteur au détriment de la fonction guerrière, imaginent la possibilité d’une vie après la mort et valorisent la « bonne attitude rituelle » contre la « mauvaise », le rite restant, comme chez les Indiens, centré autour du feu.

Telle qu’elle semble s’exprimer dans les Gāthā, textes sinon de combat au moins issus d’une période de crise, la religion de Zarathustra est « un polythéisme déstabilisé ». Une certaine ambiguïté est donc au cœur même des textes fondateurs du mazdéisme ; et c’est elle qui en grande partie rend la nature de ce dernier si difficile à concevoir. Faut-il donc faire du mazdéisme, au nom de la prééminence d’Ahura Mazdā et de la promesse eschatologique, un monothéisme ? Faut-il plutôt voir dans l’opposition d’Ahura Mazdā contre les daiva un dualisme ? Faut-il enfin interpréter le polythéisme évident des Iraniens du Ier millénaire de l’ère chrétienne comme le signe de l’inévitable dégradation du message monothéiste du « prophète » ? Toutes ces interprétations ont été faites par les savants occidentaux depuis le xviiie siècle, et elles eurent deux résultats opposés : d’une part, celui de rapprocher considérablement le mazdéisme des conceptions chrétiennes, tandis que l’hindouisme conservait son caractère étranger, d’autre part, celui de couper les Parsis de la compréhension traditionnelle de leurs croyances et de leurs rites. C’est bien plutôt par le biais du rite qu’il faut aborder la nature et l’évolution du mazdéisme. Ahura Mazdā est le dieu pré-éminent, et il demande un rituel particulier : à la condition d’accepter l’un et l’autre faits, les autres dieux, ceux qui, dans les Gāthā, sont visés sous le terme de daiva, deviennent yazata (« dignes de culte ») et ont leur place dans la religion ; ainsi Mithra, le dieu du soleil et de la justice, Anāhitā, déesse de la fécondité et de la guerre, Vāyu, le dieu du vent, Varathragna, le dieu de la victoire, et d’autres se retrouvent-ils, dans le panthéon mazdéen, soumis à la puissance d’Ahura Mazdā et dotés chacun d’un Yasht (« hymne ») de l’Avesta. Si, dans les Gāthā, Zarathustra distingue entre spenta manyu (« la bonne disposition d’esprit dans le rite ») et aka manyu (« la mauvaise disposition d’esprit dans le rite »), c’est dans cette analyse du comportement humain au sein de l’activité rituelle qu’il faut voir la nature du dualisme mazdéen ; l’opposition du bien et du mal rituels devient une morale et une explication du monde. Ainsi, au dieu éternel et incréé, Ahura Mazdā, vient à s’opposer Ahriman, maître de mort, créateur de démons et d’êtres malfaisants qui se définissent terme à terme par leur hostilité envers la bonne création. C’est sous cette forme que le mazdéisme survécut, en Iran et en Inde, à la chute de l’empire sassanide (636) et à la disparition des écoles liturgiques et théologiques.

Les Parsis d’aujourd’hui comme les mazdéens de l’Antiquité rendent culte en présence du feu. Le feu est associé à la plupart des rites : dans la pièce mortuaire, auprès de la tour du silence, dans la chambre où une mère vient d’accoucher et, naturellement, dans les temples, appelés « maisons du feu ». Il assure de la présence d’Ahura Mazdā, étant appelé son fils ; il se trouve en relation directe avec Asha (« l’ordre cosmique »), il éloigne les démons, bénit celui qui le nourrit et l’entretient ; c’est un grave manquement que de le laisser s’éteindre. La plus importante cérémonie du culte mazdéen s’appelle le Yasna (« sacrifice ») : c’est une offrande de haoma, accomplie devant le feu et accompagnée par la récitation des 72 chapitres du Yasna de l’Avesta. Elle a lieu dans le temple avec au moins deux prêtres ayant des fonctions différentes ; les fidèles se tiennent en retrait, dans un hall attenant, et restent silencieux. Au cours de manipulations multiples, les prêtres préparent le haoma à partir d’une plante, offrent en libation de l’eau, du lait, qu’ils versent sur un faisceau de baguettes de bois. Chaque élément enrôlé – le feu, l’eau, le végétal et l’animal –, chaque mot avestique prononcé, chaque mouvement des prêtres, symbolisant celui des corps célestes, est là pour renforcer la création et repousser les démons et la mort.

À partir de son initiation, le mazdéen porte une chemise et une ceinture, la kustī, qui signifient son intégration à la communauté ; au début des cinq parties de la journée, il récite, après s’être purifié, de courtes prières, dont le fravarānē, tandis qu’il dénoue et renoue sa ceinture ; là encore, ce rite individuel se fait en présence d’un feu : feu de bois, lampe à huile, soleil ou étoiles. Les rites funéraires tels qu’ils sont pratiqués depuis le début de l’ère chrétienne sont ceux qui ont le plus fasciné les non-mazdéens. Par souci de ne souiller aucun des éléments sacrés – le feu, la terre, l’eau –, les mazdéens exposent les cadavres dans des dakhma que les voyageurs occidentaux appelèrent « tours du silence ». Le cadavre a été lavé au gōmēz (« urine de bœuf »), revêtu d’un vêtement blanc et neuf, ceint de la kustī et approché pour la dernière fois par les parents ; alors, on amène un chien qui, à plusieurs reprises, regarde le mort : ce rite du sagdīd (« regard du chien ») a le pouvoir d’éloigner la Druj Nāsu, le démon de la putréfaction. Puis on apporte un feu dans la pièce et les croque-morts emmènent le mort à la tour du silence, couché sur une plaque de métal. Là, les corps sont exposés nus et les vautours – en Iran, des chiens – se chargent d’en ôter toute chair ; les os desséchés seront plus tard jetés dans un puits. Pendant trois jours, l’âme du mort se tient près de sa tête, puis elle gagne l’au-delà. Pendant ce temps, la famille, qui ne pratique ni la lamentation ni le deuil, entretient le feu dans la pièce mortuaire et fait faire un yasna au temple.

Tel qu’il vit encore de nos jours, le mazdéisme est une religion du bien-vivre, qui, même dans sa forme dualiste, n’a jamais fait du corps et de la matière le siège des puissances du mal. Dès l’Antiquité, les mazdéens détestèrent les pratiques chrétiennes du monachisme, du célibat et du jeûne : la création d’Ahura Mazdā doit être entretenue par la procréation, la nourriture des dieux et des hommes, l’accroissement des cultures et des troupeaux. Cette vision du monde n’est sans doute pas étrangère à la prospérité des Parsis en Inde, mais elle n’a pourtant pas suffi pour faire croître le mazdéisme comme d’autres religions orientales.

Auteur: CLARISSE HERRENSCHMIDT
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