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Définition et synonyme de : MÉCANISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MÉCANISME Le mécanisme est un système qui peut être compris de deux façons. Est mécaniste la pensée qui se forme à partir de la machine, qui la prend pour modèle afin de penser une réalité quelconque : un être vivant, le cerveau, la société, etc. Cette approche peut très bien ne servir que partiellement ou localement, en tant que méthode. Mais le mécanisme proprement dit est la philosophie qui pense comme machine le tout de la nature. UUnnee nnoouuvveellllee vviissiioonn dduu mmoonnddee Il fait une irruption assez soudaine avec la révolution scientifique moderne. À partir de 1620, note Robert Lenoble, tous les savants et les philosophes sont d'accord pour dire que la nature est une machine. Une telle conception n'a pas à proprement parler de source dans la pensée antérieure. Sans doute, e les mécanistes du xvii siècle se tournaient volontiers vers l'atomisme antique dont la physique était plus proche du mécanisme que toute autre physique ancienne. Celui-ci n'avait cependant pas le souci d'établir des lois de la nature ; dans une perspective pratique, il visait essentiellement à fonder l'indépendance de l'homme en niant tout lien de nécessité entre lui et la nature. L'application du modèle de la machine à la nature entière, qui écarte toute explication animiste, finaliste ou qualitative et n'en admet qu'en termes de lois du mouvement, est une nouveauté qui bouleverse la vision antérieure du cosmos et s'impose en peu de temps.
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MÉCANISME

Le mécanisme est un système qui peut être compris de deux façons. Est mécaniste la pensée qui se forme à partir de la machine, qui la prend pour modèle afin de penser une réalité quelconque : un être vivant, le cerveau, la société, etc. Cette approche peut très bien ne servir que partiellement ou localement, en tant que méthode. Mais le mécanisme proprement dit est la philosophie qui pense comme machine le tout de la nature.

Une nouvelle vision du monde

Il fait une irruption assez soudaine avec la révolution scientifique moderne. À partir de 1620, note Robert Lenoble, tous les savants et les philosophes sont d'accord pour dire que la nature est une machine. Une telle conception n'a pas à proprement parler de source dans la pensée antérieure. Sans doute, les mécanistes du xviie siècle se tournaient volontiers vers l'atomisme antique dont la physique était plus proche du mécanisme que toute autre physique ancienne. Celui-ci n'avait cependant pas le souci d'établir des lois de la nature ; dans une perspective pratique, il visait essentiellement à fonder l'indépendance de l'homme en niant tout lien de nécessité entre lui et la nature. L'application du modèle de la machine à la nature entière, qui écarte toute explication animiste, finaliste ou qualitative et n'en admet qu'en termes de lois du mouvement, est une nouveauté qui bouleverse la vision antérieure du cosmos et s'impose en peu de temps.

Il n'existe pas qu'un mécanisme à cette époque ; celui de Descartes ne fait pas l'unanimité. La pensée cartésienne n'en joue pas moins un rôle majeur, parce qu'elle fournit les énoncés les plus clairs et les plus fermes d'un mécanisme dogmatique et métaphysique. Les principes du mécanisme sont ceux de la mécanique. Mais pour fonder la généralisation de ces principes et leur usage non plus hypothétique mais catégorique, Descartes les fait précéder d'un principe métaphysique. Parlant du terme « nature », il écrit dans Le Monde (1664) : « Je me sers de ce mot pour signifier la Matière même en tant que je la considère avec toutes les qualités que je lui ai attribuées, comprises toutes ensemble, et sous cette condition que Dieu continue de la conserver de la même façon qu'il l'a créée. » Un principe de conservation de la matière et de la quantité de mouvement, qui n'est assuré qu'en supposant la création et la conservation du créé, donne au mécanisme la certitude de soi. Sur cette base, les principes de la mécanique, à commencer par le principe d'inertie, deviennent les lois fondamentales de la nature. Tout s'explique par les lois des mouvements matériels, et tout se fait par figure et mouvement. Les mouvements qui peuvent avoir lieu sont fonction de la configuration des corps impliqués dans le mouvement. Ils ne peuvent consister qu'en des déplacements géométriques et mesurables.

Le changement qui en résulte quant à la vision du monde et à l'attitude de l'homme à son égard est considérable. En mettant fin à la différence qualitative du céleste et du terrestre, le mécanisme affirme l'homogénéité de l'univers. Le cosmos organisé, dont l'homme sur la Terre occupe la place centrale et qui dans une certaine mesure est aménagé pour lui, est remplacé par une nature étrangère en tant que machine à l'esprit humain. « On accepte, écrit Robert Lenoble, que la Nature ait ses mécanismes et ses lois à elle, sans aucun rapport avec nos vœux affectifs, il faut qu'elle devienne pleinement autonome, „autre“ que nous, pour que nous puissions la posséder, voire asservir cette altérité capable désormais de nous enrichir par sa nouveauté. » La logique radicale du mécanisme conduit à nier toute spécificité de la vie biologique et à formuler une théorie de l'animal-machine qui s'applique également au corps humain. « Je suppose, écrit Descartes dans le Traité de l'homme (1664), que le corps n'est autre chose qu'une statue ou machine de terre que Dieu forme tout exprès pour la rendre plus semblable à nous qu'il est possible. En sorte [...] qu'il met au-dedans toutes les pièces qui sont requises pour faire qu'elle marche, qu'elle mange, qu'elle respire... » Aux xviie et xviiie siècles, le mécanisme promeut une théorie préformationniste de la genèse des êtres vivants. Il ne peut en effet penser le développement que comme la croissance et le déploiement dans l'espace d'une forme, présente dès le départ, et issue directement de la création divine.

Reconsidérer les lois de la nature

Le mécanisme se déploie donc comme une vue systématique de l'ensemble de la nature. Il a fourni aux sociétés européennes du xviie siècle, après le déchirement des guerres de religion, une nouvelle pensée unificatrice de caractère philosophique plutôt que religieux, liée à l'absolutisme monarchique dans le domaine politique et au classicisme dans le domaine esthétique. La question de l'explication historique d'un changement aussi radical et aussi soudain des idées dans le contexte de l'époque a fait l'objet de bien des hypothèses. On a souligné le rôle du christianisme dont le créationnisme, l'affirmation de l'égalité de tous les hommes et de leur supériorité sur la nature ont pu finalement conduire à l'effondrement de la vision antique du cosmos. L'évolution des techniques et du machinisme, notamment à la fin du Moyen Âge et pendant la Renaissance, a pu également conduire à l'instrumentalisation générale de la nature. Le lien du mécanisme avec les débuts du capitalisme, le développement des manufactures et la montée d'une classe d'entrepreneurs est lui aussi souligné.

Le mécanisme exerce une influence jusqu'à nos jours. Les principes de base de la mécanique et ce qu'ils impliquent dans la manière de comprendre la nature demeurent valables, même si la connaissance de la nature s'est enrichie d'autres principes. La démarche qui s'efforce de penser à partir du modèle de la machine est toujours largement pratiquée en se référant par exemple à la machine à vapeur, aux machines électriques ou à l'ordinateur. Le mécanisme comme vision générale du monde n'a cependant plus cours. Il a connu son apogée au xviiie siècle, avec Newton. L'un des principaux objets de débat au sein de la vision mécaniste du monde a été celui de la prise en considération des forces. Pour Descartes, le mécanisme n'est pas moteur : il suppose un mouvement donné au départ et conservé. On finira par admettre que la machine de la nature contient en elle-même non seulement des ressorts mais des forces, c'est-à-dire des causes ou des sources de mouvement. Laplace peut dire alors qu'il n'a plus besoin de l'hypothèse de l'existence de Dieu pour rendre compte de ce qui se passe. Le principe métaphysique qui, aux yeux de Descartes et de nombre de ses successeurs soutenait le mécanisme et l'érigeait lui-même en philosophie générale, est remis en cause. L'une des limites du mécanisme, son incapacité à rendre compte des genèses et d'abord de la construction du mécanisme lui-même sans recours à Dieu, est surmontée. Il laisse place à l'évolutionnisme comme vision générale du monde, parce qu'il est devenu possible de penser la nature non plus comme un processus dans lequel la machine se conserve, mais comme celui dans lequel ce qui n'est plus à proprement parler une machine s'engendre et se transforme soi-même.

Auteur: HUBERT FAES
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