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Définition et synonyme de : MÉCANISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MÉCANISME Dans le domaine des sciences de la vie, les termes mécanicisme et mécanisme ont été indifféremment utilisés pour désigner une approche des phénomènes de la vie qui est identique à celle de l'ensemble du monde. Ainsi, ce dernier, qu'il soit vivant ou non, est soumis aux mêmes lois. Cette approche, que Robert Boyle nomme « matérialisme » en 1660, s'oppose à toute conception pour laquelle les phénomènes vitaux relèvent d'un principe qui e échappe aux forces physico-chimiques. Inscrite depuis le xvii siècle dans des débats philosophiques opposant courant matérialiste et courant spiritualiste, elle a évolué avec l'essor parallèle des connaissances sur les êtres vivants et des sciences physico-chimiques. Des disciplines fondamentales et appliquées, situées à l'interface entre les sciences de la vie et les sciences physiques, en sont nées (par exemple, la biomécanique, l'ergonomie et la robotique). Une première étape vers le matérialisme Galilée (1564-1642) constitue la figure emblématique à laquelle la plupart des protagonistes se référent. La question initiale est en effet de promouvoir l'idée que la matière, le mouvement et l'espace sont les fondements explicatifs du monde, ce qui implique la mesure et le calcul (d'où l'importance des e mathématiques).
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MÉCANISME

Dans le domaine des sciences de la vie, les termes mécanicisme et mécanisme ont été indifféremment utilisés pour désigner une approche des phénomènes de la vie qui est identique à celle de l'ensemble du monde. Ainsi, ce dernier, qu'il soit vivant ou non, est soumis aux mêmes lois. Cette approche, que Robert Boyle nomme « matérialisme » en 1660, s'oppose à toute conception pour laquelle les phénomènes vitaux relèvent d'un principe qui échappe aux forces physico-chimiques. Inscrite depuis le xviie siècle dans des débats philosophiques opposant courant matérialiste et courant spiritualiste, elle a évolué avec l'essor parallèle des connaissances sur les êtres vivants et des sciences physico-chimiques. Des disciplines fondamentales et appliquées, situées à l'interface entre les sciences de la vie et les sciences physiques, en sont nées (par exemple, la biomécanique, l'ergonomie et la robotique).

Une première étape vers le matérialisme

Galilée (1564-1642) constitue la figure emblématique à laquelle la plupart des protagonistes se référent. La question initiale est en effet de promouvoir l'idée que la matière, le mouvement et l'espace sont les fondements explicatifs du monde, ce qui implique la mesure et le calcul (d'où l'importance des mathématiques). Au xviie siècle, Marin Mersenne a été l'animateur de toute une génération qui combat l'influence d'Aristote (relayée par la scolastique médiévale) pour qui toute explication repose sur des « qualités » inhérentes aux choses et sur leur destination (finalisme). La volonté déclarée est de « faire du monde une immense horloge sans intention propre et sans âme ». Auprès de cet ecclésiastique traducteur de Galilée, viennent débattre Pierre Gassendi, Gilles de Roberval, René Descartes, Blaise Pascal, Thomas Hobbes. Il s'agit donc d'un retour à des positions philosophiques rappelant l'atomisme antique (théorie de Démocrite, d'Épicure et de Lucrèce selon laquelle le monde serait engendré par une juxtaposition de particules élémentaires). Appliquée à la médecine, cette position a produit le mouvement des iatromécaniciens qui était défendu par de nombreux médecins des Pays-Bas. Ceux-ci ont, en effet, promu l'observation clinique et la recherche des causes naturelles des maladies.

Ce courant est marqué par la publication, en 1680, de De Motu Animalium. L'auteur de cet ouvrage, Giovanni Alfonso Borelli, mathématicien italien et médecin de Christine de Suède, y applique les principes de la mécanique aux corps des animaux. Depuis lors, les os sont considérés comme des leviers, les muscles comme des producteurs de force, le cœur comme la pompe responsable de la circulation mise en évidence par Harvey.

C'est aussi à cette époque que sont apparues les principales académies : l'Accademia degli investiganti, en Italie, fondée par Borelli en 1656, où sont débattus des sujets d'anatomie, de chimie et de physique ; The Invisible College, en Angleterre, créé la même année par Robert Boyle et qui deviendra en 1660 la Royal Society ; l'Académie royale des sciences, en France, fondée par Colbert en 1666, où opère Claude Perrault, anatomiste et architecte. Tous ces personnages ont été en relation mutuelle et se réfèrent aux travaux de Galilée. Ils s'illustrent dans les domaines des mathématiques, de la physique, tout autant que dans les sciences de la vie, comme l'assistant de Boyle, Robert Hooke, qui est l'inventeur du régulateur du balancier des montres, de la loi sur l'élasticité des corps solides, mais aussi le créateur du mot « cellule ».

Au siècle des Lumières, époque des automates de Vaucanson, les salons que le baron d'Holbach tenait ouverts à Paris ont connu un vif débat entre deux tendances au sein du mécanisme : d'une part, la tendance de ceux pour qui tous les phénomènes ont des causes matérielles (monisme), conduisant du matérialisme à l'athéisme ; d'autre part, la tendance de ceux qui, dans la continuité de Descartes et de Newton, réservent hors de portée de la notion de l'« animal-machine » une entité spirituelle, l'« âme » (dualisme). Le médecin français Julien Offroy de La Mettrie développe alors l'idée que les instincts et même le sens moral sont les produits d'un organe particulier, le cerveau. Dans ses ouvrages intitulés Traité de l'âme et Homme-machine, il rejette toute interprétation téléologique (finaliste) de la nature qui « ayant fait sans voir, des yeux qui voient, elle a fait sans penser, une machine qui pense ».

Finalisme et vitalisme au service de la réaction antimatérialiste

Cependant, le finalisme va prévaloir avec l'autorité d'Emmanuel Kant pour qui les sciences de la vie ne pourront jamais connaître leur « Newton » en raison des limites d'application de lois universelles à des objets obéissant à une finalité. Le concept de force vitale des « philosophes de la nature » allemands et la « théologie naturelle » (Natural Theology, ouvrage devenu la référence pour désigner le mouvement qui s'appuie sur les « merveilles du monde » pour démontrer la providence divine) de l'Anglais William Paley vont occuper le terrain au début du xixe siècle. Le vitalisme va trouver une formulation scientifique avec Xavier Bichat, pour qui le vivant constitue une exception aux lois physico-chimiques, même si, dès cette époque, il est acquis que les mesures et les expériences constituent les voies de la compréhension du vivant.

Les physiologistes allemands Justus Liebig, Emil Du Bois-Reymond et Hermann von Helmholtz vont déclencher une réaction matérialiste (moniste) à la fois contre le romantisme de la Naturphilosophie et le retour du pouvoir religieux. Ils vont ainsi s'attacher à l'analyse quantifiée et non invasive de fonctions telles que celles du mouvement et des sens, à l'aide d'appareils empruntés aux sciences physiques. Étienne Jules Marey se situe dans cette ligne, inventant vers la fin du xixe siècle le cinématographe en recherchant un langage universel pour décrire le mouvement. En Allemagne, Wilhelm Roux développe, en 1893, une « mécanique du développement » dont dérivera toute l'embryologie expérimentale, mais aussi l'idée que la construction de l'organisme obéit à une optimisation, un minimum de substance étant utilisée pour réaliser une structure. Les formes vivantes sont considérées comme des diagrammes de forces pour d'Arcy Thompson en 1917 et elles sont soumises par Raoul Anthony, assistant de Marey, à des expériences où une déformation est recherchée par la modification des forces au cours du développement (mécanomorphose), approche qui s'accordait bien avec une conception lamarckienne de l'évolution.

Plus récemment, l'approche mécaniste se rencontre dans les travaux qui portent sur les adaptations des organismes à leur environnement. Biomécanique et chirurgie orthopédique se placent au niveau des modifications du phénotype, tandis qu'en biologie évolutive, où la variation du génotype et la sélection naturelle du phénotype sont les déterminants, le concept d'adaptation doit contourner la tentation du finalisme. En effet, si les êtres vivants n'échappent pas aux lois physico-chimiques qui régissent leur fonctionnement à tout moment de leur existence, ils ne peuvent être réduits à des machines car ils sont issus de compromis résultant d'une histoire et d'événements contingents. Contrairement aux machines, ils ne résultent d'aucun projet.

Auteur: JEAN-PIERRE GASC