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Définition et synonyme de : MESSIANISME ET MILLÉNARISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MESSIANISME ET MILLÉNARISME Les croyances religieuses messianiques et millénaristes apparaissent très souvent liées : le millénariste est celui qui attend l'établissement sur terre d'une ère de paix, de justice, de fraternité et d'abondance (le « millenium », d'une durée symbolique ou réelle de mille années), mais cette ère doit, la plupart du temps, être inaugurée par un personnage charismatique de nature ou de fonction divine, le messie. D'un point de vue historique, le messianisme et le millénarisme (ou chiliasme) tirent leur source des textes sacrés des monothéismes sémitiques, et tout d'abord de la Bible. Par extension, on analyse comme messianiques et millénaristes des croyances analogues présentes dans des religions étrangères au contexte monothéiste ou dans divers cultes syncrétiques rencontrés dans certains pays du Tiers Monde. Le messianisme L'attente du règne terrestre d'un Messie (en hébreu mashiah, étymologiquement l'« Oint » [du Seigneur]), personnage devant être issu de la maison du roi David, n'a pris corps que tardivement dans les croyances du peuple hébreu : elle s'est cristallisée à la période prophétique en réaction à la disparition des royaumes d'Israël et de Juda et à la dispersion des Hébreux dans la diaspora. Le Messie juif est celui qui restaurera la nation d'Israël et établira la justice sur la terre.
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MESSIANISME ET MILLÉNARISME

Les croyances religieuses messianiques et millénaristes apparaissent très souvent liées : le millénariste est celui qui attend l'établissement sur terre d'une ère de paix, de justice, de fraternité et d'abondance (le « millenium », d'une durée symbolique ou réelle de mille années), mais cette ère doit, la plupart du temps, être inaugurée par un personnage charismatique de nature ou de fonction divine, le messie. D'un point de vue historique, le messianisme et le millénarisme (ou chiliasme) tirent leur source des textes sacrés des monothéismes sémitiques, et tout d'abord de la Bible. Par extension, on analyse comme messianiques et millénaristes des croyances analogues présentes dans des religions étrangères au contexte monothéiste ou dans divers cultes syncrétiques rencontrés dans certains pays du Tiers Monde.

Le messianisme

L'attente du règne terrestre d'un Messie (en hébreu mashiah, étymologiquement l'« Oint » [du Seigneur]), personnage devant être issu de la maison du roi David, n'a pris corps que tardivement dans les croyances du peuple hébreu : elle s'est cristallisée à la période prophétique en réaction à la disparition des royaumes d'Israël et de Juda et à la dispersion des Hébreux dans la diaspora. Le Messie juif est celui qui restaurera la nation d'Israël et établira la justice sur la terre.

Les disciples et les partisans de Jésus de Nazareth l'ont reconnu comme « Christ » (mot d'origine grecque signifiant également « Oint »), en dépit du fait qu'il n'ait pas eu de règne terrestre, tandis que le reste du peuple juif l'a rejeté comme pseudo-messie. L'histoire du peuple juif connaîtra d'autres prétendants au rôle messianique, notamment, au xviie siècle, Sabbatai Tsevi, qui suscitera d'immenses mais brèves espérances parmi les communautés juives de la diaspora avant d'être contraint de se convertir à l'islam pour échapper à une exécution promise par les autorités ottomanes.

En ce qui concerne l'histoire du christianisme, les croyances au retour terrestre de Jésus en tant que Messie ou Christ ont beaucoup varié : durant les quatre premiers siècles, les chrétiens ont attendu comme imminent ce retour en gloire devant instaurer le millenium, tandis qu'après saint Augustin l'orthodoxie chrétienne se détache progressivement des perspectives millénaristes en les remplaçant par l'idée que le règne de l'Église instituée doit durer jusqu'au Jugement dernier. Les croyances millénaristes, désormais suspectes d'hérésie, se réfugient dès lors aux marges de l'Église, soit dans les nombreux mouvements protestataires qui se manifestent tout au long de l'histoire du christianisme, dans sa version tant catholique que protestante, soit dans les spéculations d'auteurs spirituels comme Joachim de Flore (xiie siècle), auteur du schéma para-millénariste des trois âges qui donne un souffle nouveau à l'eschatologie chrétienne : chez Joachim et chez les joachimites ultérieurs, l'idée d'un règne terrestre du Fils est remplacée par celle, plus tolérable par l'orthodoxie, d'un règne de l'Esprit (le « troisième âge ») correspondant à l'avènement d'une Église réformée et spiritualisée.

Le millénarisme

À partir du xie siècle, le Moyen Âge chrétien voit l'apparition de nombreux mouvements (dolciniens, flagellants, franciscains spirituels, fraticelles, etc.) en rébellion contre les institutions civiles et religieuses et qui attendent ou veulent hâter, parfois de façon pacifique (attente passive), parfois par la violence (attente révolutionnaire), l'arrivée du royaume de paix conçu comme une société sans différences sociales, image inverse de la société médiévale cloisonnée en ordres hiérarchisés. Quant aux croisades, elles sont traversées de tendances millénaristes, la conquête de Jérusalem et de la Terre sainte pouvant être envisagée comme le prélude nécessaire au règne terrestre du Messie.

De même, l'époque de la Réforme connaît des effervescences millénaristes (guerre des Paysans de Thomas Müntzer, anabaptistes de Münster, etc.) tandis que certains courants millénaristes plus tardifs (comme les levellers anglais du xviie siècle) ont été analysés comme les précurseurs directs des mouvements révolutionnaires séculiers qui suivront.

De nombreux mouvements chrétiens contemporains, en particulier ceux nés en terrain protestant comme les adventistes du septième jour ou les témoins de Jéhovah, revendiquent explicitement et fortement leur attente du règne terrestre du Messie. Cependant, la croyance aux perspectives millénaristes reste aujourd'hui partagée, bien au-delà de ces groupes minoritaires, dans de larges secteurs du protestantisme évangélique ou fondamentaliste, en particulier aux États-Unis.

Plusieurs passages de l'Ancien et du Nouveau Testament ont servi de support aux croyances et aux spéculations millénaristes (dont les détails diffèrent sensiblement selon les courants de pensée et les époques considérés), notamment le Livre de Daniel et celui de l'Apocalypse où il est fait allusion à un règne de mille années de paix sur Terre. Si l'on ne tient pas compte de ses multiples variantes, le schéma millénariste chrétien se déroule classiquement comme suit : les temps de la fin sont annoncés par une série de catastrophes et d'épreuves, orchestrées par un anti-messie, l'Antéchrist. Celui-ci est finalement vaincu lors de la bataille d'Harmagueddon et Satan se voit enchaîné « pour mille ans ». Le règne de paix du Christ, Roi du monde, peut alors commencer. Ce n'est qu'à l'issue de ce millenium que Satan est de nouveau délié en vue d'un ultime affrontement entre les forces du bien et du mal qui s'achève par la résurrection finale et le Jugement dernier qui concluent l'histoire et signent l'entrée dans la Jérusalem céleste.

Dans le monde musulman sunnite, la croyance messianique s'est focalisée sur l'attente d'un Mahdi devant préparer les voies au règne du Messie. Tout au long de l'histoire musulmane, de nombreux mouvements mahdistes (notamment au Soudan en 1881-1885) ont servi de catalyseur à des révoltes parfois couronnées de succès contre l'autorité en place. En cas de succès, les mouvements mahdistes ont donné naissance à de nouvelles dynasties. Chez les musulmans chiites, la figure du Mahdi est remplacée par celle de l'Imam caché, un descendant d'Ali, gendre du prophète Mahomet, qui a été « occulté » et doit réapparaître au bout de plusieurs siècles pour régénérer l'islam.

La rencontre des religions traditionnelles avec les missions chrétiennes a favorisé l'apparition de croyances messianiques et millénaristes : ainsi en est-il, par exemple, en Mélanésie du culte du cargo qui s'est traduit, au milieu du xxe siècle, par la croyance que des cargos chargés de vivres et venus du bout du monde allaient apporter la prospérité. Les adeptes du cargo cult se sont ainsi mis à détruire tous leurs biens dans l'espoir que la destruction des richesses existantes allait précipiter l'arrivée du règne de l'abondance.

Des univers de croyances étrangers au monde monothéiste connaissent aussi des croyances de type millénariste, même si elles s'insèrent dans une conception cyclique et non plus linéaire du temps, ce qui en modifie la portée : ainsi, par exemple, dans le bouddhisme rencontre-t-on l'idée que, la dégénérescence de la loi bouddhique s'accentuant au fil de l'histoire, viendra un Bouddha sauveur, Maitreya (Miroku en japonais) capable de la restaurer dans sa plénitude initiale.

En définitive, on doit constater que, même si une part de l'énergie protestataire qui informait le millénarisme des siècles passés s'est sécularisée à partir du xixe siècle en mouvements révolutionnaires non religieux voire antireligieux (communisme notamment), et même si le millenium religieux a trouvé des analogues politiques (le « Reich de mille ans » des nazis), les croyances centrées sur l'espérance d'un règne terrestre du messie sont loin de pouvoir être considérées comme marginales à l'heure actuelle.

Auteur: LOUIS HOURMANT
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