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Définition et synonyme de : MODERNISME, religion

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MODERNISME, religion Le mouvement religieux qui a été dénommé « modernisme » (surtout par ses e détracteurs) s'est produit dans l'Église catholique à la fin du xix siècle et au e début du xx en France, en Italie et en Angleterre (l'Allemagne catholique avait connu, avec le Kulturkampf, une expérience analogue dans les années 1870, mais dans un contexte bien différent). Ce mouvement prend naissance à la rencontre de trois aspirations à l'autonomie, nées dans des champs distincts : celle de la science historique, celle de la démarche éthique, celle du sujet croyant dans l'Église. Le contexte intellectuelLe contexte intellectuel e Le développement de l'histoire des religions se produit au xix siècle en Europe et aux États-Unis dans un climat de respectueuse sympathie pour les croyances, mais aussi d'impartialité scientifique. En France, cette séparation des compétences entre histoire et théologie est particulièrement nette et elle est clairement exigée par le statut laïque de l'école et de l'Université. e La philosophie française à la fin du xix siècle est marquée par un retour à Kant, qui porte le nom de « néo-criticisme ». S'agissant de la question religieuse, les penseurs inspirés par Kant insistent sur l'autonomie de la conscience par rapport à toute instance transcendante.
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MODERNISME, religion

Le mouvement religieux qui a été dénommé « modernisme » (surtout par ses détracteurs) s'est produit dans l'Église catholique à la fin du xixe siècle et au début du xxe en France, en Italie et en Angleterre (l'Allemagne catholique avait connu, avec le Kulturkampf, une expérience analogue dans les années 1870, mais dans un contexte bien différent). Ce mouvement prend naissance à la rencontre de trois aspirations à l'autonomie, nées dans des champs distincts : celle de la science historique, celle de la démarche éthique, celle du sujet croyant dans l'Église.

Le contexte intellectuel

Le développement de l'histoire des religions se produit au xixe siècle en Europe et aux États-Unis dans un climat de respectueuse sympathie pour les croyances, mais aussi d'impartialité scientifique. En France, cette séparation des compétences entre histoire et théologie est particulièrement nette et elle est clairement exigée par le statut laïque de l'école et de l'Université.

La philosophie française à la fin du xixe siècle est marquée par un retour à Kant, qui porte le nom de « néo-criticisme ». S'agissant de la question religieuse, les penseurs inspirés par Kant insistent sur l'autonomie de la conscience par rapport à toute instance transcendante. Cette position du sujet humain par le rejet de toute hétéronomie s'adapte de manière heureuse à la laïcité scolaire et explique le succès de l'œuvre de Charles Renouvier (1815-1903) auprès des maîtres de l'enseignement public.

La concentration des pouvoirs dans l'Église catholique, après la définition en 1871 de l'infaillibilité du pape et de sa juridiction universelle, produit un climat de censure et de surveillance qui accable une partie des intellectuels catholiques et des clercs soucieux de combler le fossé qui s'est formé entre l'Église et la société.

À ces trois formes de l'interrogation contemporaine devant la religion catholique, les modernistes répondent chacun pour sa part et de façon dispersée.

Un mouvement critique interne

L'application de la méthode historique à l'étude des livres bibliques et à l'examen de la tradition catholique conclut au caractère évolutif des croyances, une fois les écrits bibliques replacés à l'époque réelle de leur rédaction. À l'idée d'une Révélation divine toujours identique à elle-même se substituait ainsi la perception de discontinuités indéniables, qui attiraient l'attention sur le rôle actif des groupes religieux dans l'élaboration des croyances. Celui qui ouvrit la brèche, dans le domaine exégétique, est Alfred Loisy (1857-1940), professeur à l'Institut catholique de Paris de 1882 à 1893. À côté de lui, on mentionnera Joseph Turmel (1859-1943) pour l'histoire des dogmes. Les dogmes étant ainsi relativisés, il revint à Edouard Le Roy (1870-1954), professeur de philosophie au Collège de France, de s'interroger sur leur fonction (pour lui, plus pratique que spéculative).

Les philosophes catholiques se préoccupèrent aussi de poser le problème religieux à partir du désir humain. Ils soutinrent que la parole de Dieu, contenue dans la Bible et présentée par l'Église, contenait la réponse adéquate à la quête de sens et de bonheur. Pour eux, la disjonction autonomie/hétéronomie se trouvait surmontée grâce aux lumières implicitement contenues dans l'action humaine, si le philosophe savait en déplier toute l'exigence. Les porteurs de ce message à leurs contemporains furent en France Maurice Blondel (1861-1949) et Lucien Laberthonnière (1860-1932), qui protestèrent toujours de leur orthodoxie mais furent suspectés de modernisme (surtout le second). Le jésuite anglais George Tyrrell (1861-1909) s'inscrit dans le même effort, qui reproche à la conception « autoritaire » de la Révélation à la fois son intellectualisme et son hétéronomie.

Les modernistes, à ces positions théoriques, joignaient des requêtes pratiques. Ils demandaient un changement dans le gouvernement de l'Église, accordant plus de liberté aux travailleurs intellectuels et aux responsables politiques. L'accent réformiste marque surtout le modernisme italien, à cause de la présence massive de l'Église dans la vie publique de la péninsule, ultime conséquence de la souveraineté temporelle des papes.

Répression romaine

Malgré le caractère individuel de ces démarches, l'autorité de l'Église frappa le modernisme en bloc et l'encyclique Pascendi du pape Pie X (8 septembre 1907) considère le « moderniste » comme un seul personnage, particulièrement dangereux, car il s'attaque aux fondements mêmes de la foi. Pour l'auteur du texte, la foi est raisonnable, parce que l'autorité de la Révélation repose sur des garanties extérieures (miracles, prophéties réalisées, etc.). Les modernistes, au contraire, ne séparaient pas la démarche de foi d'une forme personnelle d'expérience religieuse, où était éprouvées la lumière et la force émanant de l'adhésion au Christ vivant dans l'Église. Peu importait alors la relativité historique des énoncés de la foi qui n'empêchaient pas de viser à travers eux l'Absolu lui-même. Mais, selon le pape, cette notion d'expérience donnait de la foi une justification purement subjective et pouvait d'ailleurs être utilisée par les adeptes sincères de toutes les religions. Le péril parut si grand alors aux responsables de l'Église catholique qu'ils prirent de sévères mesures de répression, imposant en particulier aux membres du clergé un « serment antimoderniste ».

Auteur: FRANCOIS LAPLANCHE
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