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Définition et synonyme de : MONÉTARISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis MONÉTARISME Mot récent – monetarism apparaît pour la première fois en 1968 dans un article de Karl Brunner sur la politique monétaire publié par la Réserve fédérale américaine de Saint Louis –, le monétarisme désigne une idée pourtant ancienne. Cette idée est que toute augmentation de la quantité de monnaie en circulation se traduit par une augmentation du niveau général des prix, c'est-à-dire par de l'inflation. Ou, autrement dit, que la monnaie est un instrument de l'échange qui ne joue aucun rôle dans la dynamique de création de richesse. Ce que les économistes résument en disant qu'il y a neutralité de la monnaie. Une fois ce principe posé, il convient de voir quelle en est la légitimité, quelle en est la validité et quelles en sont les conséquences concrètes pour la politique économique. L'équation quantitative de la monnaie La légitimité de cette l'affirmation, selon laquelle l'expansion monétaire mène à l'inflation, repose sur l'équation quantitative de la monnaie, qui peut s'écrire : MV   =   pT, où M désigne la quantité de monnaie en circulation, ce que les économistes appellent la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie, p le niveau général des prix et T l'ensemble des transactions effectuées. Concrètement, cela revient à faire deux constats.
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MONÉTARISME

Mot récent – monetarism apparaît pour la première fois en 1968 dans un article de Karl Brunner sur la politique monétaire publié par la Réserve fédérale américaine de Saint Louis –, le monétarisme désigne une idée pourtant ancienne. Cette idée est que toute augmentation de la quantité de monnaie en circulation se traduit par une augmentation du niveau général des prix, c'est-à-dire par de l'inflation. Ou, autrement dit, que la monnaie est un instrument de l'échange qui ne joue aucun rôle dans la dynamique de création de richesse. Ce que les économistes résument en disant qu'il y a neutralité de la monnaie. Une fois ce principe posé, il convient de voir quelle en est la légitimité, quelle en est la validité et quelles en sont les conséquences concrètes pour la politique économique.

L'équation quantitative de la monnaie

La légitimité de cette l'affirmation, selon laquelle l'expansion monétaire mène à l'inflation, repose sur l'équation quantitative de la monnaie, qui peut s'écrire : MV = pT, où M désigne la quantité de monnaie en circulation, ce que les économistes appellent la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie, p le niveau général des prix et T l'ensemble des transactions effectuées. Concrètement, cela revient à faire deux constats. D'abord, chaque dépense donnant lieu au versement d'une certaine quantité de monnaie, le montant global des dépenses est égal à la masse monétaire disponible multipliée par le nombre de fois où elle est utilisée. Ensuite, on dépense pour acquérir des biens et donc le montant total des dépenses est égal à la valeur de ce qui est vendu.

Aux origines de l'économie, cette relation paraît d'autant plus évidente que la monnaie a un contour bien précis : la masse monétaire d'un pays correspond à la quantité physique d'or qui y circule. Le premier économiste à décrire de façon systématique le lien entre les prix et la quantité d'or est Nicolas Oresme (1320-1382) dans son Traité des monnaies de 1355. Au Prince qui prétend réguler l'activité économique en modifiant la quantité de métal contenue dans les pièces, il annonce qu'il n'obtiendra que de l'inflation. En revanche, il lui recommande de mener une véritable politique monétaire : il conseille en cas de déflation de fondre les objets religieux en or pour en faire des pièces, et en cas d'inflation de multiplier la fabrication des bijoux et ornements.

Dans sa Réponse au paradoxe de M de Malestroit en 1578, Jean Bodin (1530-1596) identifie quatre causes de hausse des prix : l'absence de concurrence, la disette agricole, l'insouciance des seigneurs prêts à payer n'importe quel prix mais surtout, cause première et principale, l'augmentation de la quantité de monnaie en circulation. Il appuie son raisonnement sur une formulation primitive de l'équation quantitative et gagne le titre posthume de premier monétariste.

Désignée aujourd'hui sous le nom d'équation de Fischer, un économiste du début du xxe siècle qui la commente abondamment, l'équation quantitative est un résultat comptable incontestable, et à ce titre est admise par tous. Néanmoins, elle nourrit le débat entre ceux qui considèrent qu'une augmentation de la masse monétaire se traduit par une augmentation des prix et ceux qui, en revanche, sont persuadés qu'elle se traduit par une augmentation des transactions et donc des quantités produites. Dans le groupe de ceux qui pensent que ce sont les prix qui bougent, on trouve les tenants du libéralisme économique : c'étaient les classiques comme David Ricardo (1772-1823), ce sont les monétaristes d'aujourd'hui. Dans le groupe qui considère que les prix sont stables et que ce sont les quantités qui s'adaptent, on trouve les interventionnistes : les mercantilistes d'autrefois, les keynésiens d'aujourd'hui.

Monétarisme moderne et courbe de Phillips

Si Bodin ou Ricardo fondaient leur point de vue sur un raisonnement purement logique, les monétaristes contemporains s'appuient sur l'histoire économique récente pour défendre leur vision du libéralisme et combattre les thèses keynésiennes. Théoricien le plus représentatif du monétarisme, Milton Friedman (né en 1912) a étudié l'évolution des prix et la quantité de monnaie en circulation aux États-Unis entre 1867 et 1960 en collaboration avec Anna Schwartz (Une histoire monétaire des États-Unis, 1963). De ses travaux, il a tiré deux conclusions, qui sont le fondement du monétarisme moderne :

– à court terme, la vitesse de circulation de la monnaie est constante. Ce qui signifie que, au cours d'une année, un billet de banque sert à un nombre fixe d'utilisateurs ;

– en tout temps et en tout lieu, l'inflation est un phénomène monétaire.

Le monétarisme moderne, par rapport aux versions anciennes, tient compte de l'évolution de la nature de la monnaie qui est devenue totalement immatérielle. Alors que jusqu'en 1914, la monnaie était directement ou indirectement un métal, de nos jours, elle repose sur l'activité de crédit. La création de monnaie s'identifie à l'octroi d'un prêt par un organisme bancaire. À partir de là, Friedman considère que la demande de monnaie est relativement stable à court terme, même si elle ne correspond pas uniquement au besoin d'achats mais aussi au souhait de thésaurisation, tandis que l'offre de monnaie dépend des autorités monétaires. Il affirme que cette offre de monnaie ne peut influencer la demande et que les décisions des gestionnaires de la monnaie ne se traduisent que par une augmentation des prix.

Conçu en opposition frontale au keynésianisme, le monétarisme exprime cette opposition notamment dans son analyse du rôle de l'inflation. Dans le keynésianisme, l'inflation est impossible tant qu'il y a un sous-emploi significatif, et elle est anodine voire bénéfique quand elle accompagne la croissance. Le monétarisme ancien de Ricardo se souciait peu de l'inflation, phénomène plutôt rare qui correspondait à des guerres. Le monétarisme moderne a dû préciser la nature de l'inflation à la suite des travaux de divers économistes sur sa relation avec le chômage.

Cette relation s'organise autour de la courbe de Phillips – du nom de l'économiste néo-zélandais qui l'a étudiée sur un plan statistique –, qui s'obtient en portant sur un graphique, année après année, en abscisse le taux de chômage et en ordonnée le taux d'inflation. Se dessine ainsi empiriquement une courbe décroissante assimilable à une hyperbole, résultat que l'on peut traduire économiquement en disant que l'inflation et le chômage évoluent en sens inverse : toute hausse de l'un s'accompagne d'une baisse de l'autre.

En fait, la forme théorique de la courbe de Phillips permet de visualiser le différend entre monétaristes et keynésiens. Pour ces derniers, les prix sont rigides et toute politique économique accroissant la masse monétaire et donc la demande se traduit par une baisse du chômage. La courbe de Phillips keynésienne est une droite horizontale. Pour les monétaristes, toute injection de monnaie conduit à une hausse des prix tandis que le taux de chômage reste constant : la courbe de Phillips monétariste est une droite verticale. Cela signifie qu'une politique économique qui prétend réduire le chômage et augmenter la croissance en augmentant la masse monétaire est vouée à l'échec et à l'inflation. La bonne politique monétaire est celle qui met en circulation la quantité de monnaie correspondant à l'augmentation des transactions, augmentation liée à la dynamique de la croissance que créent les gains de productivité.

Depuis la victoire de Margaret Thatcher en Angleterre en 1979, le monétarisme inspire peu ou prou les politiques économiques des pays développés. La traduction la plus manifeste de son succès intellectuel est que, pour éviter toute tentation de retour à des politiques de forte expansion monétaire, la plupart des pays ont désormais une banque centrale indépendante du pouvoir politique traditionnel.

Auteur: JEAN-MARC DANIEL
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