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Définition et synonyme de : NATION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis NATION Conformément à son étymologie (natio, en latin, a pour origine nascere, naître), le terme nation désigne initialement un groupe plus ou moins vaste d'individus ayant une origine commune. Ainsi, dans l'université de Paris, e avant le xv siècle, les étudiants étaient classés en quatre nations (France, Picardie, Normandie et Allemagne). Le terme s'appliquait donc, de manière assez floue, à des populations ayant des caractéristiques culturelles ou religieuses communes, habitant une même contrée ou appartenant à un e même État. C'est à partir du xviii siècle que le vocable acquiert une nouvelle dimension et devient une notion fondamentale de la modernité politique et sociale. La nation comme corps politique et communauté culturelle À l'époque des Lumières, la nation reçoit une signification nouvelle qui fait d'elle une des armes de la révolution idéologique engagée contre les sociétés d'Ancien Régime. La nation désigne désormais la population d'un État, mais selon un principe radicalement différent de celui qui rassemble les sujets d'un même souverain. Selon la définition fournie par l'abbé Sieyès à l'aube de la Révolution française, la nation est « un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par une même législature ». Un principe de libre association définit donc la nation.
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NATION

Conformément à son étymologie (natio, en latin, a pour origine nascere, naître), le terme nation désigne initialement un groupe plus ou moins vaste d'individus ayant une origine commune. Ainsi, dans l'université de Paris, avant le xve siècle, les étudiants étaient classés en quatre nations (France, Picardie, Normandie et Allemagne). Le terme s'appliquait donc, de manière assez floue, à des populations ayant des caractéristiques culturelles ou religieuses communes, habitant une même contrée ou appartenant à un même État. C'est à partir du xviiie siècle que le vocable acquiert une nouvelle dimension et devient une notion fondamentale de la modernité politique et sociale.

La nation comme corps politique et communauté culturelle

À l'époque des Lumières, la nation reçoit une signification nouvelle qui fait d'elle une des armes de la révolution idéologique engagée contre les sociétés d'Ancien Régime. La nation désigne désormais la population d'un État, mais selon un principe radicalement différent de celui qui rassemble les sujets d'un même souverain. Selon la définition fournie par l'abbé Sieyès à l'aube de la Révolution française, la nation est « un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par une même législature ». Un principe de libre association définit donc la nation. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août 1789) précise la nouvelle conception du terme : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément » (article 2). La nation est un corps politique formé de citoyens libres et égaux en droits, seul détenteur légitime de la souveraineté.

On oppose parfois deux conceptions de la nation qui seraient antagonistes. La première, dite française, reposerait sur cette définition purement politique et contractuelle, issue du mouvement des Lumières et de la Révolution. L'appartenance nationale serait alors le résultat d'une adhésion libre et rationnelle du citoyen. Inversement, il existerait une seconde conception, dite allemande, rattachée au romantisme, qui définirait la nation comme communauté culturelle et ethnique. L'appartenance nationale serait en ce cas totalement déterminée. Cette opposition est en fait peu pertinente pour rendre compte de la formation des nations modernes, qui ont toutes été définies à la fois comme corps politique et communauté culturelle. En effet, c'est dans l'ordre culturel que la nation moderne, conçue politiquement en termes universels, reçoit sa détermination concrète et ses limites. Les citoyens d'une même nation sont supposés avoir un intérêt commun en vertu d'une histoire et d'une culture partagées qui fondent leur fraternité et les distinguent des membres d'une autre nation. Cette culture commune est d'ailleurs gage de cohésion pour la communauté politique. La nation, selon la formule d'Ernest Renan, « est plébiscite renouvelé de tous les jours », comme union contractuelle idéale, mais elle n'existe durablement que si ses membres, malgré leurs divergences et leurs différences sociales, partagent une forte croyance en leur commune appartenance.

Avant l'ère nationale, de telles cultures communes et nationales n'existaient pas. Les partitions culturelles n'étaient pas seulement d'ordre géographique mais aussi sociales, et c'est seulement à partir du xixe siècle que les cultures nationales, trans−sociales, se sont constituées. Les nations modernes ont été désormais dotées d'histoires spécifiques, établissant leur unité et leur pérennité à travers les âges. L'unification linguistique des nouvelles communautés politiques s'est faite contre la diversité dialectale antérieure, souvent par création de langues communes modernes. La détermination de patrimoines nationaux, culturels et architecturaux, la multiplication des célébrations de la nation, l'éducation de masse ont également permis de développer largement dans les populations l'adhésion au principe national.

Entre identité nationale et universalisme

Le principe national s'est progressivement imposé comme forme légitime de détermination d'un État. L'État-nation est même devenu au xxe siècle la forme politique dominante sur la planète, celle qui paraît la plus naturelle et la plus démocratique. Le nombre de nations reconnues a crû considérablement au cours du dernier siècle : niées initialement comme nations potentielles, les anciennes colonies de l'Europe ont accédé à l'indépendance et à la souveraineté en se déclarant communautés nationales. Néanmoins, il n'existe aucune définition incontestable de la nation et le nombre de nations reconnues sur la planète, en constant changement, dépend des rapports de forces internationaux. De nombreux groupes de population se présentent comme nation véritable, ayant droit à la souveraineté politique, sans obtenir cette reconnaissance (par exemple les Kurdes, Basques, Ouïgours). L'uniformité supposée de la communauté nationale a souvent conduit à des processus d'homogénéisation violents (expulsion ou massacre de populations « allogènes »). Cependant, certains États ont reconnu l'existence de « minorités nationales » en leur accordant quelques droits spécifiques, notamment linguistiques : le terme « nationalité » a d'ailleurs été utilisé en ce sens en Europe centrale ou orientale, ou dans l'Empire russe-soviétique.

Le sentiment d'appartenance nationale s'est avéré être un puissant facteur de cohésion interne des États modernes. Si la notion d'intérêt collectif, en participant à la formation d'une collectivité nationale, a favorisé l'évolution démocratique, elle a pu aussi servir, en certaines circonstances, à justifier le nationalisme xénophobe et agressif. Les guerres mondiales, issues initialement de l'affrontement des nationalismes européens, ont fait apparaître la nécessité d'instances de régulation internationales (Société des nations, Organisation des Nations unies, notamment). En outre, le principe de l'internationalisme prolétarien, affirmé dès le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels (1848), a contesté le primat de l'intérêt national au nom de la lutte des classes. Cependant, même dans les pays sous régime communiste qui, au xxe siècle, se sont réclamés de l'internationalisme, la référence à l'unité et à l'identité nationale est restée forte. L'expression « national-communisme » a même été appliquée à certains (par exemple la fin du régime Ceaucescu en Roumanie).

La fin de la guerre froide a donné lieu à l'apparition de nouveaux États-nations (ex-républiques soviétiques) et à une recrudescence des revendications et affrontements nationalistes (ex-Yougoslavie, Caucase, Asie centrale). Mais la question d'un renouvellement, voire d'un dépassement du principe national, est aussi posée par la transformation des domaines économiques et financiers et leur rapport au politique. Le phénomène de la mondialisation met en question les pouvoirs régulateurs qui furent antérieurement détenus par les États-nations, cependant que s'accroît le rôle d'instances internationales d'esprit libéral (Fonds monétaire international, Organisation mondiale du commerce). Se trouve donc posée la question d'une éventuelle ère postnationale, tandis qu'à échéance plus proche se pose pour l'Europe la question d'une organisation supranationale, associant un marché économique continental et une structure politique d'un nouveau type.

Auteur: ANNE-MARIE THIESSE
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