Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : NORD/SUD

De
7 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis NORD/SUD Dans un communiqué de 2005, l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C.) notait avec grande satisfaction que la part des pays en développement dans le commerce de marchandises avait fait un bond et qu'elle n'avait jamais été aussi élevée. Dans le même temps, d'autres indicateurs, comme ceux issus des rapports du Programme des Nations unies pour le développement (P.N.U.D.) faisaient toutefois apparaître plus incertain le rattrapage des pays du Sud. D'après la F.A.O. (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), la faim dans le monde, qui avait quelque peu diminué au début des années 1990, a progressé de nouveau au tournant des années 2000. En outre, bien que l'indicateur du produit intérieur brut (P.I.B.) soit omniprésent dans les discours et références relatifs au développement, beaucoup d'analyses, dont celles de la Banque mondiale elle-même, s'accordent à reconnaître que la croissance ne suffit pas à faire régresser les inégalités entre les pays et au sein même des populations. Comment envisager des rapports Nord-Sud qui ne soient pas générateurs de conflits si seule la compétition entre les États est la règle ?
Voir plus Voir moins
NORD/SUD

Dans un communiqué de 2005, l'Organisation mondiale du commerce (O.M.C.) notait avec grande satisfaction que la part des pays en développement dans le commerce de marchandises avait fait un bond et qu'elle n'avait jamais été aussi élevée. Dans le même temps, d'autres indicateurs, comme ceux issus des rapports du Programme des Nations unies pour le développement (P.N.U.D.) faisaient toutefois apparaître plus incertain le rattrapage des pays du Sud. D'après la F.A.O. (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), la faim dans le monde, qui avait quelque peu diminué au début des années 1990, a progressé de nouveau au tournant des années 2000. En outre, bien que l'indicateur du produit intérieur brut (P.I.B.) soit omniprésent dans les discours et références relatifs au développement, beaucoup d'analyses, dont celles de la Banque mondiale elle-même, s'accordent à reconnaître que la croissance ne suffit pas à faire régresser les inégalités entre les pays et au sein même des populations.

Comment envisager des rapports Nord-Sud qui ne soient pas générateurs de conflits si seule la compétition entre les États est la règle ? En 1955, la déclaration finale de la conférence de Bandung, qui réunissait vingt-neuf pays d'Afrique et d'Asie représentant plus de la moitié de la population mondiale, condamnait le colonialisme sous toutes ses formes et ambitionnait d'inscrire les rapports internationaux dans un véritable cadre multilatéral équilibré. La sémantique de l'époque, à travers les expressions « pays non alignés » et « Tiers Monde », révélatrices du contexte de la guerre froide et de la problématique de la décolonisation, exprimait une vision politique de la coopération internationale. On est passé ensuite, progressivement, à une analyse plus « technique » : quelques « bonnes pratiques », et les « pays sous-développés » allaient devenir des « pays en voie de développement », bientôt même, pour certains d'entre eux, des « pays émergents ».

Richesse du Nord, pauvreté du Sud

Publié par le P.N.U.D. depuis 1990, l'indicateur de développement humain (I.D.H.) – qui synthétise trois indices (espérance de vie, éducation et niveau de vie) – a certes progressé deux fois plus dans les pays pauvres que dans les pays riches depuis le milieu des années 1970. Cependant, les différences de valeurs absolues au départ sont telles que, à l'arrivée, l'I.D.H. des pays riches reste encore deux fois plus élevé que celui des pays pauvres.

Dans un grand nombre de pays pauvres, plus de la moitié de la population vit avec moins d'1 dollar par jour. Si les dépenses publiques de santé sont de l'ordre de 7 p. 100 du P.I.B. dans les pays de l'O.C.D.E. (qui regroupe les trente pays les plus riches du monde), elles n'atteignaient en 2003 que 3 p. 100 d'un P.I.B. pourtant à peu près cent vingt fois moindre dans les pays les moins avancés. Pour plus de la moitié, la population des pays les plus pauvres n'a pas accès à une eau de qualité et une proportion équivalente souffre de malnutrition. La croissance du P.I.B. par habitant elle-même, qui pourtant ne rend compte que de manière imparfaite des inégalités, montre un écart croissant entre le Nord et le Sud. Le revenu moyen par habitant des pays riches de l'O.C.D.E., calculé en parité de pouvoir d'achat, s'établissait, en 2002, à environ 28 000 dollars contre 1 300 pour les pays les moins avancés, soit un rapport de 1 à 21 contre un rapport plus resserré de 1 à 18 en 1990.

L'indigence de l'aide publique
au développement

Dans les années 1960, les pays du Nord avaient pris l'engagement, devant l'Assemblée générale des Nations unies, d'apporter un concours aux pays du Sud, à hauteur de 0,7 p. 100 de leur P.I.B. En 2003, selon les chiffres publiés par le Comité d'aide au développement, cette aide n'atteignait guère plus de 0,25 p. 100, même en comptabilisant les remises de dettes, qui ne constituent pourtant pas des apports financiers pour les pays concernés, et l'assistance militaire, dont l'apport au développement peut être, pour le moins, contesté.

De plus, une part considérable de cette aide repart vers le Nord sous forme de paiements des investissements réalisés au Sud, et la capacité de ces mêmes investissements à réduire les inégalités n'a jamais été démontrée.

Dans un rapport publié en 2005 (« Mondialisation et déséquilibres extérieurs »), le F.M.I. étudie comment ont évolué les transferts vers le Sud au cours de la période 1970-2003. Sont distinguées, dans ce flux total, trois catégories : les transferts effectués par les émigrés, les I.D.E. (investissements directs étrangers) et l'A.P.D. (aide publique au développement). Au début des années 1970, ces trois flux se situaient à peu près au même niveau, soit quelques milliards de dollars annuels ; en 2003, les transferts effectués par les émigrés atteignaient près de 100 milliards, contre quelque 120 milliards pour les I.D.E. et à peine 20 milliards nets d'A.P.D. On constatera ainsi que les ressources provenant des travailleurs parmi les plus défavorisés représentent près de cinq fois l'A.P.D. en provenance de ces pays qui les emploient !

L'absence de partage des fruits
de la mondialisation

Comment la mondialisation, pourtant présentée comme un puissant moteur de croissance et de développement, peut-elle provoquer une telle explosion des inégalités au point d'engendrer des zones entières de pauvreté et de pauvreté extrême ? La croissance est probablement une condition nécessaire au développement mais, assurément, elle n'y suffit pas.

Au début des années 1980, les institutions financières internationales et beaucoup des gouvernements de grands pays, comme ceux des États-Unis et du Royaume-Uni, ont imposé des politiques fondées sur le triptyque : stabilisation, libéralisation, privatisation. Mises en œuvre dans le cadre de programmes d'ajustement structurels ou de programmes de lutte contre la pauvreté, ces politiques d'inspiration très libérale ont forgé ce qu'on a appelé le « consensus de Washington ». Or, non seulement la libéralisation rapide qui s'est ensuivie n'a pas permis de réduire les écarts de développement, mais elle a même, dans certains pays, pu constituer un facteur important de crises financières et réelles.

Quand on met en parallèle (selon les chiffres de la C.N.U.C.E.D. et de la revue Fortune) les quelque 800 milliards de dollars de bénéfices des mille premières firmes mondiales qui réalisent un peu plus de 20 000 milliards de dollars de chiffre d'affaires, et la vingtaine de milliards de dollars d'A.P.D., on en vient rapidement à l'idée qu'il existe un grave problème de redistribution des richesses créées.

Par ailleurs, force est de constater la dégradation des termes de l'échange subis par les pays du Sud : l'expression signifie que les prix qui leur sont payés pour leurs exportations se dégradent et sont largement inférieurs à ceux qu'ils paient pour leurs achats aux pays du Nord. La Côte d'Ivoire vend, par exemple, son café robusta quatre fois moins cher, en termes constants (corrigés de l'inflation), que dans les années 1970. Mesurée sur plus de cent cinquante ans (cf. Alternatives économiques no 236, avril 2005), cette dégradation fait passer d'un indice base 100 en 1850 à moins de 30 au début des années 2000. L'augmentation du commerce mondial, conjuguée aux déréglementations de toute sorte mises en œuvre depuis les années 1980 dans le cadre du libre-échange, constitue un puissant moteur alimentant les bénéfices du Nord aux dépens du Sud.

Ce processus est très sensiblement amplifié par une fiscalité qui favorise les revenus du capital au détriment de ceux du travail. Au sein de l'Union européenne, dans l'ensemble des ressources fiscales, la part des revenus du capital a baissé de plus de 15 points depuis le début des années 1980 alors que la fiscalité appliquée aux revenus du travail s'est accrue de près de 10 points. La tendance a été la même aux États-Unis. Ce processus résulte de la mise en place un peu partout dans le monde, notamment sous l'impulsion des institutions financières internationales, d'une politique de baisse des dépenses publiques accompagnant celle des prélèvements sur les bénéfices des entreprises. L'évasion fiscale, le laxisme des réglementations comptables et les sommes considérables transitant par les paradis fiscaux ne font qu'éroder davantage les ressources publiques sur la base desquelles peut s'opérer la redistribution.

Les remèdes à la pauvreté

Si la situation va en se dégradant, elle n'est pourtant pas inéluctable. Les remèdes à la pauvreté sont aussi nombreux que les causes qui peuvent être mises en avant.

S'il fallait privilégier deux des moyens à la disposition des pouvoirs publics pour lutter contre la pauvreté dans le monde, on désignerait, en premier lieu, une fiscalité mondialement harmonisée et, en second lieu, l'annulation de la dette publique des pays du Sud.

Trois directions seraient envisageables pour conduire l'harmonisation fiscale : une taxation des revenus issus des mouvements financiers et boursiers – dont fait partie la fameuse taxe Tobin sur les opérations de change –, une taxation mondialement unifiée des bénéfices consolidés des firmes transnationales, et enfin diverses taxes de nature écologique visant à inverser la dégradation de l'environnement. Ces différentes mesures ont été exposées en 2004 dans Les Nouvelles Contributions financières internationales (Jean-Pierre Landau, rapports officiels du secrétariat du gouvernement, La Documentation française). Les principes qui les sous-tendent, repris à la tribune des Nations unies le 20 septembre 2004 par Jacques Chirac pour la France, Lula da Silva pour le Brésil, Ricardo Lagos pour le Chili et José Luis Rodriguez Zapatero pour l'Espagne, ont obtenu le soutien de cent sept chefs d'État.

La dette publique des pays du Sud est par ailleurs un puissant mécanisme qui maintient ces derniers dans un état de dépendance vis-à-vis des institutions financières du Nord. Au nom de cette dette, obligation leur est faite de privatiser, de stabiliser et de déréguler. Parmi les raisons qui militent en faveur d'une annulation totale et sans délai de la dette, citons simplement le fait que celle-ci a déjà été plus que remboursée par le jeu des intérêts. Le Comité pour l'annulation de la dette du Tiers Monde (une O.N.G. créée en 1990) a calculé que, pour 100 dollars dus en 1980, les pays en développement en ont d'ores et déjà remboursé 800, mais qu'il leur reste encore 400 à payer !

Auteur: JACQUES COSSART