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Définition et synonyme de : OBJECTIVISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis O B J E C T I V I S M E L'objectivisme est une doctrine universelle issue du positivisme (fondement de la connaissance sur l'expérience), qui prône – dans sa forme radicale – une séparation complète entre le sujet connaissant et l'objet (inerte ou vivant) qu'il étudie. L'acteur de la connaissance est donc considéré comme totalement neutre et séparé de ce qu'il cherche à connaître du monde. L'objectivisme, dans la tradition kantienne, rejette l'introspection comme mode de connaissance au profit de l'observation avec des vérifications, des contrôles, voire une expérimentation raisonnée de la réalité qui demeure e toujours extérieure au sujet connaissant. Au xx siècle, si des épistémologues, comme Ludwig Wittgenstein et Karl Popper, sont restés proches d'un objectivisme radical, certains phénoménologistes (qui s'intéressent à la manière dont la conscience fonctionne pour construire la connaissance) – tels que Edmund Husserl, Gaston Bachelard ou Maurice Merleau-Ponty – et épistémologues – comme Henri Atlan ou Edgar Morin – ont fait du sujet, qui observe ou réalise des actes de connaissance, un acteur dans la construction même de la réalité. Dans l'étude du comportement animal, le problème de l'objectivisme est e d'accorder ou non un statut de sujet à l'animal.
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OBJECTIVISME

L'objectivisme est une doctrine universelle issue du positivisme (fondement de la connaissance sur l'expérience), qui prône – dans sa forme radicale – une séparation complète entre le sujet connaissant et l'objet (inerte ou vivant) qu'il étudie. L'acteur de la connaissance est donc considéré comme totalement neutre et séparé de ce qu'il cherche à connaître du monde. L'objectivisme, dans la tradition kantienne, rejette l'introspection comme mode de connaissance au profit de l'observation avec des vérifications, des contrôles, voire une expérimentation raisonnée de la réalité qui demeure toujours extérieure au sujet connaissant. Au xxe siècle, si des épistémologues, comme Ludwig Wittgenstein et Karl Popper, sont restés proches d'un objectivisme radical, certains phénoménologistes (qui s'intéressent à la manière dont la conscience fonctionne pour construire la connaissance) – tels que Edmund Husserl, Gaston Bachelard ou Maurice Merleau-Ponty – et épistémologues – comme Henri Atlan ou Edgar Morin – ont fait du sujet, qui observe ou réalise des actes de connaissance, un acteur dans la construction même de la réalité.

Dans l'étude du comportement animal, le problème de l'objectivisme est d'accorder ou non un statut de sujet à l'animal. Au début du xxe siècle, certains précurseurs, comme Wolfgang Köhler ou Edward Chace Tolman, ont attribué des fonctions cognitives aux oiseaux et aux mammifères (rat, primates) pour se représenter l'espace ou résoudre des problèmes instrumentaux complexes. Ces psychologues ne considéraient pas l'animal comme un simple objet d'étude, répondant à ses instincts et aux stimulations du milieu, mais comme un acteur dans son univers subjectif (c'est le concept d'Umwelt développé par Jakob von Uexküll). Frederik Buytendijk va encore plus loin puisque, tout en acceptant les exigences de l'approche objectiviste, il étudie le comportement des animaux dans leur monde propre (subjectif), ce qu'il a appelé une science objective de la subjectivité, une science de la subjectivité vue du dehors.

En éthologie, l'objectivisme fut introduit avec la théorie classique durant la décennie 1930-1940. Pour Konrad Lorenz, l'observation et l'expérimentation non intentionnelle des animaux dans leur milieu naturel par un observateur libéré de tout a priori sont les conditions d'une analyse objective du comportement. Il rejette sévèrement l'expérimentation intentionnelle dans des conditions artificielles. Lorenz s'inspire du behaviorisme en refusant l'introspection, mais il s'en éloigne en excluant l'expérimentation dans des conditions qui limitent le nombre de variables. Il critique les behavioristes américains, constructivistes, qu'il accuse d'expliquer tout le comportement par l'apprentissage (acquis) sans avoir au préalable une connaissance suffisante des comportements instinctifs innés des animaux dans la nature.

Nikolaas Tinbergen définit l'éthologie comme l'étude objective du comportement, l'objectivité étant posée en référence au postulat behavioriste et positiviste de rejet de la subjectivité et de l'introspection. Il englobe aussi bien la description du comportement, comme le ferait un anatomiste, que la recherche de ses causes. S'il ne refuse pas d'attribuer une certaine subjectivité aux animaux, il la néglige car elle échappe à l'analyse objective. C'est donc un objectivisme par défaut qui permet de comprendre l'animal dans son milieu naturel.

Lorenz et Tinbergen se rejoignent pour fonder la théorie objectiviste de l'instinct. Les comportements instinctifs, reproductibles et constants dans leur forme, caractérisent une espèce et permettent de construire une taxinomie. Lorenz a ainsi établi une classification des canards (Anatidés) en comparant les actes rituels de leurs parades nuptiales. L'acte instinctif est inné, génétiquement déterminé, indépendant de tout apprentissage et réalisé sans exercice préalable. Il est déclenché par un stimulus signal propre à l'espèce (par exemple, tache rouge du ventre de l'épinoche mâle ou ventre rouge du rouge-gorge mâle) en conjonction avec une énergie spécifique de l'acte (défense du territoire pour ces deux exemples). L'instinct est le résultat d'une double causalité immédiate, le stimulus signal et la motivation à y répondre. La reconnaissance du stimulus signal et la coordination motrice de l'acte sont assurées par des structures nerveuses innées. Le signal reconnu désinhibe la commande motrice du programme instinctif qui contrôle l'exécution de l'acte spécifique.

Tinbergen a généralisé le modèle objectiviste à l'ensemble des comportements instinctifs complexes (reproducteur, alimentaire, etc.) considérés comme des enchaînements stéréotypés d'actes, dont l'exécution doit se dérouler selon une séquence prédéterminée. Pour rendre compte des mécanismes sous-jacents, il a imaginé toute une mécanique hiérarchisée de modules nerveux liés les uns aux autres, l'activation du module supérieur ou antérieur étant une condition nécessaire à l'exécution de la suite de la séquence.

Les comportements acquis, séparés des comportements innés, ajustent l'instinct dans les limites rigoureusement prédéterminées d'une compétence innée à apprendre. Par exemple, les oiseaux fixent une image irréversible de leur compagnon durant une période critique exclusive de quelques jours après l'éclosion (empreinte). L'ontogenèse du comportement est prédéterminée dans son déroulement et son résultat. Cette construction théorique reste dans un cadre objectif, sans avoir à considérer l'animal comme un sujet.

La théorie objectiviste trouve aujourd'hui ses prolongements dans la sociobiologie et l'écologie comportementale. Les mécanismes proximaux (physiologiques) des stratégies comportementales innées ont été sélectionnés par les processus évolutifs (causes ultimes) comme la solution la plus efficace (optimale), aussi bien au niveau individuel que dans un cadre social, pour produire finalement le plus grand nombre de descendants.

Auteur: RAYMOND CAMPAN
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