Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : OBJET TECHNIQUE /SYSTÈME TECHNIQUE

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis OBJET TECHNIQUE /SYSTÈME TECHNIQUE La notion d'objet technique est rarement perçue avec clarté. On parle de techniques financières, techniques de la parole ou de la danse, voire de techniques commerciales ou de management, mais ces techniques ne produisent pas d'objets, et, au sens strict du terme, ne sont pas des techniques. L'objet technique et son évolution L'objet technique est matériel et produit par l'homme. Il est le fruit d'une activité réfléchie et consciente, organisée et structurée : il ne peut être issu de l'instinct animal ou d'une action de la nature car, dès son origine, il nécessite un acte d'invention et d'innovation. L'objet technique crée une civilisation : on parle de l'Âge du bronze, par exemple. Cette définition exclut donc tout ce qui est vivant et minéral, mais il est vrai que certains objets techniques peuvent, en retour, concerner ces domaines comme des machines agricoles ou des outils de chirurgie. Dans la nature, il existe des organes qui sont très proches des objets techniques (pinces des crabes, « pile » électrique du poisson torpille, etc.), rendant floue la délimitation entre le produit élaboré par l'homme et celui qui est issu de la nature. L'homme a-t-il alors copié la nature ? L'objet est-il, dans ce cas, le produit d'une véritable invention ou une simple imitation de la nature ?
Voir plus Voir moins
OBJET TECHNIQUE /SYSTÈME TECHNIQUE

La notion d'objet technique est rarement perçue avec clarté. On parle de techniques financières, techniques de la parole ou de la danse, voire de techniques commerciales ou de management, mais ces techniques ne produisent pas d'objets, et, au sens strict du terme, ne sont pas des techniques.

L'objet technique et son évolution

L'objet technique est matériel et produit par l'homme. Il est le fruit d'une activité réfléchie et consciente, organisée et structurée : il ne peut être issu de l'instinct animal ou d'une action de la nature car, dès son origine, il nécessite un acte d'invention et d'innovation. L'objet technique crée une civilisation : on parle de l'Âge du bronze, par exemple. Cette définition exclut donc tout ce qui est vivant et minéral, mais il est vrai que certains objets techniques peuvent, en retour, concerner ces domaines comme des machines agricoles ou des outils de chirurgie. Dans la nature, il existe des organes qui sont très proches des objets techniques (pinces des crabes, « pile » électrique du poisson torpille, etc.), rendant floue la délimitation entre le produit élaboré par l'homme et celui qui est issu de la nature. L'homme a-t-il alors copié la nature ? L'objet est-il, dans ce cas, le produit d'une véritable invention ou une simple imitation de la nature ?

Cette notion d'objet technique, pourtant déjà très utilisée dans l'enseignement technique et professionnel, est commode pour les historiens des civilisations primitives, les historiens des techniques et la muséologie, mais elle est parfois mal délimitée : un objet technique peut constituer une partie d'un objet technique plus grand, voire d'un système technique. Dans le domaine des chemins de fer, par exemple, où est l'objet technique quand il est question d'une locomotive électrique ? Son moteur et ses bogies sont des objets techniques. La locomotive est aussi un objet technique, mais elle n'est opérationnelle qu'avec les rails, le système de production et de distribution d'électricité, la caténaire et les wagons – qui sont autant d'objets techniques. Le chemin de fer, qui permet à tous ces objets techniques d'avoir une signification, est en l'occurrence un ensemble technique.

Les objets techniques sont souvent muets. Leur observation ne révèle pas nécessairement dans quelles conditions techniques (présence ou non de tel matériau, procédé, etc.), économiques (système monétaire ou industriel permettant ou non leur existence ultérieure, leur développement, leur transport, etc.) et socioculturelles (savoir-faire, savoir théorique, choix de société, système politique, pays ou culture personnelle de l'inventeur, etc.) ils ont été élaborés. L'objet technique est au croisement de ces trois axes (technique, économique et socioculturel) : il est à la fois produit et résultante d'une part, producteur et cause d'autre part, cela pour chaque axe cité. Chaque objet technique donnera naissance, sous l'influence conjuguée de ces trois axes, à de nouveaux objets techniques. Ainsi, à travers ces derniers, il y a une évolution technique (axe du temps) menant à la constitution de lignées. Par exemple, l'évolution de la roue hydraulique à axe vertical, jusque sous la forme de la turbine à vapeur et du réacteur d'avion, montre bien un changement d'usage, tout comme l'évolution de la baratte devenue machine à laver le linge (la firme d'électro-ménager Miele produisait initialement des équipements pour les laiteries et fromageries).

Tant qu'une technique peut évoluer, elle est dite « ouverte » selon les termes de Bertrand Gille (Histoire des techniques, 1978). Lorsqu'elle ne peut plus évoluer, elle est dite « saturée ». C'est le cas, par exemple, du moteur à piston actuel à mouvement alternatif qui marque la fin d'une étape historique : la lignée cylindre + piston, commencée par la pompe, puis la « pompe à feu » (machine à vapeur) s'achève.

De l'ensemble technique au système technique

L'ensemble technique, appelé aussi complexe technique, est caractérisé par la réunion d'objets techniques dans l'accomplissement d'une fonction commune. Le chemin de fer, déjà cité, en est un exemple remarquable ; il utilise des moteurs différents, des systèmes de guidage et de roulement complexes, des systèmes de transmission d'information très évolués, des bâtiments et des véhicules. L'aviation et ses installations au sol, la navigation et ses ports, un hôpital ou une usine d'habillement constituent d'autres exemples. À l'intérieur de ces ensembles, des lignées d'objets techniques se constituent et se poursuivent. Celles-ci, par un fort effet de rétroaction, permettent de faire évoluer les ensembles techniques.

On obtient un système technique lorsqu'un certain nombre d'ensembles techniques contemporains sont « en équilibre », selon le mot de Gille, grâce à des liaisons internes de plus en plus nombreuses et denses dans le temps. D'une importance capitale en histoire des techniques, cette notion de système technique correspond à celle d'ère en histoire. Un système technique comprend donc tous les objets techniques et ensembles techniques cohérents (énergie, matériaux) d'une époque donnée ou d'une civilisation donnée. Il peut naître d'apports antérieurs non techniques : la croissance démographique, l'accumulation de capitaux permettant des investissements (par exemple, le rôle des grandes banques dans la révolution industrielle anglaise), l'évolution sociale et juridique, les politiques d'État (par exemple, Louis XIV et Napoléon III ont encouragé l'industrie), les mouvements des idées (rôle d'un Diderot), les progrès scientifiques (la chimie, par exemple).

Un système technique est régulé par l'état des ressources naturelles (leur renouvellement et leur épuisement), mais aussi par la population, la quantité d'alimentation disponible par habitant, la production par habitant, la pollution... Ces facteurs peuvent aboutir au blocage du système : à ce stade, les machines et les outils ne répondent plus à la demande, et ne peuvent donc plus maintenir l'équilibre du système. C'est alors l'innovation, ou l'invention, qui permet de sortir de ce système. Celle-ci joue un rôle de « convertisseur », assurant le passage d'un système à un autre. Par exemple, l'électricité est le convertisseur qui a induit la transition du système technique fer-charbon-vapeur de la révolution industrielle du xixe siècle, alors bloqué, au système actuel. De même, la machine à vapeur a permis le passage du système technique bois-eau-vent à celui de la révolution industrielle.

Le système fer-charbon-vapeur est un très bel exemple. La production du fer, de la fonte, de l'acier, du fer puddlé et laminé permet la construction des chemins de fer, des navires, des ponts et des machines-outils. Mais cela n'est possible qu'avec la production du charbon, elle-même dépendante de la construction métallique, de la machine à vapeur (exploitation minière) et des chemins de fer (transport du charbon). Au cœur du système, la machine à vapeur dépend de la production du fer et du charbon, mais permet aussi cette production et l'ensemble des transports qui l'utilisent comme source d'énergie motrice (locomotives, bateaux à vapeur). Le système a été en équilibre jusqu'à l'apparition de l'électricité.

Auteur: Clive LAMMING
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin