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Définition et synonyme de : ORTHODOXIE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis ORTHODOXIE Avec le catholicisme romain et le protestantisme dans toute sa diversité, l'orthodoxie représente une des trois confessions du christianisme. D'un point de vue historique, trois grandes ruptures ont mené à la fragmentation actuelle du christianisme et ont joué un rôle majeur dans le processus de construction de l'orthodoxie en tant que doctrine religieuse, système de pensée et source d'identité culturelle et nationale. ÉÉgglliisseess oorriieennttaalleess eett ÉÉgglliisseess oorrtthhooddooxxeess e e La première de ces ruptures (v -vi siècle), liée à la discussion autour de la nature du Christ, brise l'unité ecclésiale : du corps principal du christianisme – Grecs et Latins d'accord sur les définitions dogmatiques des premiers conciles œcuméniques –, se détachent, d'un côté, les partisans de Nestorius, patriarche de Constantinople, qui se montre soucieux de distinguer rigoureusement l'élément divin et l'élément humain dans le Christ, et, de l'autre, les monophysites, qui résorbent l'humanité du Christ dans sa divinité.
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ORTHODOXIE

Avec le catholicisme romain et le protestantisme dans toute sa diversité, l'orthodoxie représente une des trois confessions du christianisme. D'un point de vue historique, trois grandes ruptures ont mené à la fragmentation actuelle du christianisme et ont joué un rôle majeur dans le processus de construction de l'orthodoxie en tant que doctrine religieuse, système de pensée et source d'identité culturelle et nationale.

Églises orientales et Églises orthodoxes

La première de ces ruptures (ve-vie siècle), liée à la discussion autour de la nature du Christ, brise l'unité ecclésiale : du corps principal du christianisme – Grecs et Latins d'accord sur les définitions dogmatiques des premiers conciles œcuméniques –, se détachent, d'un côté, les partisans de Nestorius, patriarche de Constantinople, qui se montre soucieux de distinguer rigoureusement l'élément divin et l'élément humain dans le Christ, et, de l'autre, les monophysites, qui résorbent l'humanité du Christ dans sa divinité. Cette séparation fait naître deux groupes d'Églises connues aujourd'hui sous le nom d'Églises orientales chrétiennes : l'Église d'Orient (encore appelée Église syrienne orientale ou « nestorienne ») et les cinq Églises non chalcédoniennes (appelées aussi monophysites), opposées à la double nature du Christ définie au concile de Chalcédoine en 451 : l'Église copte d'Égypte, l'Église copte d'Éthiopie, l'Église arménienne, l'Église syrienne occidentale (encore appelée Église assyrienne d'Antioche ou jacobite), l'Église syro-malankare d'Inde. Il ne faut pas confondre ces Églises orientales avec l'Église communément appelée orthodoxe, héritière de l'Église de l'Empire byzantin.

Le schisme d'Orient

La bulle d'excommunication papale de 1054 marque la seconde rupture, cette fois entre l'Église de Rome et l'Église de Constantinople, entre Occident et Orient. Préparée de longue date, elle ne sera vraiment consommée qu'un siècle et demi plus tard. Des facteurs politico-culturels (division de l'Empire en deux parties, usage du latin et du grec) viennent aggraver les divergences théologiques, notamment la différence de conception de l'Église, qui était (et reste toujours) au centre du désaccord entre les Latins et les Grecs. En Orient, la fondation de plusieurs sièges patriarcaux à l'époque apostolique – qui s'étend de la mort du Christ à la mort du dernier apôtre, Jean, vers 100 – favorise l'idée d'égalité entre les évêques, renforce la nature conciliaire, collégiale de la structure ecclésiale ; en Occident, l'unique siège de Rome fait percevoir l'Église davantage comme une monarchie. Cette vision autocratique, renforcée par les invasions barbares et la chute de l'Empire d'Occident, permet aux papes, à cette époque, de cumuler pouvoir ecclésiastique et pouvoir séculier et de développer la théorie des « deux glaives ». L'Église de Byzance, où le pouvoir temporel est assuré par les empereurs, propose une autre théorie, celle de la « symphonie », selon laquelle l'Église et l'Empire sont des dons divins, qui ont une source unique – la volonté de Dieu – et sont en harmonie ou symphonie parfaite. En réalité, les tendances « césaropapistes » ont souvent prévalu dans les relations Église-Empire à Byzance, et, à la longue, l'Église orthodoxe, fidèle à la « symphonie », s'est trouvée asservie par le pouvoir séculier, quelle que soit sa nature. La question de la procession (origine) du Saint-Esprit et l'ajout par les Latins, dans le credo de Nicée-Constantinople, stipulé inchangeable, de la formule selon laquelle le Saint-Esprit procède, non seulement « du Père », mais aussi « du Fils » (Filioque), représente pour la majorité des théologiens orthodoxes une autre cause de rupture entre les deux Églises.

Après le pillage de Constantinople par les croisés, en 1204, la division s'installe définitivement. Les tentatives pour rétablir l'union, provenant du pouvoir séculier, n'aboutissent à rien. Bien qu'une partie du haut clergé et du laïcat grecs orthodoxes, présents aux conciles de Lyon (1274) et de Florence (1439), croient rétablir l'union, en acceptant l'autorité du pape, le peuple byzantin rejette toute idée de réconciliation avec les Latins. La question de l'union se présente comme une question identitaire : entre les deux héritages reçus de Constantin, l'Empire (ou plutôt l'idée de l'Empire romain) ou la foi orthodoxe, les Grecs ont choisi cette dernière. En outre, la notion même d'« union » est perçue différemment dans les deux Églises. Si les théologiens latins, tentent (et continuent de le faire jusqu'à aujourd'hui) de diminuer les divergences dogmatiques, en mettant en avant les similitudes doctrinales entre les deux Églises, leurs homologues orthodoxes mettent, eux, l'accent sur les différences dans les dogmes et les rites, et distinguent « l'union vraie et absolue », basée sur l'accord parfait des doctrines, et « l'union fausse », imposée aux orthodoxes par le pape pour des motifs purement temporels.

L'absence de « langage commun » ne facilitait pas le dialogue entre les deux Églises. Les nouveaux concepts et méthodes de la scolastique latine n'étaient pas connus des théologiens orthodoxes qui, à cette période, se concentrent sur la discussion relative à la nature de Dieu et à la manière dont on peut le connaître. Les hésychastes (du grechèsuchia, « quiétude », « silence intérieur ») et leur représentant le plus connu, Grégoire Palamas (1296-1359), dont la pensée remonte à l'enseignement des Pères des ive-ve siècles, enseignent une approche apophatique de la connaissance de Dieu (décrit au moyen de termes négatifs et non par des affirmations) et précisent, vers le milieu du xive siècle, la distinction entre l'« essence » de Dieu, cachée et inconnaissable, et ses « énergies » – grâce de Dieu – à travers lesquelles il se laisse connaître à l'homme et entre en relation avec l'humanité.

Après la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, le patriarche de l'Église de Constantinople, nommé ethnarque par le pouvoir ottoman, devient non seulement le chef spirituel de l'Église orthodoxe grecque, mais aussi le chef civil de la nation grecque : l'Église devient ainsi une institution civile et religieuse à la fois. Dans ces nouvelles conditions, la Russie, christianisée depuis 988, construit une idéologie qui lui permet de se présenter comme la gardienne de l'orthodoxie. Philothée, moine de Pskov, produit, vers les années 1520, une nouvelle périodisation de l'histoire, qui sera intitulée plus tard théorie de la Troisième Rome : vient d'abord l'époque de « l'unité des chrétiens des sept conciles œcuméniques », close par « le détachement des Latins du monde orthodoxe » ; puis l'époque de la « rupture », terminée par « la trahison des souverains grecs au concile de Florence » et « la dévastation du Royaume grec par les Infidèles » ; enfin, le « temps de la Troisième Rome » où la « Sainte et Grande Russie » devient le garant de l'existence de l'univers chrétien. Un nouveau modèle de perception du monde latin occidental est ainsi proposé, fondé sur l'attraction (et l'ouverture) couplée à la répulsion (et la fermeture), et qui, à la longue, façonnera l'imaginaire orthodoxe et la politique de l'Empire russe. Les tendances liées à la théorie de la symphonie, déjà existantes dans l'Église orthodoxe, sont accentuées par les changements politiques, institutionnels et idéologiques de l'après-1453, qui contribuent à la création du système des Églises nationales, où l'orthodoxie s'identifie à un pays, à un peuple, à une nation.

L'influence de la Réforme

La troisième rupture dans l'histoire du christianisme – la Réforme – exerce aussi son impact sur la pensée orthodoxe et favorise, d'une part, le conservatisme et l'aspect polémique de la théologie orthodoxe, manifesté par la répétition de formules déjà connues et liées au passé byzantin de l'orthodoxie, et de l'autre, une certaine occidentalisation de la manière de penser, exprimée par des emprunts de concepts, de méthodes et de langage à la pensée occidentale, qu'elle soit protestante ou catholique. Les théologiens orthodoxes élaborent une nouvelle stratégie : pour défendre l'orthodoxie dans la polémique anticatholique, ils utilisent les arguments des protestants, et vice versa. C. Loukaris, patriarche de Constantinople, dans sa lutte contre l'Église de Rome tombe sous l'influence du protestantisme, et publie, en 1629, une profession de foi empreinte de calvinisme. Dosithée, patriarche de Jérusalem, dans sa Confession à la fin du xviie siècle, puise aux sources latines. Même phénomène en Russie : si l'activité de Pierre Moghila, métropolite de Kiev, illustre le processus de pénétration silencieuse et imperceptible de la pensée catholique dans la Moscovie du xviie siècle, les idées de Théophane Prokopovitch (1681-1736) et, plus encore, leur application dans le domaine des relations entre l'Église et l'État – en 1721, Pierre le Grand remplace le patriarcat par le Saint Synode avec un représentant laïque de l'État à sa tête – illustrent à l'opposé l'impact de la pensée protestante sur la pensée orthodoxe russe au xviiie siècle. L'alternance de ces influences – protestante et catholique – reste actuelle jusqu'au milieu du xixe siècle.

En même temps, à partir de la fin du xviiie siècle, le monde orthodoxe vit une renaissance religieuse, liée à la tradition hésychaste du mont Athos, largement diffusée en Russie au xixe siècle. Nicodème l'Hagiorite, moine de l'Athos, et Macaire, évêque de Corinthe, publient, à Venise, en 1782, un recueil de textes des Pères du désert, intitulé Philocalie (amour de la beauté). Paissy Velitchkovsky, moine ukrainien, installé en Roumanie, participe à la publication à Moscou, en 1793, de la Philocalie en slavon, où l'accent est mis sur la prière perpétuelle ou « prière de Jésus » et sur la figure du starets (l'ancien). Ces événements contribuent à un renouveau de la vie monastique opéré par les startsy (Séraphim de Sarov est le plus connu) et du travail missionnaire, ainsi qu'à un réveil de la vie spirituelle et intellectuelle de l'orthodoxie russe. Inspiré par ce mouvement et en dialogue avec la pensée occidentale, Alekseï Khomiakov (1804-1860), théologien laïque russe, approfondit la doctrine orthodoxe de l'Église et de son unité, en précisant la notion de sobornost' – communion des fidèles gardiens de la vérité. Le début du xxe siècle est marqué par l'apparition de la philosophie religieuse russe, dont Vladimir Soloviev est le précurseur, qui sera développée, après la révolution d'Octobre, dans l'immigration, par le père Serge Boulgakov, Nicolas Berdiaev et Vladimir Lossky.

Au xxe siècle, l'Église orthodoxe, notamment dans les pays dits socialistes, est soumise pendant des décennies à l'idéologie d'États athées, où la séparation entre l'État, l'Église et l'école est conçue dans la perspective du « dépérissement des sentiments religieux ».

Actuellement, l'Église orthodoxe, qui rassemble une famille d'Églises locales gouvernées par elles-mêmes (les Églises « autocéphales »), liées par l'unité dans la foi et la communion dans les sacrements, compte entre 160 et 200 millions de fidèles. Elle est implantée au Proche-Orient, sur les terres helléniques et dans une large partie du monde slave avec quelques communautés issues de la diaspora ou d'entreprises missionnaires en Amérique du Nord, en Europe occidentale et en Afrique.

Auteur: ELENA ASTAFIEVA
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