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Définition et synonyme de : PERVERSION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PERVERSION Dans le domaine de la psychopathologie, la perversion se distinguerait de la névrose et de la psychose en ceci notamment qu'elle se caractérise moins par des symptômes que par une structure spécifique. Échappant à la contrainte exercée sur l'économie libidinale et non réductible au clivage du psychisme, la perversion relève d'une attitude limite de mise en acte de pulsions partielles, trouble parfois interprété comme la conséquence d'une insuffisante intériorisation des instances inhibitrices. Elle est liée à une « perturbation » dans le choix de l'objet sexuel, à un débordement pulsionnel, voire à une « inflation » des expériences sexuelles contraires à la norme posant une érotisation génitale privilégiée sinon exclusive. Cette norme est très ancrée en particulier dans les cultures juive et chrétienne. Plus largement, on entend par perverse toute organisation psychique centrée sur la toute-puissance du sujet jouissant de la transgression des limites fixées par une loi, une morale, un ordre ou une idéologie, et qui appelle en retour au renforcement de ceux-ci. Déviance et délinquance sexuelles Relativement aux actes pervers, on ne doit pas confondre la déviance et la délinquance.
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PERVERSION

Dans le domaine de la psychopathologie, la perversion se distinguerait de la névrose et de la psychose en ceci notamment qu'elle se caractérise moins par des symptômes que par une structure spécifique. Échappant à la contrainte exercée sur l'économie libidinale et non réductible au clivage du psychisme, la perversion relève d'une attitude limite de mise en acte de pulsions partielles, trouble parfois interprété comme la conséquence d'une insuffisante intériorisation des instances inhibitrices. Elle est liée à une « perturbation » dans le choix de l'objet sexuel, à un débordement pulsionnel, voire à une « inflation » des expériences sexuelles contraires à la norme posant une érotisation génitale privilégiée sinon exclusive. Cette norme est très ancrée en particulier dans les cultures juive et chrétienne. Plus largement, on entend par perverse toute organisation psychique centrée sur la toute-puissance du sujet jouissant de la transgression des limites fixées par une loi, une morale, un ordre ou une idéologie, et qui appelle en retour au renforcement de ceux-ci.

Déviance et délinquance sexuelles

Relativement aux actes pervers, on ne doit pas confondre la déviance et la délinquance. Analysées en termes de conduites sexuelles déviantes et minoritaires, en marge d'une norme ou d'une morale sociale, ou en termes de conventions socioculturelles, les perversions peuvent être – et sont de fait – relativisées par l'observation comparatiste. Toutefois, ce relativisme n'est pas de mise pour certaines formes de perversion pénalement réprimées. Parce qu'elles portent atteinte à l'intégrité corporelle d'un être consentant ou non, certaines perversions (exhibitionnisme, zoophilie, nécrophilie, pédophilie, sadisme sexuel meurtrier) sont des délits ou des crimes qualifiés. Les diagnostics de perversion prennent toute leur importance dans le cadre du procès pénal. Ce qui est condamné dans ces perversions est le franchissement délibéré des limites, s'accompagnant d'une perte de toute inhibition. Ce n'est pas la perte de contrôle de soi, de caractère compulsionnel, qui est considérée – puisque celle-ci s'analyserait plutôt comme une exonération de responsabilité –, mais la non-délimitation du champ d'action et l'aliénation d'un autre dans ce champ.

En psychiatrie, les essais de classification des perversions sexuelles remontent à Richard von Krafft-Ebing (Psychopathia sexualis, 1886) et aux études de sexologie d'Henry Havelock Ellis, à partir de 1897. Réparties selon l'objet de la perversion (enfants, personnes âgées, animaux, vêtements...), ou selon la pratique (exhibitionnisme-voyeurisme, sadisme-masochisme...), ces nomenclatures ont toujours des motivations médico-légales. Présupposant l'existence d'un ordre naturel ou conventionnel de l'instinct sexuel, se fondant sur des examens cliniques, des études comparées avec les pratiques des animaux ou des données statistiques, elles ne dégagent pas de spécificité dans la structure du processus de perversion. Elles induisent un type de dispositions relatives au traitement ou à la mise sous surveillance des individus sujets à ces perversions. La dixième classification internationale des maladies (C.I.M. 10), adoptée par l'O.M.S. en 1992, parle de « troubles de la préférence sexuelle », expression qui a été préférée au terme de perversion, péjoratif pour le sens commun. Avec la pédophilie, le fétichisme, l'exhibitionnisme et le sadisme sexuel figurent dans cette catégorie.

La perversion en question

Sur les autres comportements sexuels relevant de la sphère privée de personnes adultes et libres dans leurs pratiques, la loi n'a pas à se prononcer sans risque de devenir censure, les pouvoirs n'ont pas à intervenir sans tomber dans une répression autoritaire normative. Certaines de ces pratiques visent, d'ailleurs, parfois à ébranler un ordre moral établi et relèvent davantage de la subversion politique que de la perversion. On pense, par exemple, au passage de La Philosophie dans le boudoir (analysé par Claude Lefort dans Écrire à l'épreuve du politique, chap. « Le Boudoir et la Cité », 1989) où Sade montre l'intrication de la jouissance, de la cruauté et de la corruption avec la connaissance de la nature. Il semble qu'aucune sexualité, du fait de son caractère pulsionnel, ne soit totalement exempte au moins de fantasmes pervers.

Des recherches en psychopathologie ont conduit à mettre en question l'idée même d'instinct sexuel et à faire apparaître que l'identité sexuelle n'induit pas nécessairement une identité subjective donnée, celle-ci étant une élaboration psychoaffective et non une donnée inhérente à une nature. Cette analyse implique la mise en question de la normalité de l'hétérosexualité, comme de la perversion de l'homosexualité. Qu'est-ce qui dans l'identité sexuelle préjuge de l'élection d'un objet ? S'il n'y a pas de modèle de comportement humain unique, il n'y a pas non plus d'automatisme concernant l'élaboration psychique.

On cite souvent les Trois Essais sur la théorie sexuelle de Freud (1905, avec des révisions en 1915) pour affirmer que l'enfant est un « pervers polymorphe », slogan douteux qui laisse la porte ouverte à des abus criminels. Or ce n'est pas là ce qu'écrit Freud. Il observe que, « sous l'influence de la séduction, l'enfant peut devenir pervers polymorphe » et ne prétend pas par là définir l'enfant, mais montrer comment des élaborations pulsionnelles trouvent un ancrage dans une extrême plasticité du psychisme enfantin. Les perversions chez l'enfant sont, en tant que pulsions partielles, à l'état de germes possibles, et c'est la rencontre de certaines stimulations ou la mise en scène de certaines situations qui peuvent en favoriser l'émergence.

Il semblerait ainsi que les dispositions perverses soient rendues effectives par la déficience du travail interne de censure et des processus de refoulement, ou par l'absence d'un processus de sublimation.

Processus pervers et structure perverse

Selon la description qu'en donne Freud, on peut considérer la névrose comme le négatif de la perversion. Insistant, en 1915, dans sa Métapsychologie, sur les couples d'opposés comme passivité-activité, jouissance-souffrance, Freud fait du caractère changeant des pulsions une dimension des perversions. Il montre aussi comment le renversement de l'amour en haine est une dimension du processus pulsionnel des perversions.

Il décrit la perversion comme la conséquence d'un conflit psychique lors de la découverte par l'enfant de la différence des sexes et du déni de la réalité perçue (par exemple le fétichisme, le déni de l'absence de pénis chez la femme). Cette découverte induirait l'acquisition d'une identité sexuelle et commanderait l'élaboration libidinale, l'orientation du désir, et plus généralement les modalités du rapport aux autres (« Le Fétichisme », 1927). Déniant cette différence, le Moi serait en proie à un conflit où s'affronteraient la croyance infantile et le savoir nouvellement acquis. Chez l'adulte, les perversions correspondraient à une régression et à une fixation dans l'évolution libidinale de l'individu à un stade infantile de la sexualité, avec résurgences de ses composantes partielles. Freud conclura, dans ses derniers travaux (1939), que l'identification perverse (attribution du phallus à la mère dans la dynamique œdipienne), avec l'angoisse de castration qui la sous-tend, constitue l'amorce de ce processus.

La structure perverse, telle que Lacan en fait l'énoncé, constitue une grande avancée dans la compréhension de certains comportements déviants, avec sa mise en lumière de la fonction paternelle dans le rééquilibrage et la structuration psychique de l'enfant. Lacan souligne, entre autres, que, dans l'organisation perverse, il y a confusion entre une renonciation nécessaire à l'objet primordial du désir (interdit de l'inceste) et une renonciation au désir. La jouissance seule constitue pour le pervers la pierre de touche de la réalité, et la loi du désir se réduit à l'impératif de son désir à lui, avec une volonté irrépressible d'emprise.

Auteur: STEPHANIE MENASE
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