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Définition et synonyme de : POSTMODERNISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis POSTMODERNISME Autant la définition de la modernité apparaît composite dans la mesure où ce terme se dérobe à toutes les formes de catégorisation, prétendant en finir avec la tradition qui les soutient, sans cependant arriver à s'en départir définitivement, autant celle du postmodernisme est d'une clarté paradoxale : dans la mesure où elle se situe résolument au-delà et au-dehors de la modernité, elle rejette d'emblée toute discussion sur ce qui relève encore de l'histoire des idées. Si la première tend à incarner l'idéal progressiste dans un absolu du présent, la seconde, ayant congédié l'idée d'un horizon indépassable de l'histoire, se situe pour ainsi dire dans un espace déterritorialisé. Par conséquent, le postmodernisme récuse l'idée hégélienne du progrès historique, ce credo de la modernité, aboutissant à ce que Jean-François Lyotard dans La Condition postmoderne (1979) dénomme « la mort des grands récits ». À partir de là, le postmodernisme se perçoit plus qu'il ne se définit comme un refus de l'héritage culturel et scientifique des Lumières. Ce faisant, il abandonne à sa solitude le sujet rationnel de la tradition occidentale. C'est ainsi que l'on pourrait, de prime abord, définir négativement le postmodernisme. Pour cette raison, on utilise aussi parfois à son propos le terme de poststructuralisme.
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POSTMODERNISME

Autant la définition de la modernité apparaît composite dans la mesure où ce terme se dérobe à toutes les formes de catégorisation, prétendant en finir avec la tradition qui les soutient, sans cependant arriver à s'en départir définitivement, autant celle du postmodernisme est d'une clarté paradoxale : dans la mesure où elle se situe résolument au-delà et au-dehors de la modernité, elle rejette d'emblée toute discussion sur ce qui relève encore de l'histoire des idées. Si la première tend à incarner l'idéal progressiste dans un absolu du présent, la seconde, ayant congédié l'idée d'un horizon indépassable de l'histoire, se situe pour ainsi dire dans un espace déterritorialisé.

Par conséquent, le postmodernisme récuse l'idée hégélienne du progrès historique, ce credo de la modernité, aboutissant à ce que Jean-François Lyotard dans La Condition postmoderne (1979) dénomme « la mort des grands récits ». À partir de là, le postmodernisme se perçoit plus qu'il ne se définit comme un refus de l'héritage culturel et scientifique des Lumières. Ce faisant, il abandonne à sa solitude le sujet rationnel de la tradition occidentale. C'est ainsi que l'on pourrait, de prime abord, définir négativement le postmodernisme. Pour cette raison, on utilise aussi parfois à son propos le terme de poststructuralisme. Il radicalise en effet de manière offensive la méthode développée par Michel Foucault et qui consiste à voir dans l'avènement des sciences expérimentales à l'époque moderne une structure de pensée, c'est-à-dire une construction d'ordre discursif derrière laquelle s'abrite l'illusion d'un sujet omniscient. La philosophie postmoderne, dans un mouvement dit de déconstruction, retourne contre le structuralisme ses propres armes analytiques, dénonçant à travers leur usage une discursivité qui témoigne encore de l'espoir de sauver l'individu rationnel moderne. Exemplaire demeure, de ce point de vue, la lecture de la pensée foucaldienne menée par Jacques Derrida dans L'Écriture et la différence (1967).

Puissances du subjectivisme

Si le travail de ce philosophe reste emblématique du postmodernisme, il ne représente qu'une des facettes d'une pensée qui ne se définit pas seulement comme posture du refus, mais tente également de défricher de nouveaux territoires. À chacun d'entre eux correspond désormais la parole singulière d'un individu ou d'un groupe d'individus, rassemblés par des intérêts communs, voire des différences conjointes, dans leur opposition à ce qui subsiste de la société occidentale, perçue comme oppression patriarcale d'une culture dominante. D'où l'apparition d'écritures nouvelles, féministe, queer ou lesbienne (cette dernière représentée aux États-Unis par Judith Butler, notamment), qui sont autant d'expressions d'une identité communautariste à chaque fois accompagnée de son autoréflexion critique. Démasqué comme une utopie, l'idéal moderne de rationalité universelle cède le pas à l'universalité de la contingence, aux puissances du subjectivisme. Car l'un des autres traits marquants du postmodernisme est bien son relativisme esthétique, souligné par la coexistence de plusieurs styles – phénomène apparu tout d'abord en architecture, discipline qui contribua à diffuser le terme à travers les écrits de Charles Jencks (The Language of Post-Modern Architecture, 1977). Cette déhiérarchisation des voies de la création s'observe désormais tout aussi bien au théâtre qu'au cinéma, ou en littérature. Pourtant, l'œuvre d'art postmoderne ne se donne jamais à comprendre en elle-même, que ce soit par exemple, quand elle met en scène et inclut dans le même espace le spectacle et son spectateur, comme l'a montré Hans-Thies Lehmann dans Le Théâtre postdramatique (1999) à travers ses analyses, entre autres, des mises en scène de Robert Wilson ou Franck Castorf. Ou encore, lorsqu'elle place son lecteur dans la position de coproducteur d'un texte fragmenté, reprenant la structure filmique du montage, canevas de citations souvent autoréférentielles, ainsi que l'explique Umberto Eco dans son Apostille au « Nom de la rose » (1983). Toute production artistique postmoderne est d'abord l'expression d'un doute, souvent ironique, quant à ses propres capacités créatrices et son originalité conceptuelle.

Mort des avant-gardes ?

Le postmodernisme semble marquer, dans une perspective formelle, le point de saturation des avant-gardes artistiques qui avaient entraîné la dynamique créative de la modernité au xxe siècle. Selon Ihab Hassan (The Postmodern Turn, 1987), ce constat, loin d'être négatif, ouvrirait l'ère de l'« indétermanence », c'est-à-dire de l'immanence accompagnée de l'indétermination, avec pour conséquence l'ouverture sur autrui pris dans sa singularité, et le renversement des hiérarchies spatiales entre centre et périphérie. S'inscrit, par exemple, à la suite de cette vision optimiste du décloisonnement culturel, le concept de postcolonialisme, entendu comme émancipation des identités soumises jusqu'alors à la volonté progressiste de l'Occident, au nom de catégories historiques comme celle de l'exotisme, analysée par Edward W. Said dans L'Orientalisme (1979). Dans ce contexte d'« émergence » d'un espace de métissage et de rencontres, tel que le décrit Homi K. Bhabha dans The Location of Culture (1994), s'établit une littérature postcoloniale, comptant parmi ses représentants les Prix Nobel V. S. Naipaul et J. M. Coetzee, Salman Rushdie, ou encore les écrivains créoles comme Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant.

L'idée d'une pensée catégorielle qui reposerait sur la linéarisation temporelle disparaît au profit d'un mode de compréhension du monde organisé grâce à la spatialisation, laquelle implique ce que Francis Fukuyama a appelé, dans un ouvrage éponyme, La Fin de l'histoire (1992). Prenant congé de la dialectique hégélienne eurocentrée, l'auteur y célébrait le triomphe du libéralisme transatlantique. Par là, on atteint le cœur de la polémique qui touche le postmodernisme. En effet, ses théoriciens témoignent d'une façon de penser, somme toute, très anglo-saxonne. On peut légitimement se demander si leur prétention à l'universalité bienveillante ne cacherait pas des ambitions moins avouables, dans la mesure où elles relèveraient du modèle hégémonique le plus apte à assimiler les cultures qui lui sont périphériques. La mondialisation ne serait alors que le masque économique du postmodernisme.

Auteur: ROMAIN JOBEZ
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