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Définition et synonyme de : PSYCHOSE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PSYCHOSE Le mot « psychose » a été introduit dans le langage médical en 1845 par Ernst von Feuchtersleben pour désigner, comme l'indique l'étymologie – du g r e c psyché, « esprit » – les manifestations psychiques des maladies mentales provoquées par des altérations du système nerveux, les névroses au sens premier de ce terme. Psychoses et névroses e En effet, la description à la fin du xix siècle par Jean-Martin Charcot des lésions du système nerveux caractéristiques des maladies neurologiques va paradoxalement permettre de désigner par « névroses » des états où de telles lésions sont absentes et où, en revanche, on observe des mécanismes psychologiques spécifiques. Sigmund Freud met par exemple en évidence dans la névrose hystérique le refoulement et la conversion. Psychoses et névroses se définissent dès lors comme des antonymes, puisqu'on n'est pas parvenu à montrer dans les premières des mécanismes analogues, ni à infirmer ou à confirmer l'hypothèse d'une atteinte du système nerveux à l'origine des symptômes psychotiques. L'idée qu'il existerait une différence de gravité entre ces deux classes de troubles, les psychoses étant considérées comme d'un pronostic plus sombre, procède sans doute de l'ignorance où l'on se trouve de la nature de cette atteinte, et sur laquelle on ne peut par conséquent agir.
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PSYCHOSE

Le mot « psychose » a été introduit dans le langage médical en 1845 par Ernst von Feuchtersleben pour désigner, comme l'indique l'étymologie – du grec psyché, « esprit » – les manifestations psychiques des maladies mentales provoquées par des altérations du système nerveux, les névroses au sens premier de ce terme.

Psychoses et névroses

En effet, la description à la fin du xixe siècle par Jean-Martin Charcot des lésions du système nerveux caractéristiques des maladies neurologiques va paradoxalement permettre de désigner par « névroses » des états où de telles lésions sont absentes et où, en revanche, on observe des mécanismes psychologiques spécifiques. Sigmund Freud met par exemple en évidence dans la névrose hystérique le refoulement et la conversion. Psychoses et névroses se définissent dès lors comme des antonymes, puisqu'on n'est pas parvenu à montrer dans les premières des mécanismes analogues, ni à infirmer ou à confirmer l'hypothèse d'une atteinte du système nerveux à l'origine des symptômes psychotiques. L'idée qu'il existerait une différence de gravité entre ces deux classes de troubles, les psychoses étant considérées comme d'un pronostic plus sombre, procède sans doute de l'ignorance où l'on se trouve de la nature de cette atteinte, et sur laquelle on ne peut par conséquent agir. Si le terme « psychose » est rapidement adopté par les auteurs de langue allemande, ce n'est que plus tard qu'il l'est par les Français, à partir de la description par Gilbert Ballet de la psychose hallucinatoire chronique en 1911.

Clinique et psychopathologie des psychoses

Jusqu'à cette date, les médecins usaient en France des termes « délire » ou « folie » pour désigner les manifestations psychotiques, tout en distinguant folie circulaire ou à double forme, délire de persécution et folies discordantes. En s'appuyant sur ces analyses cliniques et sur le critère essentiel de l'évolution à long terme, Emil Kraepelin a, au début du xxe siècle, établi une première nosologie des psychoses. Schématiquement, il distingue, outre des psychoses symptomatiques d'affections comme l'épilepsie, ou d'intoxications comme les psychoses cannabiques, trois grandes catégories de psychoses : la psychose maniaco-dépressive, la dementia praecox, elle-même subdivisée en trois formes cliniques (délirante paranoïde, catatonique et hébéphrénique), et la psychose paranoïaque. En 1911, Eugen Bleuler propose, en s'appuyant sur des considérations psychopathologiques en partie issues de la psychanalyse, de substituer à la dementia praecox le groupe des psychoses schizophréniques, dont les symptômes fondamentaux sont l'autisme, ou auto-érotisme, avec détachement de la réalité extérieure et repliement sur la vie psychique interne, et la scission du moi. Pendant l'entre-deux-guerres, les psychanalystes reprennent l'étude des psychoses de l'adulte, amenant Freud à rapprocher des névroses, provenant d'un conflit entre le moi et l'inconscient, ces affections issues du conflit psychique entre le moi et le monde extérieur. Plusieurs auteurs s'intéressent à l'étude des psychoses infantiles différenciées de celles de l'adulte et de l'adolescent. En 1943, Leo Kanner décrit l'autisme infantile précoce, description psychopathologique qui ne préjuge pas de l'étiopathogénie du syndrome.

La notion de schizophrenia va avoir un succès considérable dans certains pays de langue anglaise, où le mot est presque devenu synonyme de folie. Cette extension ne s'est pas produite dans la littérature psychiatrique française, où l'on distingue les autres psychoses délirantes et hallucinatoires de la schizophrénie, mais, curieusement, le mot a été adopté par les médias, les journalistes l'employant pour désigner tout autre chose qu'une psychose.

Sous l'influence de psychiatres philosophes (Karl Jaspers, Eugène Minkowski, Ludwig Binswanger), les psychoses ont été envisagées comme des expériences vécues (Erlebnis), au sens phénoménologique du terme, marquées par la rupture de la continuité de l'existence du sujet et par des altérations plus ou moins profondes du temps vécu (la temporalité au sens où l'entend Jean-Paul Sartre ou le temps perdu analysé dans l'œuvre de Marcel Proust). L'antipsychiatre anglais Ronald Laing s'est appuyé sur cette approche pour présenter la psychose schizophrénique comme une expérience existentielle. Jacques Lacan, dont la thèse de doctorat porte sur la psychose paranoïaque, a décrit la forclusion (Verwerfung) comme un mécanisme spécifique du fait psychotique, issu du rejet d'un signifiant hors de l'univers symbolique du sujet. À la différence du refoulement, les signifiants forclos ne sont pas intégrés à l'inconscient du sujet, mais opèrent un retour au sein du réel dans les phénomènes hallucinatoires.

La dernière théorie générale des psychoses proposée a été l'organo-dynamisme d'Henri Ey. En effet, la troisième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (D.S.M.-III) de l'American Psychiatric Association (1980) modifie radicalement la nosologie en renonçant à la distinction entre psychose et névrose fondée sur la psychopathologie et à l'emploi du substantif psychosis, remplacé par psychotic disorders.

Psychoses et psychiatrie biologique

Bien que cette classification se veuille « athéorique », c'est en référence à ce que l'on a nommé psychiatrie biologique que s'est essentiellement opérée cette révision. Les premières tentatives thérapeutiques des psychoses – cure de sommeil, électrochoc, comas insuliniques artificiels, psychochirurgie avec section de faisceaux neuronaux – visaient déjà à agir sur la neurobiologie cérébrale dont on ne connaissait pas grand-chose. C'est à partir de la découverte, en 1952, de l'effet suspensif sur une fraction de la symptomatologie schizophrénique de diverses molécules, les neuroleptiques, qu'a été mise en évidence leur action sur les principaux neuro-transmetteurs et l'organisation en réseaux neuronaux intracérébraux de la neurotransmission.

Nombre de manifestations psychotiques sont maintenant attribuées à des perturbations de la neurotransmission au sein de ces réseaux, notamment ceux de la dopamine et de la sérotonine. Ces dernières années, l'industrie pharmaceutique a promu l'utilisation dans le traitement des psychoses schizophréniques de nouvelles molécules, curieusement dites « antipsychotiques » au moment où, à la suite du D.S.M.-IV (1996), la dénomination traditionnelle de psychose est abandonnée, de sorte que ne subsiste que l'adjectif.

En ce qui concerne la psychose maniaco-dépressive, si l'effet préventif des sels de lithium sur l'apparition des accès de manie et de mélancolie en a radicalement modifié le pronostic, le mécanisme biochimique de cette action reste à ce jour en grande partie inconnu.

Il faut souligner que la psychose paranoïaque demeure inaccessible à la chimiothérapie.

Au début du xxie siècle, le nouveau paradigme qui remplacerait celui représenté par le concept de psychose, sur lequel se sont accordées un temps les sciences de l'esprit, n'apparaît pas clairement.

Auteur: Jean GARRABÉ