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Définition et synonyme de : PULSION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis PULSION Pulsion, Trieb en allemand, est une notion complexe, non seulement parce que le phénomène qu'elle évoque est par nature changeant, mais aussi parce qu'elle renferme de nombreuses connotations. Emprunté au vocabulaire de la e physique du xvii siècle, dans lequel pulsion signifie « action de pousser », le e terme est choisi au xx siècle pour résoudre un problème de traduction des écrits de Freud. Soumise à des révisions et à des déplacements, cette acception de « pulsion » n'a cessé de se transformer dans les propres travaux de Freud. Dans les théories psychanalytiques, les pulsions ont un statut comparable au désir chez Platon ou au conatus chez Spinoza : énergie nécessaire pour persévérer ou accroître sa puissance d'agir. Moteurs du sujet – dont la pulsion sexuelle (libido) ou les pulsions du moi (autoconservation) sont des formes –, excitations pour le psychique, les pulsions peuvent cependant, dans certaines perversions, se retourner en puissances négatives, régressives, inhibitrices, destructives ou destructrices pour le sujet lui-même. Les origines du terme et son acception freudienneLes origines du terme et son acception freudienne e Dès la fin du xviii siècle, on trouve la notion de Trieb chez les romantiques allemands – Goethe, Fichte, Schelling – sous les formes de pulsions de formation, pulsions d'extériorisation, pulsions de plaisir, pulsions d'imitation.
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PULSION

Pulsion, Trieb en allemand, est une notion complexe, non seulement parce que le phénomène qu'elle évoque est par nature changeant, mais aussi parce qu'elle renferme de nombreuses connotations. Emprunté au vocabulaire de la physique du xviie siècle, dans lequel pulsion signifie « action de pousser », le terme est choisi au xxe siècle pour résoudre un problème de traduction des écrits de Freud. Soumise à des révisions et à des déplacements, cette acception de « pulsion » n'a cessé de se transformer dans les propres travaux de Freud. Dans les théories psychanalytiques, les pulsions ont un statut comparable au désir chez Platon ou au conatus chez Spinoza : énergie nécessaire pour persévérer ou accroître sa puissance d'agir. Moteurs du sujet – dont la pulsion sexuelle (libido) ou les pulsions du moi (autoconservation) sont des formes –, excitations pour le psychique, les pulsions peuvent cependant, dans certaines perversions, se retourner en puissances négatives, régressives, inhibitrices, destructives ou destructrices pour le sujet lui-même.

Les origines du terme et son acception freudienne

Dès la fin du xviiie siècle, on trouve la notion de Trieb chez les romantiques allemands – Goethe, Fichte, Schelling – sous les formes de pulsions de formation, pulsions d'extériorisation, pulsions de plaisir, pulsions d'imitation. Cette force interne comprend alors une dimension naturelle et agit conjointement sur le corps et l'âme. Les idées qui la sous-tendent sont celles de force motrice et de tendance. C'est pour transcrire le mouvement énergétique du seul psychisme et de son élaboration à travers des forces antagonistes ou paradoxales que Freud y recourt.

Dans l'Esquisse d'une psychologie scientifique (1895), Freud désigne par Trieb les grands besoins de l'activité psychique. Dans l'Interprétation des rêves (1900), il mentionne le désir comme étant une force pulsionnelle nécessaire à la formation du rêve. En 1910, dans un remaniement des Trois Essais sur la théorie sexuelle (1905), la signification de Trieb change. Opposant la pulsion à la stimulation, Freud désigne par la première la représentation psychique d'une source de stimulations internes au corps et s'exerçant de façon continue, tandis que la stimulation est d'origine externe et est produite par des excitations ponctuelles. Reprenant cette distinction en 1915, dans son article « Pulsions et destins des pulsions », Freud la tient pour une sûre délimitation entre le psychique et le corporel, mais à son propos il ne peut formuler que des hypothèses. Privées de qualités propres, caractérisées par leurs sources, leur mouvement (ou poussée), leurs objets ou leurs buts et, par conséquent, nécessairement partielles, les pulsions seraient seulement une mesure de l'exigence du travail de l'appareil psychique. La pulsion est considérée comme une clé de voûte de la psychanalyse, mais ses contours restent toutefois imprécis.

Les difficultés inhérentes à la nature des pulsions

Ce qui confère aux pulsions des propriétés spécifiques permettant d'esquisser des caractéristiques d'un sujet, c'est le lien qu'elles ont avec leurs sources somatiques ou charnelles et avec leurs buts. Si, pour Freud, la pulsion est provoquée par un processus d'excitation au sein d'un organe, son terme est la suppression de cette stimulation organique. Concept fondamental pour Jacques Lacan, avec l'inconscient, le transfert et la répétition, la pulsion constitue une des limites de la compréhension de la spécificité du désir du sujet (« Le transfert et la pulsion », in Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1973).

Les termes pulsion, ou force, énergie, poussée, tels qu'ils sont utilisés dans les sciences physiques, présentent un caractère compulsionnel et démoniaque (dans le sens du daïmôn socratique).

La pulsion comprend un facteur moteur, et ce mouvement est la somme de forces ou la mesure d'exigence de travail psychique qu'elle représente du fait de son rapport au corps. Les pulsions, d'abord figurées dans une perspective dualiste opposant les pulsions du moi et les pulsions sexuelles, sont par la suite supposées être des formes ou des manifestations différentes d'une même énergie de vie. À partir de 1915, l'idée de pulsions partielles (l'objet désiré satisfaisant au but de la jouissance) va prendre le pas sur celle d'une pulsion sexuelle.

Dans sa dimension biologique, la pulsion renvoie aux grands besoins du corps. Par exemple, la pulsion sexuelle, le désir, est envisagée par analogie avec la pulsion de se nourrir, la faim.

En fait, il semble que l'insatisfaction d'un désir préside à l'émergence de pulsions. De plus, les tensions et les conflits entre les pulsions engendrent la dynamique du sujet dans l'élaboration de son activité motrice, mais aussi dans son fonctionnement psychique. La pulsion a un objet. La définition du rapport entre la pulsion et son objet contraint à distinguer nettement la pulsion de l'instinct. Est objet pour la pulsion ce qui sert de véhicule pour que celle-ci atteigne son but. En conséquence, cet objet est changeant et, de façon secondaire, la pulsion revêt un caractère changeant et partiel. Pour Lacan, étant nécessairement inassouvie ou manquée, et donc jamais comblée, elle est pour cela même incessamment relancée. Ce dernier interprète la pulsion comme une prise en charge par le sujet (sujet parlant) de ce qui relève de l'organisme.

Quant à la notion de pulsion de mort, elle reste pour Freud de l'ordre des spéculations, c'est-à-dire qu'aucune expérience ne la manifeste, sinon peut-être comme une pulsion d'agression ou une pulsion d'emprise (Au-delà du principe de plaisir, 1920).

Il flotte autour de cette notion des principes sauvages et l'image d'une action trouble pour l'agent comme pour le milieu où elle intervient. Le terme « pulsion », au xxe siècle, a été souvent confondu à tort avec instinct, parfois avec besoin, et plus rarement avec impulsion. En anglais courant, le terme signifie à la fois instinct, mouvement impossible à réfréner, assimilé à un mouvement animal qui ne peut être calmé, détourné ou évacué par le raisonnement ou par la volonté.

L'invocation de pulsions, dans un sens détourné, peut servir d'excuses ou de circonstances atténuantes aux actes réprimés par la loi ou par la morale. Dans son emploi courant, une pulsion (au singulier) désigne l'incapacité à choisir ou à se déterminer du fait d'un désir incontrôlable pour le sujet.

Les pulsions sont à la fois ce qui donne à l'être la force de vivre, en tant que moteur du sujet, et ce qui provoque la constitution des symptômes névrotiques, en raison de leur caractère parfois inconciliable.

Auteur: Stéphanie MÉNASÉ
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