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Définition et synonyme de : RATIONALITÉ

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RATIONALITÉ La rationalité des individus est un postulat fondateur en économie. Son étude possède une dimension à la fois positive et normative : il s'agit de déterminer ce qu'est un comportement économique rationnel mais aussi ce qu'il devrait être. Un individu est dit rationnel s'il fait des choix cohérents et s'il oriente ces choix de manière à obtenir la plus grande satisfaction possible. La première condition de rationalité – la cohérence – est résumée essentiellement dans la propriété de transitivité des préférences : si l'option A est préférée à l'option B, si de surcroît l'option B est elle-même préférée à l'option C, alors A doit être préférée à C. Considérer cette forme de cohérence comme condition nécessaire à la rationalité d'un comportement économique semble évident. Cependant, l'observation des comportements individuels peut témoigner du contraire : face à des options relativement complexes et nombreuses, les individus peuvent en effet fréquemment formuler des choix incohérents, c'est- à-dire déclarer préférer A à B, B à C,..., Y à Z, puis Z à A. La seconde condition de rationalité – recherche de la plus grande satisfaction possible – suppose que soit précisé l'environnement dans lequel s'inscrit l'individu ; la caractérisation de ce qu'est un comportement rationnel varie alors en fonction de la nature de cet environnement et surtout de la perception qu'en a l'individu.
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RATIONALITÉ

La rationalité des individus est un postulat fondateur en économie. Son étude possède une dimension à la fois positive et normative : il s'agit de déterminer ce qu'est un comportement économique rationnel mais aussi ce qu'il devrait être. Un individu est dit rationnel s'il fait des choix cohérents et s'il oriente ces choix de manière à obtenir la plus grande satisfaction possible. La première condition de rationalité – la cohérence – est résumée essentiellement dans la propriété de transitivité des préférences : si l'option A est préférée à l'option B, si de surcroît l'option B est elle-même préférée à l'option C, alors A doit être préférée à C. Considérer cette forme de cohérence comme condition nécessaire à la rationalité d'un comportement économique semble évident. Cependant, l'observation des comportements individuels peut témoigner du contraire : face à des options relativement complexes et nombreuses, les individus peuvent en effet fréquemment formuler des choix incohérents, c'est-à-dire déclarer préférer A à B, B à C,..., Y à Z, puis Z à A. La seconde condition de rationalité – recherche de la plus grande satisfaction possible – suppose que soit précisé l'environnement dans lequel s'inscrit l'individu ; la caractérisation de ce qu'est un comportement rationnel varie alors en fonction de la nature de cet environnement et surtout de la perception qu'en a l'individu.

Rationalité, environnement et croyance

En économie, la rationalité individuelle la plus simple suppose que l'individu prend sa décision dans un environnement donné, connu et sur lequel il n'a pas d'influence ou, plus précisément, sur lequel il pense ne pas avoir d'influence. L'environnement se résume pour lui essentiellement aux prix des divers biens qu'il considère donc comme donnés. Le comportement rationnel peut être caractérisé sans ambiguïté : il consiste alors à maximiser sa satisfaction compte tenu de ses ressources, et à formuler ensuite des demandes et des offres de biens, aux prix donnés. Le futur est éventuellement pris en compte en supposant que les ressources et les prix des biens futurs sont connus au moment de la prise de décision, ce qui permet de maintenir un environnement complètement spécifié ; les offres et les demandes portent alors sur les biens présents et futurs. Aucune place n'est laissée à l'incertitude, même si certains états de la nature, états possibles de l'environnement, peuvent être considérés comme aléatoires : on suppose alors que les prix sont conditionnels à la réalisation de ces états et qu'il y a pour chaque bien autant de prix que d'états de la nature possibles. L'objectif à maximiser devient le gain espéré, fonction des probabilités affectées aux différents états de la nature.

Par ailleurs, l'environnement d'un individu est aussi constitué des comportements et réactions de ceux avec lesquels il interagit et sa satisfaction – son gain – dépend alors non seulement de sa propre décision mais aussi de celle des autres (par exemple, cas de deux entreprises en concurrence dans la production du même bien). Maximiser ce gain nécessite pour l'individu d'anticiper le comportement des autres ; sa décision va ainsi dépendre de ses croyances concernant les choix et les réactions des autres, paramètre – les croyances – qui a priori échappe à la rationalité. La théorie des jeux consiste, pour l'essentiel, en une longue réflexion sur l'articulation entre rationalité et croyances. Elle accorde ainsi une place privilégiée aux équilibres de Nash, situations où chacun prévoit correctement ce que vont faire les autres. Toutefois, la prise en compte de l'interaction de comportements individuellement rationnels peut révéler certains paradoxes. En témoigne le célèbre dilemme des prisonniers : il est rationnel pour chaque suspect de dénoncer son complice, en espérant ainsi obtenir une prime (si l'autre se tait) ou une peine relativement faible (si l'autre le dénonce aussi) ; ils vont alors se dénoncer mutuellement alors qu'ils gagneraient à se taire tous les deux (ils seraient libres).

La théorie économique s'intéresse aussi aux décisions de l'État face à des choix possibles pour la collectivité. Se pose alors le problème de la détermination d'un critère rationnel de choix collectif. Or, il y a plus de deux siècles, Condorcet avait déjà attiré l'attention sur le fait qu'il n'existe pas de règle permettant de déduire un classement collectif cohérent (vérifiant notamment la condition de transitivité) à partir de classements individuels cohérents. En 1951, dans un ouvrage devenu célèbre – Choix collectifs et préférences individuelles –, l'économiste Kenneth Arrow donne à ce paradoxe sa forme définitive en établissant ce qu'il est aujourd'hui convenu d'appelé le théorème d'impossibilité d'Arrow.

Rationalité limitée ou procédurale

Rares sont les économistes prêts à affirmer que les individus agissent de fait rationnellement et que la définition présentée précédemment a une portée descriptive plutôt que normative. Le caractère non rationnel de certains comportements est généralement expliqué en invoquant le problème des coûts de traitement et de collecte de l'information nécessaire à la prise de décision optimale et celui de l'incertitude inhérente à l'environnement de l'individu.

Afin de dépasser la définition traditionnelle de la rationalité, retenue principalement dans les modèles microéconomiques, Herbert Simon a développé à partir des années 1950 la notion de rationalité limitée. Elle désigne un comportement rationnel dans un univers « flou » – l'individu étant caractérisé par une connaissance incomplète de l'environnement et par des capacités de calculs limitées. Ainsi, caractériser un comportement rationnel, c'est non plus caractériser une action rationnelle en soi – le choix optimal – mais un choix raisonnable étant donné les connaissances partielles disponibles sur l'environnement – un choix satisfaisant. En outre, ce choix rationnel ne repose pas sur un seul principe, celui de la maximisation, mais sur un processus complexe de décision dont il s'agit justement de faire la théorie. L'étude des processus de décision – Simon parle aussi de rationalité procédurale – doit rendre compte de régularités observables dans les comportements et du rôle des routines, de l'expérience, nécessairement déterminantes dans un univers incertain et partiellement connu.

Auteur: Nathalie BERTA