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Définition et synonyme de : RÉALISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis R É A L I S M E C'est en réaction au relativisme du sophiste Protagoras, qui identifie science et sensation, faisant de l'homme la mesure de toute chose et réduisant la connaissance à ce qui lui apparaît, que Platon (env. 428-env. 347 av. J.-C.) développe la première grande théorie réaliste de la connaissance. Aristote (env. 385-env. 322 av. J.-C.) s'inscrit également dans une optique réaliste, mais en rendant immanente à la nature une réalité que Platon, lui, avait conçue en termes transcendants. Pour ces deux philosophes, c'est le monde tel qu'il est en lui-même, indépendamment de l'esprit, qui est la mesure de la connaissance. Cette dernière ne porte donc pas uniquement sur ce qui apparaît, mais elle renvoie au-delà d'elle-même et porte sur ce qui est. Thomas d'Aquin (1224 ou 1225-1274), René Descartes (1596-1650) ou encore John Locke (1632-1704) soutiendront tous par la suite que, par l'acte de connaissance, l'esprit s'efforce de saisir une réalité qui se situe au-delà de lui-même.
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RÉALISME

C'est en réaction au relativisme du sophiste Protagoras, qui identifie science et sensation, faisant de l'homme la mesure de toute chose et réduisant la connaissance à ce qui lui apparaît, que Platon (env. 428-env. 347 av. J.-C.) développe la première grande théorie réaliste de la connaissance. Aristote (env. 385-env. 322 av. J.-C.) s'inscrit également dans une optique réaliste, mais en rendant immanente à la nature une réalité que Platon, lui, avait conçue en termes transcendants. Pour ces deux philosophes, c'est le monde tel qu'il est en lui-même, indépendamment de l'esprit, qui est la mesure de la connaissance. Cette dernière ne porte donc pas uniquement sur ce qui apparaît, mais elle renvoie au-delà d'elle-même et porte sur ce qui est. Thomas d'Aquin (1224 ou 1225-1274), René Descartes (1596-1650) ou encore John Locke (1632-1704) soutiendront tous par la suite que, par l'acte de connaissance, l'esprit s'efforce de saisir une réalité qui se situe au-delà de lui-même. George Berkeley (1685-1753) nie quant à lui l'existence d'une réalité transcendante à l'esprit – quitte à distinguer entre esprit humain et esprit divin – et choisit d'identifier l'être à l'être-perçu et au percevoir (esse est percipi), alors qu'Emmanuel Kant (1724-1804) admet d'une part l'existence d'une telle réalité en soi (réalisme ontologique), mais affirme d'autre part que la connaissance ne peut porter que sur l'objet tel qu'il est présent à et construit par l'esprit humain (idéalisme épistémologique).

Les idéalistes absolus doubleront l'idéalisme épistémologique d'un idéalisme ontologique et nieront l'existence d'une chose en soi transcendante. À l'inverse, le philosophe écossais Thomas Reid (1710-1796) érige en doctrine philosophique le réalisme ontologique du sens commun ainsi que l'épistémologie réaliste qu'il présuppose. Au xxe siècle, G. E. Moore (1873-1958) reprend à son compte cette philosophie du sens commun, alors qu'un néo-positiviste comme Rudolf Carnap (1891-1970) déclare dénuée de sens la question de savoir si la connaissance se rapporte à une réalité qui lui est transcendante ou non.

Pour le réalisme épistémologique, la connaissance se rapporte à une réalité extérieure à l'esprit. Dès lors, la science n'est pas une science des apparences ou des phénomènes (phénoménisme), mais une science des choses, qui s'efforce de comprendre des structures et des lois lesquelles, contrairement aux catégories kantiennes, sont indépendantes de l'esprit qui les connaît (réalisme scientifique). Ce réalisme présuppose d'une part l'existence d'un clivage ontologique entre le sujet et l'objet, et d'autre part l'espoir que, malgré ce clivage, le sujet connaissant est capable de saisir l'objet à connaître.

Pour le réalisme naïf ou direct, l'objet se présente directement à l'esprit, sans intermédiaire, de sorte que le problème de la connaissance ne se pose pas. Pour le réalisme critique ou indirect, au contraire, ce n'est pas l'objet qui est directement présent à l'esprit, mais la perception ou l'idée de l'objet. Entre le sujet et l'objet s'intercale ce que d'aucuns appellent un voile des apparences. Mais là où le phénoménisme dira que la connaissance ne peut pas porter sur autre chose que sur ces apparences, le réalisme critique affirmera la possibilité de reconstruire le monde extérieur à travers les perceptions et idées que nous en avons et grâce à elles, cela moyennant une méthode adéquate.

Le réalisme dans certains domaines, comme celui propre à la science, peut se doubler d'un anti-réalisme dans d'autres domaines. Un domaine qui pose problème au réalisme est par exemple celui des mathématiques. Nos connaissances mathématiques se rapportent-elles, comme le pensait Platon, à une réalité extérieure à notre esprit, ou bien les vérités mathématiques ne sont-elles que de pures conventions verbales ? Un autre domaine qui pose problème est celui de la morale : le bien et le mal existent-ils indépendamment des conventions humaines et peuvent-ils être connus en eux-mêmes, ou bien notre langage moral ne reflète-t-il rien d'autre que des conventions ? Le réalisme épistémologique est soucieux de relier la connaissance humaine à un monde objectif et commun et à faire ainsi de la connaissance scientifique une connaissance objective au sens fort du terme. De deux choses l'une : ou bien la connaissance peut saisir un monde extérieur à l'esprit, et alors celui-ci sera commun à tous ; ou bien elle ne porte pas sur un tel monde ou ne peut pas le saisir ; il devient alors problématique de penser un monde commun, chacun étant enfermé dans son monde des apparences.

Le refus du réalisme épistémologique semble déboucher sur le solipsisme, à moins de présupposer l'existence d'apparences communes à tous – mais pourquoi le seraient-elles ? – ou d'identifier le monde à un langage aux règles partagées par tous. En voulant sauver le monde objectif, le réalisme épistémologique veut en même temps préserver la notion de vérité comme adéquation de l'esprit au monde, et par là l'idée de science comme exploration du réel. Dans une perspective réaliste, les théories ne sont pas seulement utiles (comme le veut le pragmatisme), mais elles sont également objectivement vraies et leurs termes, y compris les termes théoriques, peuvent référer à une réalité transcendante (réalisme sémantique).

Auteur: NORBERT CAMPAGNA
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