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Définition et synonyme de : RÉALISME, arts

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RÉALISME, arts En un sens étroit, le nom de « réalisme » désigne une école littéraire conduite par le critique Champfleury, qui, en 1850, prône la vérité dans la représentation de la vie, en réaction contre les illusions et les excès qu'il assimile au mouvement romantique. Auparavant, le terme évoque une tendance apparue en art et en littérature autour de 1830, en réaction contre les idéalismes néo-classique et romantique. Être un « réaliste », alors, c'est privilégier l'observation des mœurs de la vie quotidienne avec un souci de vérité, et s'adonner à l'étude directe de la nature, sur le motif. Il s'agit, en art, de tenter de livrer une représentation objective du monde extérieur, fondée sur une observation impartiale de la vie contemporaine. Dès lors, il n'est pas surprenant que ce soit le peintre Gustave Courbet (1819-1877) qui ait offert ses lettres de noblesse au réalisme, dont il fait l'instrument d'un combat politique : l'observation du monde devient chez lui le moyen de faire entrer dans l'espace de la peinture des classes sociales qui n'y avaient pas droit de cité. On parle d'ailleurs, à son sujet comme à propos de ses contemporains Honoré Daumier (1808-1879) et Jean-François Millet (1814-1875), de « réalisme social ». Champfleury voyait dans le réalisme une arme contre l'art pour l'art ; ces peintres accomplirent son vœu, à leur manière, en créant un art pour l'homme.
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RÉALISME, arts

En un sens étroit, le nom de « réalisme » désigne une école littéraire conduite par le critique Champfleury, qui, en 1850, prône la vérité dans la représentation de la vie, en réaction contre les illusions et les excès qu'il assimile au mouvement romantique. Auparavant, le terme évoque une tendance apparue en art et en littérature autour de 1830, en réaction contre les idéalismes néo-classique et romantique. Être un « réaliste », alors, c'est privilégier l'observation des mœurs de la vie quotidienne avec un souci de vérité, et s'adonner à l'étude directe de la nature, sur le motif. Il s'agit, en art, de tenter de livrer une représentation objective du monde extérieur, fondée sur une observation impartiale de la vie contemporaine. Dès lors, il n'est pas surprenant que ce soit le peintre Gustave Courbet (1819-1877) qui ait offert ses lettres de noblesse au réalisme, dont il fait l'instrument d'un combat politique : l'observation du monde devient chez lui le moyen de faire entrer dans l'espace de la peinture des classes sociales qui n'y avaient pas droit de cité. On parle d'ailleurs, à son sujet comme à propos de ses contemporains Honoré Daumier (1808-1879) et Jean-François Millet (1814-1875), de « réalisme social ». Champfleury voyait dans le réalisme une arme contre l'art pour l'art ; ces peintres accomplirent son vœu, à leur manière, en créant un art pour l'homme.

Le réalisme s'impose à Courbet

Cependant, « réalisme » ne correspond, en histoire de l'art, à aucune école en particulier. Si l'on range sous ce mot toute œuvre privilégiant l'étude de la nature et des sujets quotidiens contre l'idéalisme romantique, on peut classer là une très grande partie de la peinture du xixe siècle, de Barbizon à l'impressionnisme. Mais si l'on tente, à l'inverse, de ne l'appliquer qu'à ceux qui se sont revendiqués tels, les choses se compliquent. Ainsi, Gustave Planche, premier promoteur du terme, dans la Chronique de Paris, en 1836, sera aussi l'un des plus farouches adversaires de Gustave Courbet et de son goût du « laid », dans les années 1840. Quant au peintre d'Un enterrement à Ornans (1849-1850), il avait commencé par accepter ce mot comme on accepte un constat : « Le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 celui de romantiques. » Pourtant, en 1855, pour accompagner l'exposition personnelle qu'il organise en marge de l'Exposition universelle à Paris, il intitule Le Réalisme son pavillon et le texte publié pour expliquer sa position. Cela fait du mot une bannière nouvelle. En effet, le pavillon, construit aux frais de l'artiste, se veut un véritable contre-pied à l'exposition de peinture officielle qui se tient à quelques mètres de là – exposition qui voit triompher Ingres le classique et Delacroix le romantique.

La « négation de l'idéal »

Un tel revirement fait écho à une sorte de confusion définitionnelle. Comment caractériser le mouvement réaliste, dès lors que celui-ci tire son nom d'un terme qui semble être un ingrédient de tout art ? Par bien des aspects, le réalisme peut être confondu, conceptuellement, avec le naturalisme, alors que ce dernier terme désigne un mouvement précis, chronologiquement plus tardif (à partir des années 1880). Et, alors qu'il est supposé s'opposer au romantisme, il en partage, ou du moins en prolonge nombre des combats : rejet du grand art, de la hiérarchie des genres, du beau idéal et de toute forme d'académisme... Cependant, là où le romantisme faisait de la subjectivité la nouvelle mesure du monde, le réalisme postule (c'est même le cœur de sa doctrine) que la réalité peut être perçue sans la moindre déformation ni idéalisation. Dès lors, perception subjective et objectivité, loin de s'opposer, deviennent une seule et même chose.

Dans le manifeste Le Réalisme (1855), Courbet met l'accent sur cette idée de représentation objective, délivrée des « distorsions » propres aux académismes. Baudelaire, qui avait été pourtant un ami et un soutien du peintre dès 1847, s'écarte violemment des positions de celui-ci, qui battent en brèche son esthétique « surnaturaliste ». Dans son compte rendu du Salon de 1859, publié par la Revue française, le poète-critique classe les artistes en « deux camps bien distincts : celui-ci, qui s'appelle lui-même réaliste, mot à double entente et dont le sens n'est pas bien déterminé, et que nous appellerons, pour mieux caractériser son erreur, un positiviste, dit : « “Je veux représenter les choses telles qu'elles sont, ou bien qu'elles seraient, en supposant que je n'existe pas.” L'univers sans l'homme. » L'autre type d'artiste est pour Baudelaire l'« imaginatif ». Dans un passage célèbre du même texte, il instruit le procès de la photographie en tant qu'instrument de ce qui est pour lui le contraire de l'art : l'imitation moins l'imagination. Ce à quoi Courbet répondra, quelques années plus tard, que pour lui la peinture est essentiellement un art « concret », qui ne peut consister qu'en la représentation des choses réelles. Il s'agit d'un langage physique, et de la « négation de l'idéal ».

Si le réalisme ne s'est pas développé qu'en France, c'est dans ce pays, néanmoins, qu'il a trouvé ses plus importantes expressions. D'abord dans le genre du paysage, grâce notamment aux peintres de l'école de Barbizon, qui, tels Théodore Rousseau (1812-1867), Narcisse Virgile Diaz de la Peña (1807-1876) ou Charles-François Daubigny (1817-1878), contribuèrent à débarrasser la représentation de la nature de cette idéalisation où la tenait enfermée la tradition du paysage dit « historique ». En ce sens, il est juste de dire que leur art, fondé sur le travail en plein air, a ouvert la voie à ce qui allait devenir, à la génération suivante, l'impressionnisme, cette autre façon de faire rimer perception subjective et objectivité.

Enfin, à la faveur, notamment, des bouleversements idéologiques et politiques qui transforment en profondeur la société française autour de 1848, le réalisme va se revendiquer comme art de la saisie véridique du monde. Tout événement, tout objet, tout être, chose ou action, est désormais digne d'être représenté. L'objectivité se veut l'outil d'une vision démocratique. Influencé par les théories de Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), Courbet voit dans sa pratique une forme de libération personnelle et universelle. Pour lui, le réalisme est une façon d'être à la fois fidèle à soi-même et à la réalité sociale de son temps. Avec L'Atelier du peintre, allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale, son chef-d'œuvre de 1855, il prétend avoir fait entrer toute la société du temps dans son tableau – mais il s'accorde la première place, au centre de l'œuvre. Se représentant ainsi en train de peindre, en intérieur, un paysage franc-comtois, il exhibe toute l'ambiguïté d'un réalisme où la subjectivité vient s'entrelacer au désir d'objectivité.

Pointée par Courbet lui-même, la contradiction interne au réalisme explique la postérité paradoxale d'un terme qui s'est perpétué à travers le xxe siècle, accompagné de qualificatifs multiples : réalisme socialiste, réalisme magique, Nouveau Réalisme... Comme si chaque nouvelle école avait besoin, pour s'en emparer, de lui conférer un sens nouveau.

Auteur: Pierre WAT
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