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Définition et synonyme de : RÉDUCTIONNISME, sciences

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RÉDUCTIONNISME, sciences L'usage courant du mot « réductionnisme » est péjoratif. Il désigne des approches scientifiques réductrices, voire simplistes. Accusation assurément trop rapide, pour autant que la recherche de principes généraux et de théories fondamentales, qui anime le réductionnisme, s'inscrit dans la dynamique scientifique, celle du renoncement au chatoiement des apparences au profit des éléments qui les rendent intelligibles. Reste à définir les modalités et les problèmes posés par cette attitude. Au sens précis du terme, le réductionnisme est la position selon laquelle une théorie peut être absorbée par une autre. Par exemple, le logicisme de Gottlob Frege (1848-1925) est un programme ayant pour objet de réduire l'arithmétique à la logique, en particulier de fournir une analyse logique de la notion de nombre. Classiquement, on distingue deux types de réductions interthéoriques, les réductions interthéoriques homogènes et les réductions interthéoriques hétérogènes. L'histoire des sciences donne des exemples des unes et des autres. Lorsque, dans un même domaine ou dans des domaines semblables, une théorie plus générale succède à une ou plusieurs théories, on parle de réduction homogène. La réduction des lois galiléennes de la chute des corps et des lois képleriennes du mouvement des planètes à la théorie newtonienne de la gravitation en est un exemple.
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RÉDUCTIONNISME, sciences

L'usage courant du mot « réductionnisme » est péjoratif. Il désigne des approches scientifiques réductrices, voire simplistes. Accusation assurément trop rapide, pour autant que la recherche de principes généraux et de théories fondamentales, qui anime le réductionnisme, s'inscrit dans la dynamique scientifique, celle du renoncement au chatoiement des apparences au profit des éléments qui les rendent intelligibles. Reste à définir les modalités et les problèmes posés par cette attitude.

Au sens précis du terme, le réductionnisme est la position selon laquelle une théorie peut être absorbée par une autre. Par exemple, le logicisme de Gottlob Frege (1848-1925) est un programme ayant pour objet de réduire l'arithmétique à la logique, en particulier de fournir une analyse logique de la notion de nombre. Classiquement, on distingue deux types de réductions interthéoriques, les réductions interthéoriques homogènes et les réductions interthéoriques hétérogènes. L'histoire des sciences donne des exemples des unes et des autres.

Lorsque, dans un même domaine ou dans des domaines semblables, une théorie plus générale succède à une ou plusieurs théories, on parle de réduction homogène. La réduction des lois galiléennes de la chute des corps et des lois képleriennes du mouvement des planètes à la théorie newtonienne de la gravitation en est un exemple. Lorsque les théories concernées portent sur des phénomènes apparemment éloignés ou lorsqu'elles s'attachent à des niveaux d'organisation différents, on parle de réduction hétérogène. Soutenu par l'essor de la biologie moléculaire, un réductionnisme se déploie ainsi en biologie, animé par la volonté de réduire l'étude des êtres vivants à celle des phénomènes physico-chimiques qui expliquent leur développement et leur reproduction. Les ambitions réductionnistes posent différents problèmes. Les uns sont extrêmement techniques. Ils concernent notamment les conditions à remplir par la théorie réductrice : doit-on exiger une stricte déduction de la théorie réduite à partir de la théorie réductrice ou la réductibilité d'une théorie à une autre est-elle affaire de degré ? Les autres concernent le sens même de l'activité scientifique, et engagent des choix philosophiques.

Il faut, pour en prendre la mesure, partir de la volonté d'unification des connaissances qui préside au travail scientifique. Elle est évidente dans l'histoire de la physique, de l'unification des phénomènes terrestres et célestes par Newton aux tentatives actuelles pour construire une physique unitaire en passant par l'unification de l'électromagnétisme et de la lumière par Maxwell au xixe siècle. Mais elle se manifeste autrement. Au cours du xixe siècle, différentes classifications des sciences ont été proposées. Celle d'Auguste Comte a joué un rôle majeur. À s'en tenir à la seconde leçon du Cours de philosophie positive (publié de 1830 à 1842), les cinq sciences fondamentales sont « l'astronomie, la physique, la chimie, la physiologie et enfin la physique sociale ». Il existe entre ces sciences, selon Comte, une hiérarchie naturelle, les plus complexes se trouvant dans une situation de dépendance à l'égard des plus générales. Mais comment les sciences qui étudient des phénomènes compliqués et particuliers s'appuient-elles sur les sciences les plus générales ? Les programmes réductionnistes se développent parfois sous la forme d'une réponse à cette question qui consisterait à réduire, de proche en proche, toutes les sciences à la physique. On passerait ainsi de l'étude du psychisme à celle des connexions neuronales, et de celles-ci aux lois physico-chimiques qui les régissent. Ce qui est troublant dans un tel mouvement tient au croisement intime d'un mouvement proprement scientifique vers l'élémentaire – en allant de l'organisme aux cellules, des cellules aux molécules, des molécules aux atomes et de ceux-ci aux électrons, aux protons et aux neutrons – et d'une volonté d'établir – mais qui en doute aujourd'hui ? – que les constituants ultimes de toutes les formes de réalité sont d'ordre matériel. À l'inverse, il n'est pas rare de voir poindre des convictions religieuses sous les réticences que provoquent les projets réductionnistes. Mais le problème est-il là ? Que la physique traite des constituants ultimes de la matière – ce que personne ne conteste – ne disqualifie pas l'examen à leur propre niveau des problèmes rencontrés dans les différents champs disciplinaires. Croit-on sérieusement éclairer les lois des échanges monétaires par l'étude des propriétés physiques des objets utilisés à titre de monnaie ? Des remarques analogues vaudraient pour la biologie, où la rupture avec le vitalisme (doctrine selon laquelle il existe dans tout individu un « principe vital » distinct de l'« âme pensante », comme de la matière), qui s'affiche dans la biologie moléculaire, ne signe pas l'absorption de la biologie par la physique. Le biologiste Alain Prochiantz le souligne bien : « La biologie ne peut être considérée seulement comme une physico-chimie du vivant, même si l'efficacité expérimentale passe par la maîtrise des concepts et des outils de la physique et de la chimie. » Concluons que la prise en compte des vertus méthodologiques de l'aspiration à l'unité des sciences, dont la réussite de certaines réductions interthéoriques témoigne, ne peut se construire sur le déni de l'actuelle diversité des sciences, et du jeu complexe des rapprochements et des scissions entre les disciplines. Enfin, il assez remarquable que la question du réductionnisme est de celles qui interdisent le repli de l'épistémologie et de la philosophie des sciences sur elles-mêmes, tant les enjeux proprement métaphysiques des problèmes méthodologiques sont flagrants.

Auteur: Jean-Paul THOMAS
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