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Définition et synonyme de : RÉGION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis R É G I O N Le terme « région » est considéré comme l'un des plus polysémiques de la géographie. Certains géographes proposent donc de ne l'employer qu'au sens de maille de gestion du territoire, comme dans le cas des vingt-deux régions françaises. Un tel choix ne peut se justifier que par la certitude d'une disqualification des autres sens du terme. Le flou de la notion correspond particulièrement bien à l'une des formes du projet géographique, celle qui consiste à découper des morceaux du monde selon des critères scientifiques qui, éventuellement, lui seraient spécifiques. Le seul point commun entre les variantes de ce thème de la géographie est de correspondre à des entités spatiales d'échelle intermédiaire, entre le national et le local, voire entre le mondial et le national. Encore s'agit-il là d'une simplification provisoire dans la mesure où le statut de la notion d'échelle varie, en géographie, selon le rôle qu'on lui attribue dans les tentatives d'explication du monde. Le terme, dans sa version académique, a pris son essor avec la naissance de e l'école française de géographie dès le milieu du xix siècle. On recherche alors des combinaisons régionales, des étendues caractérisées par leur unité physique (relief, climat, sol), économique (agricole, industrielle), voire politico- administrative, et traversées par l'histoire.
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RÉGION

Le terme « région » est considéré comme l'un des plus polysémiques de la géographie. Certains géographes proposent donc de ne l'employer qu'au sens de maille de gestion du territoire, comme dans le cas des vingt-deux régions françaises. Un tel choix ne peut se justifier que par la certitude d'une disqualification des autres sens du terme.

Le flou de la notion correspond particulièrement bien à l'une des formes du projet géographique, celle qui consiste à découper des morceaux du monde selon des critères scientifiques qui, éventuellement, lui seraient spécifiques. Le seul point commun entre les variantes de ce thème de la géographie est de correspondre à des entités spatiales d'échelle intermédiaire, entre le national et le local, voire entre le mondial et le national. Encore s'agit-il là d'une simplification provisoire dans la mesure où le statut de la notion d'échelle varie, en géographie, selon le rôle qu'on lui attribue dans les tentatives d'explication du monde.

Le terme, dans sa version académique, a pris son essor avec la naissance de l'école française de géographie dès le milieu du xixe siècle. On recherche alors des combinaisons régionales, des étendues caractérisées par leur unité physique (relief, climat, sol), économique (agricole, industrielle), voire politico-administrative, et traversées par l'histoire. Mais, le plus souvent, l'étude régionale se borne à décrire et expliquer la diversité des paysages ruraux, par l'intermédiaire de l'analyse des rapports hommes /milieux. Cette acception fera autorité pendant plusieurs décennies.

Ce n'est qu'après 1945 que la généralisation des politiques économiques de type keynésien dans les États développés libéraux va peu à peu susciter l'intérêt des géographes pour les théories de l'économie spatiale. Le contexte idéologique favorise en effet l'ambition d'une réduction des disparités régionales du développement économique par des actions d'aménagement. Inspirés par la « science régionale » (fondation de la Regional Science Association par l'économiste américain Walter Isard en 1954) qui s'y consacre, et dont ils sont parfois partie prenante, les géographes inventent la région polarisée ou fonctionnelle, caractérisée par une hiérarchie des centres urbains établie selon leurs fonctions et leur aire d'attraction. Dans le cas de la France, cette abstraction légitime la mise en place de circonscriptions d'action régionale (les futures régions administratives) qui serviront de cadre à la planification des équipements, avant la décentralisation inaugurée en 1982.

En réaction à cette conception « trop objective et trop réductive », des géographes s'engagent sur la voie de la connaissance de la région comme espace vécu (Armand Frémont, La Région, espace vécu, 1976). Dans cette perspective, l'homme, pour le géographe, est non plus seulement une variable rationnelle des processus économiques, mais aussi une somme d'expériences personnelles. Il est tout autant un individu inséré dans des rapports sociaux et une culture. La combinaison régionale ainsi enrichie devient l'objet de perceptions puis, plus tardivement, de représentations qui contribuent à la spécifier, et la région devient une notion plus ou moins consistante, selon l'endroit du monde où elle se situe.

Dès lors, les orientations actuelles paraissent déjà fixées. Une première direction de recherche agglomère des géographes qui persistent dans la quête d'un atome de la géographie conçue comme univers scientifique parallèle, faisant fi de toute préoccupation réellement interdisciplinaire. Ils se rassemblent autour d'un néologisme, celui de « géon », au sens d'« un espace structuré dont on peut définir le système » (Roger Brunet, Géographie universelle. Mondes nouveaux, 1990), système (ici, régional) dans lequel les lieux seraient plus ou moins intégrés, et dont les caractéristiques semblent pouvoir être laissées à l'imagination du géographe.

Une autre orientation fédérerait ceux qui préfèrent s'adonner à une géographie dans laquelle l'espace (régional) ne constitue ni le cadre ni l'objet de la recherche, mais une méthode de recherche en sciences sociales (Jean-Marc Besse, « L'espace de l'âge classique, entre relativité et représentation », in L'Espace géographique, 1995), avec toutes les divergences épistémologiques que cela suppose, à condition que les géographes acceptent de s'engager sur ce terrain. Cette critique du nominalisme de la notion de région pouvant paraître excessive, on n'omettra pas de signaler des évolutions de plus courte portée. C'est ainsi que l'appellation science régionale, thème porteur d'un réseau scientifique international (Georges Benko, La Science régionale, 1998), fédère nombre de chercheurs s'interrogeant sur les relations entre divers phénomènes économiques (l'innovation, le développement, l'aménagement du territoire) et l'espace, par le biais de concepts généraux comme celui de métropolisation.

Au sein de la communauté des géographes, au-delà de leurs divergences, les discussions portent sur l'échelle suggérée par le mot, ou son contenu. Le terme est donc parfois utilisé pour qualifier des unités géographiques de grande étendue, soit jugées – à tort – homogènes, comme les Alpes (Bernard Debarbieux, « Les Alpes : trois approches régionales comparées », in Antoine Bailly et al., Géographie régionale et représentations, 1995), soit caractérisées par des rapports intenses face à leur environnement, comme le Moyen-Orient sur un mode géopolitique. On a surtout beaucoup travaillé sur les différentes formes d'agencement dans l'espace d'objets, comme les villes et les réseaux de transports, qui résumeraient une armature régionale. On qualifie souvent ce type d'analyse d'étude de l'organisation de l'espace, la perspective aménagiste permettant alors de mettre en évidence la diversité des configurations régionales. En contrepoint, pour Bernard Kayser par exemple (« La Région comme objet d'étude de la géographie », in B. Kayser dir., Géographie entre espace et développement, 1990), ou de surcroît, pour beaucoup d'autres, on insistera sur le degré d'identification des populations au territoire régional ainsi découpé. De telle sorte que la réflexion sur l'image de la région peut devenir un objet d'étude à part entière (Robert Ferras, « La géographie régionale », in A. Bailly et al., Les Concepts de la géographie humaine, 1995). On s'intéressera alors à la construction d'une image destinée à l'extérieur ou à l'effet, dans la production de l'espace, de l'imaginaire des résidants de la région.

Auteur: Régis KEERLE
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