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Définition et synonyme de : REGISTRES DE LANGUE, linguistique

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Article publié par Encyclopaedia Universalis REGISTRES DE LANGUE, linguistique On appelle « registres de langue » les usages que font les locuteurs des différents « niveaux de langue » disponibles, en fonction des situations de communication. Ces usages relèvent de la « parole » telle que la définit Ferdinand de Saussure (1857-1913), c'est-à-dire de l'utilisation effective de la langue : c'est pourquoi on parle également de « registres de la parole ». La notion de « niveaux de langue », issue de la tradition scolaire, est invoquée pour rendre compte de la diversité des usages de la langue en fonction des milieux sociaux dans lesquels ou par référence auxquels celle-ci est employée : on constate en effet que, selon le milieu social auquel ils appartiennent ou dans lequel ils se trouvent à un moment donné, les locuteurs utilisent la langue différemment. On distingue habituellement trois principaux niveaux de langue : celui de la langue dite « soutenue » (attribuée aux couches cultivées), celui de la langue « courante » (le parler dit populaire, ou l'usage spontané de la langue) et celui de certains dialectes sociaux (patois ruraux, argot...) – sans préjudice des emplois techniques de la langue, à propos desquels on parle de « langues de spécialité ».
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REGISTRES DE LANGUE, linguistique

On appelle « registres de langue » les usages que font les locuteurs des différents « niveaux de langue » disponibles, en fonction des situations de communication. Ces usages relèvent de la « parole » telle que la définit Ferdinand de Saussure (1857-1913), c'est-à-dire de l'utilisation effective de la langue : c'est pourquoi on parle également de « registres de la parole ».

La notion de « niveaux de langue », issue de la tradition scolaire, est invoquée pour rendre compte de la diversité des usages de la langue en fonction des milieux sociaux dans lesquels ou par référence auxquels celle-ci est employée : on constate en effet que, selon le milieu social auquel ils appartiennent ou dans lequel ils se trouvent à un moment donné, les locuteurs utilisent la langue différemment. On distingue habituellement trois principaux niveaux de langue : celui de la langue dite « soutenue » (attribuée aux couches cultivées), celui de la langue « courante » (le parler dit populaire, ou l'usage spontané de la langue) et celui de certains dialectes sociaux (patois ruraux, argot...) – sans préjudice des emplois techniques de la langue, à propos desquels on parle de « langues de spécialité ».

Dictionnaires et grammaires se sont essentiellement intéressés aux différences de nature lexicale existant entre les niveaux de langue, en particulier entre la langue courante et l'argot : les exemples du type « avoir peur » /« flipper » ou « voiture » /« tire » sont légion. On remarquera à ce propos que les formations lexicales argotiques, souvent éphémères, recourent à une multiplicité de procédés aussi bien sémantiques (emprunts à d'autres langues, métaphores, métonymies) que formels (inversions des syllabes en verlan, troncation des mots, resuffixation, redoublement de syllabes, etc.).

Mais les différences linguistiques entre niveaux de langue ne sont pas exclusivement d'ordre lexical. Elles peuvent également toucher la phonétique, la morphologie et la syntaxe : là où la langue soutenue dit « Qu'as-tu mangé ? », la langue populaire dit « T'as mangé quoi ? » Il en va de même entre la langue courante et les patois, ou les langues de spécialité, comme le montre Pierre Lerat dans Les Langues spécialisées (1995).

La notion de niveaux de langue a été reprise et développée par la sociolinguistique en termes de « variétés » de langue. Un classement d'ensemble des variétés a été proposé, où sont distinguées les variétés inter-locuteurs – qui sont fonction de l'usager – et les variétés intra-locuteurs – qui sont fonction de l'usage. Au titre des premières, on range les variétés diachroniques (diversité dans le temps), diatopiques (diversité dans l'espace géographique) et diastratiques (diversité dans la société) ; au titre des secondes, se trouvent les variétés diaphasiques (diversité de styles, niveaux ou registres) et diamésiques (diversité liée à l'emploi écrit ou oral). Un autre classement distingue, selon la fonction sociale des variétés, usage « vernaculaire » (entre proches) et usage « véhiculaire » (de contact entre locuteurs de vernaculaires différents) ; ainsi, dans la France actuelle, le français constitue la langue vernaculaire d'une grande partie de la population, et le véhiculaire privilégié (même pour les personnes dont ce n'est pas la langue maternelle). Cette situation n'est pas celle de tous les pays francophones.

Le découpage en variétés ne doit pas masquer le fait que les dimensions diatopique, diastratique et diaphasique de la langue sont en constante interaction : ainsi les locuteurs ont-ils d'autant plus tendance à employer des formes régionales que leur statut social est peu élevé et que la situation est familière. Plus fondamentalement, la notion de variété revient, tout comme celle de niveau de langue, à considérer la langue comme une sorte de réservoir de strates, sinon autonomes, du moins homogènes. Elle tend à évacuer la dimension dynamique de la variation, ainsi que les conflits entre facteurs d'unification et facteurs de diversification des usages, dans lesquels se trouvent souvent pris les locuteurs.

Conduites dans le cadre de la sociolinguistique variationniste, diverses études ont montré que la façon dont les locuteurs pratiquent leur langue résulte d'une dynamique complexe : ainsi Françoise Gadet dans La Variation sociale en français (2003). En définitive, il apparaît que les performances langagières des locuteurs sont fonction tout à la fois de leur répertoire et des ressources qu'ils utilisent, mais aussi de leurs fonctionnements cognitifs ainsi que du jugement qu'ils portent sur leur langue et sur la manière dont eux-mêmes ou d'autres la parlent.

Auteur: Catherine FUCHS