Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : RÉPUBLIQUE

De
4 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis RÉPUBLIQUE Du fronton de nos monuments aux chapitres de nos manuels de droit et d'histoire, la familiarité que nous entretenons avec la notion de république nous renvoie à une polysémie et à des enjeux historiques où celle-ci endosse, tour à tour, le rôle d'une catégorie d'analyse et celui d'étendard de la forme moderne de la politique. La république (res publica, la « chose publique » des Romains) désigne, dans la philosophie antique et particulièrement dans la Politique d'Aristote e (iv siècle av. J.-C.), la participation d'un plus ou moins grand nombre de citoyens aux débats et aux processus de désignation et de décision qui concernent la cité. Les citoyens, entendus ici comme des magistrats – selon Aristote, un « citoyen au sens absolu ne se définit par aucun autre caractère plus adéquat que par la participation aux fonctions judiciaires et aux fonctions publiques en général » (Politique, III, 1) –, peuvent donc, par leur statut et leur activité, signifier la présence d'une démocratie, mais aussi dans certains cas d'une aristocratie. Seule la monarchie n'implique pas la république. La philosophie antique distinguait trois types de régime politique : la monarchie ou le pouvoir d'un seul ; l'aristocratie ou le pouvoir des meilleurs et la démocratie ou le pouvoir du plus grand nombre des citoyens. À partir de la fin du Moyen Âge, le terme de république servira souvent à désigner ces deux derniers régimes.
Voir plus Voir moins
RÉPUBLIQUE

Du fronton de nos monuments aux chapitres de nos manuels de droit et d'histoire, la familiarité que nous entretenons avec la notion de république nous renvoie à une polysémie et à des enjeux historiques où celle-ci endosse, tour à tour, le rôle d'une catégorie d'analyse et celui d'étendard de la forme moderne de la politique.

La république (res publica, la « chose publique » des Romains) désigne, dans la philosophie antique et particulièrement dans la Politique d'Aristote (ive siècle av. J.-C.), la participation d'un plus ou moins grand nombre de citoyens aux débats et aux processus de désignation et de décision qui concernent la cité. Les citoyens, entendus ici comme des magistrats – selon Aristote, un « citoyen au sens absolu ne se définit par aucun autre caractère plus adéquat que par la participation aux fonctions judiciaires et aux fonctions publiques en général » (Politique, III, 1) –, peuvent donc, par leur statut et leur activité, signifier la présence d'une démocratie, mais aussi dans certains cas d'une aristocratie. Seule la monarchie n'implique pas la république. La philosophie antique distinguait trois types de régime politique : la monarchie ou le pouvoir d'un seul ; l'aristocratie ou le pouvoir des meilleurs et la démocratie ou le pouvoir du plus grand nombre des citoyens. À partir de la fin du Moyen Âge, le terme de république servira souvent à désigner ces deux derniers régimes. Cette typologie qui caractérise les États à partir du nombre d'individus exerçant la souveraineté doit être rapportée, pour être pleinement comprise, à l'ordre juridique et social du pays considéré (Hans Kelsen, Théorie générale du droit et de l'État, 1928). De l'Antiquité jusqu'au xviiie siècle, elle ne cessera donc d'être associée à la définition de catégories du droit et de la philosophie.

La république et la représentation du peuple

Avant la Révolution française, la notion renvoie, chez les philosophes des Lumières, notamment dans l'œuvre de Jean-Jacques Rousseau (Du contrat social, 1762), à une conception de la souveraineté qui exclut le principe dynastique et son corollaire, l'incarnation de la souveraineté dans le corps du roi, pour faire valoir une conception qui a pour origine le peuple, quel que soit le régime politique considéré, fût-il monarchique. En associant à la notion de république celle de représentation du peuple et plus tard de nation, ce changement signe, dans l'histoire des idées politiques, l'émergence du peuple comme figure « du grand nombre » et, dans la sphère de l'action politique, la disparition du peuple au sens antique de rassemblement de « citoyens magistrats ».

En réfléchissant les enjeux de la représentation politique dans les États modernes, la notion de république concourt donc à poser en des termes nouveaux la question de la citoyenneté. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789) et les Constitutions de 1791 et 1793 prendront en charge cette nouvelle exigence du droit et de la politique, ce qui faisait dire à Auguste Comte à propos de la constitution de 1791 : « Qu'était-elle au fond par sa nature sinon une introduction à la République ? » (Écrits de jeunesse, 1816-1828). En fonction des législations révolutionnaires, ceux qui travaillent, paient l'impôt ou versent leur sang pourront dorénavant recevoir le « titre » de citoyen. L'Américain Thomas Paine sera ainsi élu à la Convention en devenant citoyen français en vertu de sa résidence en France.

De Varennes à Valmy se succèdent des circonstances qui vont précipiter la ruine de la monarchie et rendre possible l'association République/Patrie/Démocratie. L'idée de république devient ainsi, selon Comte, « l'idée la plus généralement répandue et la plus profondément enracinée dans les têtes ».

La politique de la période contemporaine ne cessera donc de mobiliser l'étendard de la République et d'y associer un grand nombre de qualificatifs aux risques de la confusion et de la perte de sens. Aujourd'hui, à l'énonciation du terme république, il est rare que l'on y associe d'emblée la République romaine ou encore celle de Venise. En revanche, la république peut être parlementaire, démocratique, populaire, socialiste, communiste ou encore islamique ou fédérale.

Les dimensions de démocratie et de représentation du plus grand nombre dans la formation de la souveraineté sont donc indissociables de la notion de république, au sens moderne. Le succès de cette notion explique sans doute que des pouvoirs tyranniques ou dictatoriaux n'hésitent pas à brandir cet étendard et à se cacher derrière lui. Dans un contexte bien différent, les révolutionnaires de 1789, eux aussi, n'hésitaient pas à invoquer la République romaine alors même qu'ils inventaient une nouvelle forme de république.

Pour autant, alors qu'au tournant du xviiie siècle s'impose, avec la Révolution française, ce nouveau sens de la République, l'expression « République universelle » voit le jour. Elle exprime déjà l'adhésion au couple république/peuple en sous-entendant que le peuple n'est pas encore pleinement présent dans la république. Deux siècles d'épisodes républicains en France, de 1792 à la Ve République, donneront corps à cette inquiétude. En contrepoint de cette histoire en marche, se développe progressivement l'idée que l'humanité tout entière pourrait former un corps politique, idée qu'Emmanuel Kant et Friedrich Hegel avaient déjà développée et dont la république serait la forme, ce qui constitue un apport de l'esprit de la Révolution française.

République et élites face au peuple

La République sera toujours désormais celle d'un peuple. Cependant, des historiens et des sociologues, nous apprennent que la République française a tour à tour été la « république des notables », la « république des universitaires » (Christophe Charle) ou encore la « république des professeurs » (Albert Thibaudet), etc. L'intégration d'un grand nombre d'individus dans l'espace de la souveraineté, grâce au suffrage universel, n'exclut pas en effet que certains groupes sociaux assument un rôle dominant dans la république et l'État, sans pour autant posséder le statut de citoyen magistrat de l'Antiquité.

Si toute république moderne n'existe que par un peuple qui s'en réclame, sa mise en œuvre suppose la mobilisation d'élites sociales qui l'invoquent pour légitimer leur action. L'inégale participation des citoyens dans l'espace du politique renvoie à des différences sociales qui produisent un effet que Daniel Gaxie n'hésite pas à qualifier de « cens caché » (1978). Si ce cens est caché, il n'en est pas moins réel. Il explique largement que la république soit perçue et appréhendée très différemment selon que l'on est « faible » ou « puissant ». La permanence de cette situation explique sans doute que la notion de république fasse toujours l'objet de définitions contradictoires et équivoques.

À bien des égards, la construction de l'Union européenne illustre ce constat. Il ne s'agit pas d'une « autre histoire », mais bien plutôt d'une histoire dont la geste se perpétue.

Auteur: Jean-Claude BUSSIÈRE