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Définition et synonyme de : RÉSEAU ET MAILLAGE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RÉSEAU ET MAILLAGE La mise en relation d'individus, d'éléments ou de différentes parties d'un territoire constitue un réseau fait de lieux et de liens. Le réseau entretient un rapport direct avec le territoire puisqu'il est fait de lignes, d'arcs, de sommets, de carrefours, de relais, de lieux d'interconnexions, etc. La réalisation d'un réseau est inscrite dans l'histoire, si bien que le réseau évolue sans cesse pour se compléter ou encore se simplifier. L'entrelacement des réseaux crée des mailles qui délimitent des portions de territoires. L'analyse géographique des réseaux Les géographes se sont intéressés très tôt aux réseaux physiques et techniques lisibles directement sur le territoire : réseaux hydrographiques, ferroviaires, routiers qui tracent progressivement une figure géographique complexe. Ils ne constituent pas un maillage parfait dont toutes les mailles seraient identiques, mais le plus souvent une étoile qui se ramifie progressivement, au tracé de grandes lignes s'accrochant des lignes secondaires. La réalisation du réseau est donc liée à des critères qui ne sont pas forcément ceux d'une mise en relation de tous les individus ou des différentes portions du territoire national, elle obéit à des contraintes économiques. Ainsi, les réseaux de transport se structurent en premier lieu là où le trafic supposé sera le plus important, garantissant ainsi une exploitation plus rentable.
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RÉSEAU ET MAILLAGE

La mise en relation d'individus, d'éléments ou de différentes parties d'un territoire constitue un réseau fait de lieux et de liens. Le réseau entretient un rapport direct avec le territoire puisqu'il est fait de lignes, d'arcs, de sommets, de carrefours, de relais, de lieux d'interconnexions, etc. La réalisation d'un réseau est inscrite dans l'histoire, si bien que le réseau évolue sans cesse pour se compléter ou encore se simplifier. L'entrelacement des réseaux crée des mailles qui délimitent des portions de territoires.

L'analyse géographique des réseaux

Les géographes se sont intéressés très tôt aux réseaux physiques et techniques lisibles directement sur le territoire : réseaux hydrographiques, ferroviaires, routiers qui tracent progressivement une figure géographique complexe. Ils ne constituent pas un maillage parfait dont toutes les mailles seraient identiques, mais le plus souvent une étoile qui se ramifie progressivement, au tracé de grandes lignes s'accrochant des lignes secondaires. La réalisation du réseau est donc liée à des critères qui ne sont pas forcément ceux d'une mise en relation de tous les individus ou des différentes portions du territoire national, elle obéit à des contraintes économiques. Ainsi, les réseaux de transport se structurent en premier lieu là où le trafic supposé sera le plus important, garantissant ainsi une exploitation plus rentable. Le choix des itinéraires, l'ordre de réalisation des éléments du réseau influent donc sur la forme que va prendre celui-ci.

De ce fait, si le réseau peut faciliter l'équité territoriale, sa constitution peut ignorer cette finalité et même créer des disparités. C'est ce qu'explique Marcel Roncayolo : « Malgré l'unité de législation, la présence jamais éloignée de l'État ou de la collectivité publique et l'action d'ingénieurs et de responsables formés au même moule, l'intervention directe ou indirecte sur le territoire par la création de grands réseaux contribue, au moins dans la période 1850-1950, à mettre en évidence les inégalités régionales plus qu'à les corriger » (André Burguière et Jacques Revel dir., Histoire de la France, 1989). Dans la réalisation des infrastructures à haut débit, par exemple, les réseaux s'organisent d'abord là où le retour sur investissement est supposé le plus fort, sans souci d'équité territoriale. La puissance publique, État et collectivités territoriales, est alors obligée d'intervenir pour corriger les inégalités de traitement entre les territoires et offrir un service identique au plus grand nombre possible d'usagers. Le réseau structure ainsi le territoire, mettant en relation certains points avec d'autres et laissant dans l'ombre des portions de l'espace. Il en résulte des anamorphoses liées au temps de parcours, aux volumes des flux qui jouent sur l'éloignement des espaces.

La notion de réseau relève aussi de flux moins directement perceptibles : flux d'informations, de capitaux par exemple. Les géographes développent cette notion essentiellement à partir des années 1950 même si Robert Marconis (Introduction à la géographie, 1996) rappelle que Georges Chabot traitait déjà en 1931 de l'aire d'influence des villes. À l'aide des données bancaires (Jean Labasse, Les Capitaux et la région, essai d'une géographie de la fortune, 1955), industrielles, souvent à partir de l'analyse d'une région, les géographes cartographient des flux entre éléments d'un réseau et identifient des hiérarchies entre pôles. Les politiques d'aménagement reprennent ces travaux en valorisant certains niveaux de l'armature urbaine (les métropoles d'équilibre en 1963, les villes moyennes en 1971 ou encore les petites villes). De même, le réseau de villes met en relation des agglomérations proches qui se caractérisent par des flux de mobilités ou des complémentarités fonctionnelles. L'économiste Pierre Veltz utilise la notion « d'archipel de villes en réseau » pour expliquer comment la mondialisation sélective provoque, à l'échelle mondiale, une mise en réseau des métropoles. Dans la géographie industrielle, l'analyse des réseaux de firmes permet de mettre en évidence les relations des groupes et des sous-traitants, les lieux de décisions et aussi de comprendre comment fonctionnent des nébuleuses industrielles dans lesquelles les relations de proximités sociales et organisationnelles sont très intenses.

Périmètre et contenu des mailles

Le réseau structure l'espace et le délimite en créant des mailles, celles du filet (rete en latin). La maille est un découpage de l'espace. Cette définition est incomplète puisque chaque maille a aussi un contenu qui la différencie des autres. Dans cette acception, la maille fait l'objet d'une appropriation par les individus qui se reconnaissent dans un terroir, un pays, une région. Le maillage est donc le reflet de constructions spatiales enracinées dans l'histoire. De même, l'exercice du pouvoir est lié aux maillages (Roger Brunet, La Carte mode d'emploi, 1994) puisque le pouvoir a toujours délimité son territoire par des tracés de frontières.

Ces mailles peuvent être cartographiées (cadastre, divisions administratives). L'idée de régularité dans le tracé relève davantage d'une utopie que d'une caractéristique propre du maillage, qui est au contraire hétérogène, tant dans sa forme (parcelles agricoles) que dans son contenu. Deux géographes allemands, Johann Heinrich Von Thünen (1783-1850) et August Lösch (1906-1945), ont travaillé sur la possibilité d'une répartition géométrique des villes et des bourgs sur un territoire donné pour quadriller l'espace en créant un maillage serré. C'est un modèle qu'on retrouve de manière aussi géométrique dans les mailles des images satellitaires (les pixels) ou les mailles de certains quartiers de villes (le quartier de l'Eixample à Barcelone, aménagé par Ildefons Cerda au xixe siècle).

Dans l'organisation théorique des services publics en France, sous couvert d'équité territoriale, la puissance publique cherche à structurer l'espace de manière à ce que tout citoyen trouve dans un rayon donné ou sur une portion d'espace proche, l'essentiel des services dont il a besoin. Se crée alors une maille qui est plus ou moins lâche en fonction de la présence réelle des services et de leur distance d'accès. L'accès à une mairie est certainement le maillage le plus fin, celui de la proximité la plus forte. En revanche, d'autres services plus concentrés dans les grandes villes (un équipement de laser médical par exemple) produisent des mailles plus grosses. Ces mailles sont aussi le fait des acteurs privés qui offrent leurs prestations dans des périmètres définis en fonction de leur organisation : centres commerciaux, organisation de réseaux de vente, etc. L'aire d'influence de ceux-ci crée des mailles très disparates d'un endroit à l'autre.

La quête d'un service public produisant des mailles fines pour permettre une proximité géographique forte avec les citoyens est un débat largement ouvert à ce jour. Les soucis de rationalité économique, la mise en concurrence du public avec le privé, le tout dans le cadre de l'Union européenne, produisent une tension forte entre la volonté de respecter le principe d'équité et celle de rentabiliser des investissements. Les bureaux de La Poste ou les gares de la S.N.C.F., au maillage très fin, sont ainsi menacés de disparition.

La référence au maillage est, depuis quelques années, le leitmotiv des politiques françaises et européennes d'aménagement du territoire. Cette conception se décline le plus souvent en « polycentrisme maillé ». Le renforcement des villes importantes se conçoit comme complémentaire d'un arrière-pays lui aussi structuré à partir de bourgs-centres articulés avec la métropole. En France, la D.A.T.A.R. (France 2020), dans l'Union européenne, les États européens et la Commission (Schéma de développement de l'espace communautaire, document de prospective territoriale), orientent leurs actions vers ce modèle, qui serait celui d'une équité territoriale suprême.

Auteur: François TAULELLE
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