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Définition et synonyme de : RESSOURCES

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RESSOURCES Cerner avec précision la notion de ressources reste un exercice délicat, voire illusoire, car ce mot est un des plus ambigus de la géographie. Tout semble ressource ou est susceptible de le devenir. À côté des ressources « traditionnelles » (pétrole, eau, sol) existent d'autres types de ressources comme les ressources humaines, les ressources patrimoniales voire, au-delà de la géographie, des ressources immatérielles, morales par exemple. DDee ll''eexxppllooiittaattiioonn ddeess rreessssoouurrcceess àà lleeuurr vvaalloorriissaattiioonn Un rapide retour sur l'histoire de la discipline montre que les géographes ainsi e que les autres scientifiques du début du xix siècle réservaient à l'étude des ressources une place majeure dans la construction de la connaissance (observation, découverte, classification, dénombrement). C'est à cette époque qu'émerge la notion de ressources naturelles, avec le début de la révolution industrielle. L'une des justifications du métier de géographe réside alors dans la connaissance rationnelle des ressources. L'usage du milieu s'établit selon une perspective anthropocentrée où domine la dimension utilitariste. Fondée sur des bases fonctionnalistes, la géographie se veut une géographie sans épithète (Marie-Claire Robic, Du milieu à l'environnement, 1992) participant pleinement à l'appropriation de la planète.
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RESSOURCES

Cerner avec précision la notion de ressources reste un exercice délicat, voire illusoire, car ce mot est un des plus ambigus de la géographie. Tout semble ressource ou est susceptible de le devenir. À côté des ressources « traditionnelles » (pétrole, eau, sol) existent d'autres types de ressources comme les ressources humaines, les ressources patrimoniales voire, au-delà de la géographie, des ressources immatérielles, morales par exemple.

De l'exploitation des ressources à leur valorisation

Un rapide retour sur l'histoire de la discipline montre que les géographes ainsi que les autres scientifiques du début du xixe siècle réservaient à l'étude des ressources une place majeure dans la construction de la connaissance (observation, découverte, classification, dénombrement). C'est à cette époque qu'émerge la notion de ressources naturelles, avec le début de la révolution industrielle. L'une des justifications du métier de géographe réside alors dans la connaissance rationnelle des ressources. L'usage du milieu s'établit selon une perspective anthropocentrée où domine la dimension utilitariste. Fondée sur des bases fonctionnalistes, la géographie se veut une géographie sans épithète (Marie-Claire Robic, Du milieu à l'environnement, 1992) participant pleinement à l'appropriation de la planète. À la fin du xixe siècle, la notion de ressources tient également une large place dans l'école géographique française inspirée par Paul Vidal de La Blache. La géographie régionale inscrit les ressources naturelles au sein de son corpus argumentaire (M.-C. Robic dir., Le Tableau de géographie de la France de Paul Vidal De La Blache. Dans le labyrinthe des formes, 2000). Les énergies latentes dont la nature a déposé le germe doivent attendre leur exploitation par les hommes pour accéder au rang de ressources. Le sol est, comme fondement de la cohésion et de l'identité nationale, associé dans sa totalité à une ressource. Influençant les genres de vie, le milieu naturel joue un rôle primordial dans la répartition des hommes à la surface de la Terre, entre les « bons » et les « mauvais » pays. La finalité consiste, pour le géographe, à étudier les modalités d'adaptation de l'homme aux « contraintes » du milieu dans lequel il vit. Ce schéma où « la nature propose, l'homme dispose », fut à l'origine de ce que Lucien Febvre appela « le possibilisme ». Cette tradition d'acquisition cumulative des connaissances s'est peu à peu estompée en géographie au fur et à mesure que la discipline se donnait une ambition explicative. Elle perdure malgré tout jusqu'au milieu du xxe siècle.

Après la Seconde Guerre mondiale, la notion de ressources conserve une place de choix dans la discipline. Cependant, les conséquences environnementales de la croissance économique donnent un nouveau visage à l'analyse des ressources naturelles. Les sciences économiques renouvellent alors profondément les termes du débat. Les relations entre la pensée économique et les problèmes des ressources subissent en effet de profondes modifications entre le début du xixe siècle et la fin du xxe siècle.

Les ressources entre environnement, développement et démocratie

Depuis les écrits de l'économiste classique Jean-Baptiste Say jusqu'au rapport Brundtland de 1987 en passant par les travaux du Club de Rome s'élaborent de nouvelles approches visant à « écologiser l'économie ». Les économistes ont pendant longtemps considéré les ressources naturelles de la planète comme inépuisables, et comme données une fois pour toutes. La principale conséquence de ce postulat théorique fut la profonde négligence des impacts sur les milieux et notamment sur les rythmes de reproduction de ces derniers. À la suite des travaux de Say, les réflexions sur les relations entre le système économique et la nature seront précisément de plus en plus soucieuses d'intégrer l'environnement dans le champ économique. La première étape significative de ce processus commence, à l'échelle internationale, en 1972 avec le Club de Rome et les principes de « croissance zéro ». À la suite du rapport Meadows (The Limits to Growth, 1972), se développe tout un courant de pensée autour de la notion « d'entropie universelle ». La vision qui émerge alors est celle d'un monde aux ressources limitées et où l'ensemble des stratégies de gestion se placent sur le plan de la défensive et de la préservation. La notion de « stock » qu'il faut administrer selon les rythmes de reproduction et les perspectives d'épuisement domine alors. La classification des ressources naturelles s'affine avec l'apparition de la distinction entre ressources renouvelables, la biomasse par exemple, et ressources non renouvelables, dont les énergies fossiles sont le symbole. Rompant avec les tendances immobilistes issues de la période précédente, une nouvelle gestion se dessine, dont les principes reposent sur la coévolution de l'environnement et du développement économique (Ignacy Sachs, Stratégies de l'écodéveloppement, 1980). Ces principes sont ceux du développement durable (sustainable development), issus du rapport Brundtland de 1987 où dominent les notions de patrimoine, de qualité, de bien commun et de solidarité intergénérationnelle. La rareté et l'unicité de la ressource en eau, par exemple, sont de plus en plus admises. Sa gestion ne se pose plus uniquement en termes économiques de stocks ou encore de flux, mais davantage en termes de patrimoine. La coévolution voulue et proclamée pour la gestion environnementale place la ressource en eau à l'interface entre nature et société.

Au début des années 1980, la place de plus en plus prépondérante prise par le concept de territoire dans la réflexion en géographie remet en question les approches environnementales et les conceptions relatives aux ressources naturelles. Ces dernières n'apparaissent plus seulement comme une donnée, mais résultent d'une appropriation et d'une construction sociale. L'exploitation et la mise en valeur des ressources environnementales deviennent ainsi un enjeu. Pour l'eau par exemple, la source devient ressource. Dans cette optique, il ne saurait exister de ressources en tant que telles, en dehors du champ social, de ressources absolues détachées des conditions techniques, politiques et économiques de leur exploitation. L'usage du terme ressources permet ainsi de repérer et de comprendre l'ensemble des formes et des processus matériels et immatériels qui naissent de l'impact d'une pensée et /ou d'une action humaine sur un système naturel et inversement. Le recours à cette notion devient dès lors un des révélateurs des relations homme-nature, relatif dans le temps et dans l'espace.

La notion de ressources apparaît donc comme un terme polysémique marqué par une inflation concernant son usage. Mais, finalement, la difficulté de cerner cette notion avec précision ne cache-t-elle pas une autre interrogation ? En parler ne renvoie-t-il pas aujourd'hui à une façon d'aborder des problématiques essentielles comme l'allocation des ressources entre usagers, la finalité de leur production et de leur utilisation sociale, leur répartition au sein d'un territoire ?

Auteur: Stéphane GHIOTTI
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