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Définition et synonyme de : RÉVOLTE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RÉVOLTE Une révolte, dans des annales historiques, est un moment de refus de l'autorité politique. Une foule recourt à la violence pour interrompre les rapports sociaux habituels et la norme institutionnelle qui lui paraissent alors insupportables. La révolte individuelle d'un homme qui méprise le monde peut demeurer ignorée des chroniques, une révolte collective appartient à l'histoire politique. La révolte et son quasi-synonyme la rébellion sont des infractions sanctionnées par le droit pénal en tant que désobéissances à la loi et résistances par voies de fait. Dans l'imaginaire de l'époque moderne, la révolte est réputée soudaine, irrationnelle, spontanée, venue de la colère, de l'indignation de l'instant. Cet aspect affectif apparaît dans l'expression surannée « émotion populaire », si e e fréquente dans les récits des xvi et xvii siècles. Les lieux communs du langage assimilent la révolte à une catastrophe naturelle qui gronde, éclate, embrase, et qui est étouffée, écrasée. Si on lui attribue plus de préméditation et d'ambition, elle tend à la sédition, à la subversion. L'expression « lever l'étendard de la révolte » indique la volonté de la part de « factieux » de susciter une rupture de l'ordre, d'instaurer une nouvelle loi.
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RÉVOLTE

Une révolte, dans des annales historiques, est un moment de refus de l'autorité politique. Une foule recourt à la violence pour interrompre les rapports sociaux habituels et la norme institutionnelle qui lui paraissent alors insupportables. La révolte individuelle d'un homme qui méprise le monde peut demeurer ignorée des chroniques, une révolte collective appartient à l'histoire politique. La révolte et son quasi-synonyme la rébellion sont des infractions sanctionnées par le droit pénal en tant que désobéissances à la loi et résistances par voies de fait.

Dans l'imaginaire de l'époque moderne, la révolte est réputée soudaine, irrationnelle, spontanée, venue de la colère, de l'indignation de l'instant. Cet aspect affectif apparaît dans l'expression surannée « émotion populaire », si fréquente dans les récits des xvie et xviie siècles. Les lieux communs du langage assimilent la révolte à une catastrophe naturelle qui gronde, éclate, embrase, et qui est étouffée, écrasée. Si on lui attribue plus de préméditation et d'ambition, elle tend à la sédition, à la subversion. L'expression « lever l'étendard de la révolte » indique la volonté de la part de « factieux » de susciter une rupture de l'ordre, d'instaurer une nouvelle loi.

Au xixe siècle, un discours savant sur les foules est élaboré par le sociologue Gustave Le Bon (Psychologie des foules, 1895), reprenant les images d'entraînement, d'aveuglement et de danger des tumultes populaires. Ce modèle, composé au lendemain des troubles de la Commune, confortait l'idée d'épidémie et de contagion des révoltes.

La découverte du grand nombre des mouvements de révoltes qui ont eu lieu aux xvie et xviie siècles a suscité les débats les plus vifs, dans les années 1960, notamment entre les historiens Boris Porchnev (Les Soulèvements populaires en France de 1632 à 1648, 1963) et Roland Mousnier (Fureurs paysannes : les paysans dans les révoltes du XVIIe siècle (France, Russie, Chine), 1967). L'historien soviétique voulait voir dans ces violences un front de classe élitaire de l'« État féodalo-absolutiste » opposé aux masses populaires, alors que Mousnier y voyait une réaction à la croissance des institutions fiscales de l'État moderne.

Révolte ou révolution ?

Le concept de révolte est classiquement employé par les historiens en contraste avec celui de révolution. Les motifs manifestés ou seulement implicites de l'événement, ses opportunités, l'ampleur des moyens, le nombre et le niveau social des insurgés n'influent pas sur la définition de la révolte. C'est l'issue effective du mouvement, l'opinion que vont s'en faire les acteurs et témoins, et surtout l'image que vont en donner les historiens qui justifient l'usage du terme. La postérité tend à appeler révolte une violence politique ponctuelle, qui serait de durée relativement courte et qui, surtout, serait marquée par sa vocation ou son résultat d'échec. Le caractère plus ou moins subversif du projet ne caractérise pas une révolte. Ainsi, les menées des anabaptistes allemands qui, en 1525, voulaient bouleverser l'ordre du monde, reçoivent dans l'historiographie l'étiquette de révolte. Au contraire, si le succès a couronné l'événement, si la cause s'est trouvée sacralisée par un accès au pouvoir, les historiens le nomment « révolution ». L'insurrection des colonies anglaises de l'Amérique est à ce titre qualifiée de révolution, parce que, en 1781, elle fut victorieuse et aboutit à la création d'une nouvelle entité souveraine. Les gigantesques crises et changements idéologiques de la France en 1789 et de la Russie en 1917 sont les exemples les plus classiques de révolutions, cas monumentaux, et donc atypiques. En revanche, les diverses résistances aux gouvernements révolutionnaires sont désignées comme des révoltes, et les prises d'armes de groupes radicaux urbains sont appelées des « journées ». Émeutes, journées, révoltes et coups d'État qui jalonnent en France la dernière décennie du xviiie siècle sont effectivement les éléments d'une crise infiniment plus complexe que les contemporains avaient choisi d'appeler révolution.

Les travaux historiques publiés dans les années 1970 ont confirmé la multiplication des prises d'armes paysannes et des émeutes urbaines ponctuelles concentrées au cours des siècles modernes. Chacun de ces événements eut, en son temps, peu d'influence sur le cours de l'histoire, mais leur grand nombre et leur localisation particulière (Aquitaine, Normandie, Provence, Languedoc) permettent d'y voir un type de manifestation politique populaire que les gouvernements savaient reconnaître et dont ils devaient tenir compte (Yves-Marie Bercé, Croquants et nus-pieds. Les soulèvements paysans en France du XVIe au XIXe siècle, 1974). En analysant les révoltes sur un temps long, le sociologue américain Charles Tilly a mis en évidence la tendance à la politisation des formes de contestation (La France conteste, de 1600 à nos jours, 1986). Les travaux de Jean Nicolas vont dans le même sens (La Rébellion française. Mouvements populaires et conscience sociale 1661-1789, 2002). L'opposition notionnelle entre révolte et révolution, qui finit par dévaloriser la révolte perçue comme étant au mieux une étape vers la révolution, n'est plus guère discutée et a un peu perdu sa pertinence. L'histoire des mentalités et l'anthropologie historique s'attachent désormais à analyser des faits sociaux moins évidents, tels que les modes d'expression des opinions, les comportements, la circulation des nouvelles, les représentations collectives, le rôle des rumeurs, etc.

Le théâtre de la révolte

Historiens et sociologues, constatant la banalité des situations de révolte, en viennent à présenter une sorte de modèle de l'événement. C'est lorsqu'une révolte réussit à être maîtresse d'un espace et provoque une vacance du pouvoir que les buts fondamentaux du projet peuvent avoir le temps de se révéler. Les insurgés prétendent assumer les fonctions élémentaires du pouvoir et, à leurs yeux, elles sont avant tout celles de la justice. Ils recherchent alors leurs ennemis ou ceux qui en ont l'apparence. Des pillages, incendies ou mises à mort s'exercent contre des cibles emblématiques du mouvement telles qu'hôtels de ville, biens d'un supposé ennemi, etc. Maurice Agulhon a montré comment les paysans du xixe siècle expriment symboliquement leurs attentes politiques en exerçant des violences sur un mannequin de paille, figurant l'autorité politique contestée (La République au village, 1970). Bien que la fête ne soit qu'exceptionnellement un prélude à la révolte (Yves-Marie Bercé, Fête et révolte, 1976), des auteurs ont pu trouver des similitudes entre les déchaînements de la violence collective et les émotions des fêtes, comme le carnaval qui semble suspendre l'ordre traditionnel (Emmanuel Le Roy Ladurie, Le Carnaval de Romans. De la Chandeleur au mercredi des cendres 1579-1580, 1979).

Les épisodes d'une révolte se prêtent facilement à un découpage en scènes, selon un procédé qui correspond à une métaphore fréquente dans les écrits de la Renaissance, celle du monde figuré comme un gigantesque théâtre. Ce modèle de révolte est un type d'événement caractéristique des annales des xvie et xviie siècles ; il doit être considéré comme un élément de la culture politique de la période moderne.

Auteur: Yves-Marie BERCÉ
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