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Définition et synonyme de : RÉVOLUTION

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RÉVOLUTION Le concept de révolution désigne le renversement des autorités politiques d'un État par un mouvement de masse qui n'hésite pas à avoir recours à la violence. Souvent, le nouveau pouvoir ne se limite pas à transformer l'ordre juridique et politique, mais intervient aussi plus ou moins largement dans la sphère socio-économique. Les révolutions qui marquent de profondes césures historiques, comme la Révolution française, la révolution russe ou la révolution chinoise, sont des bouleversements à la fois sociaux, politiques et culturels. Il ne faudrait confondre la révolution ni avec la révolte ni avec le coup d'État. La première reste généralement localisée et éclate spontanément pour atteindre des objectifs limités. Le second peut bien aboutir à un changement de régime, mais demeure une « révolution de palais », effectuée au sein de l'appareil étatique et en dehors d'une vaste mobilisation de masse. Le coup d'État peut parfois être le détonateur d'une véritable révolution politique (comme au Portugal, en 1974) ou une étape d'un processus révolutionnaire plus profond (comme en Russie, en octobre 1917). Bien qu'elles puissent être parfois non violentes – par exemple dans le cas des satellites soviétiques à partir de 1989 –, les révolutions marquent toujours une rupture au sein de l'État, dont elles remettent en question le monopole de la violence.
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RÉVOLUTION

Le concept de révolution désigne le renversement des autorités politiques d'un État par un mouvement de masse qui n'hésite pas à avoir recours à la violence. Souvent, le nouveau pouvoir ne se limite pas à transformer l'ordre juridique et politique, mais intervient aussi plus ou moins largement dans la sphère socio-économique. Les révolutions qui marquent de profondes césures historiques, comme la Révolution française, la révolution russe ou la révolution chinoise, sont des bouleversements à la fois sociaux, politiques et culturels.

Il ne faudrait confondre la révolution ni avec la révolte ni avec le coup d'État. La première reste généralement localisée et éclate spontanément pour atteindre des objectifs limités. Le second peut bien aboutir à un changement de régime, mais demeure une « révolution de palais », effectuée au sein de l'appareil étatique et en dehors d'une vaste mobilisation de masse. Le coup d'État peut parfois être le détonateur d'une véritable révolution politique (comme au Portugal, en 1974) ou une étape d'un processus révolutionnaire plus profond (comme en Russie, en octobre 1917). Bien qu'elles puissent être parfois non violentes – par exemple dans le cas des satellites soviétiques à partir de 1989 –, les révolutions marquent toujours une rupture au sein de l'État, dont elles remettent en question le monopole de la violence. C'est pourquoi elles entretiennent, selon l'historien allemand Reinhart Koselleck, une relation symbiotique avec les contre-révolutions, dans le cadre d'un conflit radical qui prend souvent les traits d'une guerre civile.

Glissement de sens

Il faudra plusieurs siècles avant que le concept de révolution n'acquière sa signification actuelle de rupture et de transformation radicale de l'ordre social et politique. Pour saint Augustin, la révolution consistait à « revenir en arrière » (en latin revolvere), grâce à un mouvement cyclique du temps qui ramenait le monde à ses origines (La Cité de Dieu, 426). À partir de la Renaissance, ce concept sera reformulé sous l'influence de l'astronomie. Dans le sillage de Copernic, qui appelait « révolution » l'orbite des corps célestes autour du Soleil, révolution désignait « rotation ». Ainsi ce mot fut-il utilisé pour définir la « Glorious Revolution » de 1688, qui avait rétabli sur des bases stables la monarchie anglaise en clôturant le long cycle de cataclysmes politiques ouvert, en 1640, par le soulèvement de Cromwell. Le terme « révolution » désignait donc ce que nous appelons aujourd'hui plus couramment une « restauration ».

C'est la Révolution française qui introduit le concept dans son acception moderne de rupture politique. Ses protagonistes, notamment les Jacobins, vivent et théorisent la Révolution comme un acte régénérateur de l'humanité. Dans la perspective ouverte par les Lumières, l'événement est réinscrit dans une vision téléologique de l'Histoire qui le légitime comme un triomphe de la raison et comme une étape dans la marche de l'humanité vers le progrès. L'idée d'un mouvement cyclique – la rotation et le retour vers le point de départ – a ainsi laissé la place à celle d'un mouvement linéaire qui procède vers le futur. Au xixe siècle, la révolution se transforme en horizon d'attente et en incarnation des espérances d'émancipation des classes laborieuses.

Le concept marxiste

En leur temps, Marx et Engels se chargent de systématiser une conception de la révolution comme « locomotive de l'Histoire » dont la violence devient l'« accoucheuse ». On trouve chez Marx une vision de la révolution articulée en deux volets. D'une part, l'événement, c'est-à-dire une déstabilisation de l'État bourgeois suivie par la conquête du pouvoir politique par le prolétariat. Ce dernier se chargera alors de réorganiser la société et le pouvoir. D'autre part, le processus, produit d'une contradiction entre le développement des forces productives de la société et les rapports de production et de propriété traditionnels qui les enferment. La révolution brise cette enveloppe, désormais obsolète, permettant aux forces productives de s'épanouir dans le cadre d'un nouveau système social. Comme le capitalisme avait dû, pour assurer sa montée, se débarrasser du carcan représenté par l'Ancien Régime, ainsi le socialisme ne pourra-t-il voir le jour qu'après avoir éliminé les barrières d'un système économique fondé sur le marché et la propriété privée des moyens de production. Les marxistes, notamment Lénine dans L'État et la révolution (1917), ont essayé de reformuler cette conception de façon systématique. Trotski en a fait d'abord une clé d'interprétation des transformations sociales et politiques des pays sous-développés (Bilan et perspectives, 1905), puis une théorie et une stratégie de la révolution internationale (La Révolution permanente, 1928). À côté de l'approche marxiste, la science politique fonctionnaliste a vu la révolution comme une conséquence de la « frustration relative » produite par un hiatus entre les attentes de larges couches sociales et la capacité que possède le système socio-politique de les satisfaire (Ted Gurr, Why Men Rebel ?, 1970). La limite fondamentale de cette interprétation réside dans sa tendance à ignorer la dimension à la fois sociale, politique et culturelle des grands bouleversements révolutionnaires, pour focaliser son attention sur la demande sociale de biens de consommation.

Nouvelles interprétations

Tandis que, dans l'après-guerre, l'interprétation marxiste des révolutions a été renouvelée par des historiens comme Eric J. Hobsbawm (L'Ère des révolutions, 1789-1848, 1962), Adolfo Gilly (La Révolution mexicaine. 1910-1920. Une révolution interrompue. Une guerre paysanne pour la terre et le pouvoir, 1970) et Arno J. Mayer (Les Furies, 2000), la tendance a été forte, dans toutes les disciplines, à voir les révolutions comme des « catastrophes » de l'Histoire. Elles ont ainsi été réduites tantôt aux effets d'une idéologie dangereuse et criminelle (Richard Pipes, La Révolution russe, 1990), tantôt aux avatars tragiques d'un projet utopique d'émancipation sociale (Hannah Arendt, Essai sur la révolution, 1960), tantôt encore à la conséquence d'un cataclysme politique dont l'Histoire aurait bien pu faire l'économie (François Furet, Penser la Révolution française, 1978). Ces conceptions renouent avec une tradition intellectuelle conservatrice, illustrée notamment, au xixe siècle, par Joseph de Maistre ou Alexis de Tocqueville, en passant par Augustin Cochin. Parallèlement à cette remise en cause de la révolution, non plus idéalisée comme événement fondateur mais plutôt stigmatisée comme tare originaire de la modernité, l'historiographie a redécouvert, au cours de ces dernières années, la tradition allemande de la « révolution conservatrice ». Animé par des intellectuels comme Ernst Jünger et Moller van der Bruck, ce courant de la droite nationaliste essaie de faire coexister les valeurs conservatrices (autorité, ordre, hiérarchie) avec la technique et la société industrielle, dans le cadre d'un « État total » forgé par la guerre moderne (Stefan Breuer, Anatomie de la révolution conservatrice, 1993).

Il faudrait enfin rappeler la posture originale d'un marxiste hérétique comme Walter Benjamin qui ne concevait pas la révolution comme une « locomotive de l'Histoire », mais plutôt comme un « frein d'alarme » permettant à l'humanité d'arrêter sa course suicidaire vers les catastrophes de la modernité : la guerre et le fascisme (Sens unique, 1928).

Auteur: Enzo TRAVERSO
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