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Définition et synonyme de : RÉVOLUTION INDUSTRIELLE /RÉVOLUTION AGRAIRE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RÉVOLUTION INDUSTRIELLE /RÉVOLUTION AGRAIRE Diverses lectures de la notion de « révolution industrielle »Diverses lectures de la notion de « révolution industrielle » Certains historiens ont mis l'accent sur ses aspects techniques, concentrant d'abord leur attention sur les inventeurs et les processus intellectuels et pratiques ayant conduit aux inventions, ou plus précisément à la maîtrise effective, industriellement utilisable, des technologies nouvelles. Dans la même perspective, s'inspirant d'analyses initiées par Joseph Schumpeter, d'autres se sont intéressés à l'innovation, c'est-à-dire à la diffusion dans le corps social de ces technologies et à la réaction de ce corps social. Mais l'accent mis sur l'aspect technique a conduit à s'intéresser à toutes les périodes de rapide mutation des techniques de production et de transport, ce qui a parfois amené à parler, non sans paradoxe, de révolution industrielle e pour le xvii siècle, voire pour certaines périodes du Moyen Âge ou de l'Antiquité. Dans une autre ligne d'analyse, certains ont porté leur attention sur les conditions sociales de la révolution industrielle, étudiant, comme Paul e Mantoux (La Révolution industrielle au XVIII siècle, 1906), les changements dans les sociétés paysannes qui ont conduit à l'éviction massive des ruraux de leurs villages pour les précipiter dans les usines.
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RÉVOLUTION INDUSTRIELLE /RÉVOLUTION AGRAIRE

Le concept de « révolution industrielle » est né de l'observation des transformations économiques et sociales des pays européens et des États-Unis au xixe siècle, particulièrement dans sa première moitié. Tous les observateurs contemporains, voyageurs, économistes, écrivains, etc., ont mis en évidence les mutations considérables que la généralisation du machinisme et la maîtrise de la force énergétique de la vapeur ont induites dans les sociétés considérées. Ces transformations ont signifié la fin du régime de la manufacture (au sens étymologique strict de « fabrication à la main »), le déclin de nombreuses activités artisanales, la multiplication des usines et l'expansion rapide d'une classe de personnes travaillant dans ces dernières, les ouvriers. Commencée dès le dernier tiers du xviiie siècle en Angleterre dans la branche textile, cette révolution industrielle a donné une impulsion décisive à l'extraction charbonnière, qui fournissait son combustible aux machines à vapeur, et à la métallurgie, qui fabriquait les machines. Quand, à partir des années 1830, la révolution ferroviaire, celle des rails métalliques et des locomotives à vapeur, bouleversa à son tour les conditions du transport des marchandises et des personnes, c'est l'ensemble des ressorts décisifs de la révolution industrielle qui se trouva désormais mobilisé. Ces transformations de l'économie et de la société furent amplement décrites par Karl Marx, mais aussi par bien d'autres observateurs contemporains, de toutes obédiences idéologiques. C'est le réformateur social britannique Arnold Toynbee qui devait donner au concept son acception classique dans des conférences publiées en 1884, portant d'ailleurs sur la période déjà ancienne des débuts de cette révolution.

Diverses lectures de la notion de « révolution industrielle »

Certains historiens ont mis l'accent sur ses aspects techniques, concentrant d'abord leur attention sur les inventeurs et les processus intellectuels et pratiques ayant conduit aux inventions, ou plus précisément à la maîtrise effective, industriellement utilisable, des technologies nouvelles. Dans la même perspective, s'inspirant d'analyses initiées par Joseph Schumpeter, d'autres se sont intéressés à l'innovation, c'est-à-dire à la diffusion dans le corps social de ces technologies et à la réaction de ce corps social. Mais l'accent mis sur l'aspect technique a conduit à s'intéresser à toutes les périodes de rapide mutation des techniques de production et de transport, ce qui a parfois amené à parler, non sans paradoxe, de révolution industrielle pour le xviie siècle, voire pour certaines périodes du Moyen Âge ou de l'Antiquité.

Dans une autre ligne d'analyse, certains ont porté leur attention sur les conditions sociales de la révolution industrielle, étudiant, comme Paul Mantoux (La Révolution industrielle au XVIIIe siècle, 1906), les changements dans les sociétés paysannes qui ont conduit à l'éviction massive des ruraux de leurs villages pour les précipiter dans les usines. Sous cet angle, le développement des herbages, induisant celui de l'appropriation privée des terroirs matérialisée par les enclosures (clôtures), aurait évincé tous les petits exploitants qui, dans les campagnes anglaises de la fin du xviiie siècle, ne pouvaient plus s'adapter. Même si le caractère décisif de ce facteur de la révolution industrielle a été relativisé, au motif que le mouvement des enclosures est un mouvement bien plus ancien, l'étude des préconditions sociales de cette révolution reste un sujet qui continue à retenir l'attention.

La machine à vapeur, le charbon, la locomotive, la mécanisation furent donc les facteurs essentiels de la révolution industrielle. Quand de nouvelles mutations technologiques ont fait sentir leurs effets, la notion de « seconde révolution industrielle » est apparue, fondée sur le développement de l'électricité, de l'automobile, des hydrocarbures. De cette révolution commencée dans les premières années du xxe siècle (dans les pays les plus avancés du point de vue technologique), les historiens ont déjà pris largement la mesure, d'autant qu'elle continue de faire sentir ses effets sous nos yeux et de gagner progressivement toute la planète, alors que la première révolution industrielle n'est plus, dans ses effets comme dans ses modalités, qu'un objet d'intérêt historique. Faut-il parler de « troisième révolution industrielle » à propos de mutations technologiques plus récentes comme la maîtrise de l'énergie atomique et la toute récente révolution informationnelle ? Il est encore trop tôt pour le dire et les historiens du temps présent en sont, pour le moment, à décrire certains des effets sans avoir pu établir un consensus sur la nature et la portée de cette nouvelle révolution industrielle.

« Révolution agricole » ou « révolution agraire » ?

Il n'y a pas véritablement de parallélisme entre la notion de révolution industrielle et celle de révolution agricole. La terminologie est elle-même moins précise. Selon les cas, on parlera de « révolution agricole », pour mettre l'accent sur les mutations technologiques du travail de la terre, ou de « révolution agraire », pour prendre en compte également les effets sociaux de ces mutations, voire de « révolution rurale » si on fixe son attention sur les transformations de la société paysanne plus que sur celles des manières d'exploiter la terre. Il n'y a pas d'attribution nette de la révolution agricole à une période historique précise, même s'il est évident que la révolution industrielle du xixe siècle est associée à des transformations agricoles précises, comme le progrès des herbages et la révolution fourragère, le recul de la jachère, l'extension des amendements et l'apparition des engrais, les débuts de la mécanisation agricole. Mais, avec le recul du temps, on ne peut qu'opposer (du moins pour l'Europe occidentale continentale) une relative stagnation des techniques agricoles pendant des siècles, jusqu'au xixe compris, à la complète révolution technologique de la seconde moitié du xxe siècle. Avec pour conséquence alors une mutation rurale plus décisive qu'à aucun moment de l'histoire, et une élimination de la paysannerie traditionnelle considérablement plus rapide que sous les effets de quelque mouvement d'enclosure que ce soit.

Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le concept de révolution agricole ait connu des utilisations beaucoup plus variées que celui de révolution industrielle. N'a-t-on pas parlé, à juste titre, de la révolution agricole du Néolithique ? Comme on peut parler tout aussi légitimement de la « révolution verte » dans le Tiers Monde actuel, ou de la révolution agricole de l'Europe communautaire.

D'une certaine façon, c'est plus par leurs effets sociaux que les révolutions agricoles ont intéressé les historiens. D'où le concept de révolution agraire. Les relations entre dominants et dominés dans les campagnes, les formes d'appropriation de la terre et les conflits autour de cette appropriation, la stratification sociale des sociétés paysannes et rurales, les modes de faire-valoir, les relations entre les ruraux et les citadins, entre les paysans et les marchands, la part de l'autoconsommation et de la mise sur le marché, les modèles culturels dominants dans les villages ont connu des périodes de grande stabilité et des périodes de brutales mutations. Mais de telles révolutions rurales ont été décrites pour de nombreux endroits et périodes. N'a-t-on pas décelé chez Hésiode, au viiie siècle avant notre ère, les traces d'une crise que certains ont interprétée comme une révolution agraire et rurale ?

Le concept de révolution agraire est donc utile. Il permet de rendre compte de phases d'accélération du changement dans les campagnes et des effets de ces changements sur la société globale. Mais il n'y a pas à son sujet un consensus conceptuel des historiens aussi net que celui qui a fini par s'établir autour de la notion de révolution industrielle. Est-ce parce que l'agriculture est vieille de près de dix millénaires tandis que l'industrie n'a que deux siècles d'âge ?

Auteur: Pierre SALY
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