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Définition et synonyme de : RICHESSE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RICHESSE La pensée occidentale entretient une relation paradoxale avec la richesse. Bien qu'elle ait toujours été incapable de définir le concept avec précision, elle a reconnu depuis longtemps que la recherche de la richesse pouvait être une motivation puissante du comportement humain, le plus souvent pour le déplorer. Ce n'est qu'à la période moderne, avec la création et l'essor de la science économique, qu'a été reconnue comme légitime voire souhaitable l'accumulation des richesses, sans pour autant que le terme reçoive une définition objective et non sans soulever de virulentes contestations. Le débat sur les richesses Dès l'Antiquité grecque, l'école socratique critique vivement la position des sophistes favorables à l'enrichissement individuel. Platon, dans sa cité idéale, interdit à la classe supérieure toute richesse personnelle et privée. Pour Aristote (Politique, I, 2), les richesses recouvrent tout ce qui est utile et sert à la satisfaction des besoins humains, mais il faut savoir distinguer les « vraies richesses » des autres. Seuls les biens (et la monnaie) nécessaires à l'existence courante et à la « vie bonne » sont de vraies richesses – des « richesses naturelles ».
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RICHESSE

La pensée occidentale entretient une relation paradoxale avec la richesse. Bien qu'elle ait toujours été incapable de définir le concept avec précision, elle a reconnu depuis longtemps que la recherche de la richesse pouvait être une motivation puissante du comportement humain, le plus souvent pour le déplorer. Ce n'est qu'à la période moderne, avec la création et l'essor de la science économique, qu'a été reconnue comme légitime voire souhaitable l'accumulation des richesses, sans pour autant que le terme reçoive une définition objective et non sans soulever de virulentes contestations.

Le débat sur les richesses

Dès l'Antiquité grecque, l'école socratique critique vivement la position des sophistes favorables à l'enrichissement individuel. Platon, dans sa cité idéale, interdit à la classe supérieure toute richesse personnelle et privée. Pour Aristote (Politique, I, 2), les richesses recouvrent tout ce qui est utile et sert à la satisfaction des besoins humains, mais il faut savoir distinguer les « vraies richesses » des autres. Seuls les biens (et la monnaie) nécessaires à l'existence courante et à la « vie bonne » sont de vraies richesses – des « richesses naturelles ». En revanche, l'accumulation des biens et surtout de la monnaie, lorsqu'elle devient un but en soi, fait sortir de l'économie naturelle et entrer dans une « chrématistique » non naturelle : on n'a plus affaire alors à de vraies richesses, même si « on fait communément consister les richesses dans la grande quantité d'argent ». En outre, cette accumulation déçoit forcément celui qui s'y livre puisqu'elle n'a jamais de fin.

Dans la pensée chrétienne, la richesse terrestre n'est pas seulement une illusion, elle détourne des vraies richesses qui se trouvent au ciel (« Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la teigne et la rouille gâtent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel », Matth., VI, 19-21). Ainsi s'imposera pendant toute la période médiévale une attitude réservée et soupçonneuse envers les richesses matérielles, et critique envers l'enrichissement individuel.

À partir de la Renaissance, richesses matérielles et enrichissement sont perçus plus favorablement mais continuent d'être considérés comme des moyens et non comme des fins : les vraies richesses sont toujours ailleurs. La pensée mercantiliste en donne une illustration frappante avec l'importance qu'elle attribue au fait pour les pays de disposer en abondance de monnaie et de métaux précieux. Mais les auteurs de l'époque ne confondent pas ces métaux précieux et la richesse : ils voient dans ceux-ci essentiellement un moyen d'accroître la puissance (Thomas Hobbes, « Wealth is Power », 1651) tout comme peut le faire une population nombreuse et vaillante (Jean Bodin, « Il n'est de richesse que d'hommes », 1576).

Les richesses matérielles ne vont devenir des notions autonomes qu'à la fin du xviiie siècle, avec l'essor de l'économie politique (à partir de l'ouvrage fondateur d'Adam Smith en 1776, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations), cette discipline devenant la science des richesses.

Mais, malgré leurs efforts, les économistes classiques butent toujours sur la question de la définition. Tous partent de l'idée de Smith selon laquelle la « richesse réelle [est] le produit annuel de la terre et du travail de la société », c'est-à-dire l'ensemble des biens produits, les biens étant « toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ». La richesse, ainsi entendue, est confondue avec la production – une conception que l'on retrouve encore aujourd'hui lorsqu'on assimile la richesse d'un pays à son P.I.B. Mais il n'y a pas d'accord sur la définition des biens : Sont-ils uniquement matériels ? Comment doit-on entendre la référence à l'utilité ? Des biens non produits et gratuits (air, eau, etc.) ne sont-il pas aussi des richesses ? Qu'en est-il des terres ? Et de la monnaie ? En réalité, conclura Robert Malthus, dans le premier chapitre de ses Principes d'économie politique (1820), consacré précisément à la définition des richesses, « plus on examine le sujet, plus il paraît difficile, voire impossible d'en adopter une qui soit à l'abri de toute objection ».

La conception moderne, comptable et patrimoniale de la richesse

Mieux que les économistes, les juristes et les notaires disposaient, avec le concept de patrimoine, d'une définition et d'une mesure de la richesse économique claire, pratique et conforme au sens commun : le patrimoine, ensemble des biens à caractère pécuniaire d'une personne, dont il convient de déduire les dettes pour déterminer la richesse nette.

Apparemment éloigné du raisonnement économique classique, cette conception de la richesse pouvait y être facilement intégrée, au prix d'un glissement sémantique du terme « richesses ». La pratique des entreprises, avec l'importance donnée au bilan comptable, en indiquait la voie. Le bilan établit en effet le patrimoine de l'entreprise : il correspond assez exactement au capital fixe et circulant de l'économie classique que Smith avait défini comme les « fonds dont on espère tirer un revenu ». Dans cette nouvelle acception, la richesse n'est plus la production, elle est le capital qui à la fois permet cette production et en est le résultat, accumulé et transmissible. On comptabilise ainsi dans la richesse, conformément au sens commun du terme, des éléments non produits mais monétaires (actifs fonciers et financiers), et on fait apparaître clairement la distinction entre stock et flux. La richesse est un stock, c'est-à-dire un ensemble d'objets définis à un moment donné du temps ; la production, comme le revenu, sont en revanche des flux – des variations d'objets définies au cours d'une période de temps. L'enchaînement des stocks et des flux (les stocks à la fin de la période n correspondent aux stocks de la fin de la période n–1 modifiés par les flux de la période n) permet de suivre et d'analyser l'évolution de la richesse.

Cette conception patrimoniale et comptable de la richesse s'imposera définitivement lorsqu'on se préoccupera de mesurer la richesse et non plus seulement de la définir théoriquement, le cadre comptable du bilan se prêtant particulièrement bien aux calculs et pouvant être appliqué à divers niveaux – des individus aux nations, en passant par les entreprises ou les secteurs. La définition de la richesse qu'elle implique suscite encore nombre de critiques où affleure toujours le reproche de négligence des « vraies richesses ». Il est vrai qu'elle tend à limiter les richesses à des actifs principalement matériels et nécessairement appropriés, monétaires et marchands. La richesse ainsi entendue a plus à voir avec les droits de propriété qu'avec l'utilité ou la satisfaction des besoins humains. Mais le cadre comptable présente une grande souplesse dans la définition des actifs et des passifs à prendre en compte, la principale contrainte étant qu'ils doivent être exprimés en valeur monétaire pour pouvoir être sommés. L'introduction dans les richesses d'actifs immatériels a débuté au xixe siècle par la reconnaissance juridique de la valeur économique des fonds de commerce et connaît depuis lors un mouvement constant d'extension ; la possibilité de déterminer la valeur d'actifs n'ayant pas de prix de marché à partir de la somme actualisée de leurs revenus futurs permet d'envisager la comptabilisation d'éléments non marchands comme le savoir, la santé et, d'une façon générale, le capital humain. Et rien n'interdit de placer dans les actifs les richesses naturelles – à condition de se mettre d'accord sur la façon de les valoriser. La richesse, aujourd'hui comme hier, est une notion polysémique et évolutive.

Auteur: Marc PÉNIN
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