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Définition et synonyme de : RURAL

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Article publié par Encyclopaedia Universalis RURAL Le phénomène rural se définit-il aujourd'hui en France uniquement par défaut, parce qu'il ne remplit pas les caractéristiques de l'urbain ? Selon le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey, 1998) est rural ce qui concerne « la vie dans les campagnes », d'où une très grande diversité des angles d'analyse : population, activité, habitat, économie, milieu, exode... Mais, dans de nombreux travaux, la notion a longtemps été cantonnée au monde agricole et à ses activités ; le rural concernait ce qui relevait de la campagne et des champs. De la notion de rural découle celle de ruralité, dont le sens neutre n'est attesté que tardivement (Littré). Jusque-là, elle était synonyme d'« une ignorance de campagnard », tandis que, à la même époque, le ruralisme (1874) désigne « un préjugé en faveur des conditions de vie rurales ». C'est donc bien un ensemble de valeurs rattachées à la campagne qui fonde la notion de rural. Les analyses du rural sont indissociables des caractéristiques dominantes de chaque pays. Il est classique de voir la countryside britannique comme un parc paysager, marqué par des enjeux environnementaux prédominants, alors que la conception espagnole du rural est plutôt centrée sur la dimension agraire. Entre ces extrêmes qui renvoient aux contextes culturels, les recherches des géographes ruralistes ont contribué à cerner progressivement la notion de rural, à lui donner certaines tonalités.
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RURAL

Le phénomène rural se définit-il aujourd'hui en France uniquement par défaut, parce qu'il ne remplit pas les caractéristiques de l'urbain ? Selon le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey, 1998) est rural ce qui concerne « la vie dans les campagnes », d'où une très grande diversité des angles d'analyse : population, activité, habitat, économie, milieu, exode... Mais, dans de nombreux travaux, la notion a longtemps été cantonnée au monde agricole et à ses activités ; le rural concernait ce qui relevait de la campagne et des champs. De la notion de rural découle celle de ruralité, dont le sens neutre n'est attesté que tardivement (Littré). Jusque-là, elle était synonyme d'« une ignorance de campagnard », tandis que, à la même époque, le ruralisme (1874) désigne « un préjugé en faveur des conditions de vie rurales ». C'est donc bien un ensemble de valeurs rattachées à la campagne qui fonde la notion de rural.

Les analyses du rural sont indissociables des caractéristiques dominantes de chaque pays. Il est classique de voir la countryside britannique comme un parc paysager, marqué par des enjeux environnementaux prédominants, alors que la conception espagnole du rural est plutôt centrée sur la dimension agraire. Entre ces extrêmes qui renvoient aux contextes culturels, les recherches des géographes ruralistes ont contribué à cerner progressivement la notion de rural, à lui donner certaines tonalités.

Un rural progressivement de moins en moins agricole

Dans un premier temps, avant la fin des années 1950, la dimension agricole est considérée comme la composante culturelle majeure du phénomène rural, faveur qu'elle conserve par la suite chez les chercheurs, alors même qu'elle perd de l'importance dans les activités économiques. Cela s'est traduit par de nombreuses études sur les formes d'utilisation de l'espace rural, les activités des populations, les systèmes de culture, l'habitat. Ces recherches rencontrent et appuient parfois certaines idéologies. Ainsi la ruralité, par l'intermédiaire des valeurs identitaires qui lui sont rattachées, a constitué le soubassement conceptuel d'un certain nombre de régimes politiques (IIIe République, régime de Vichy). En France, le rural est souvent appréhendé comme une valeur-refuge, bien qu'il connaisse une « agricolisation », c'est-à-dire qu'il tend à se réduire à sa seule dimension agricole, et que l'exode rural s'intensifie. Ces transformations rapides, parfois brutales, aboutissent à une réalité provisoire que les travaux vont pourtant figer, à tel point qu'elle s'impose dans l'imaginaire collectif et résiste au-delà de cette période.

À partir des années 1960, l'espace rural cesse d'être appréhendé uniquement à travers l'activité agricole. Les travaux d'Henri Mendras (La Fin des paysans, 1967) et le caractère multidisciplinaire des recherches sur les questions rurales en témoignent. Cela s'explique par les changements profonds qui affectent la conduite de ces activités et par une diffusion de l'urbanisation vers les campagnes, au point que ce dernier aspect va devenir le thème dominant des études. L'espace rural voit se multiplier les usages liés au développement de la mobilité, elle-même associée à la facilité des transports, à la dissociation entre lieu de résidence et lieu de travail résultant de l'exode urbain. La caractérisation du rural devient de plus en plus complexe au point de faire apparaître le besoin d'une définition statistique. Avec la création des Z.P.I.U. (zones de peuplement industriel ou urbain) par l'I.N.S.E.E. en 1962, il n'est plus que l'espace résiduel qui existe en dehors des villes, des banlieues et du périurbain. Cette redéfinition met au jour un véritable effondrement démographique, associant les effets cumulés de l'exode rural et de la très forte diminution de la population active agricole. Pour autant ou en raison de ces évolutions, l'espace rural est de plus en plus convoité par de multiples usagers et pour divers usages. Il devient le théâtre de concurrences, de conflits opposant agriculteurs, propriétaires ou non d'exploitations agricoles, et nouveaux usagers venus à la campagne à la recherche d'un cadre de vie ou d'un habitat meilleur marché (les rural non farm des études anglo-saxonnes). Dans ce contexte, le rural est de plus en plus appréhendé dans ses relations avec la ville. Cela n'a pas manqué de provoquer le développement d'analyses critiques des indicateurs statistiques et des seuils retenus pour distinguer le rural de l'urbain.

Le rural, une réalité de plus en plus complexe

On admet aujourd'hui la déconnexion du rural et de l'agricole puisque ni l'agriculture ni les modes de vie de la campagne ne structurent plus l'espace rural. Les comportements sociodémographiques des agriculteurs s'apparentent au modèle dominant urbain. Cependant, la crédibilité des Z.P.I.U., qui donnaient à penser au début des années 1990 que le rural n'existait plus, est remise en cause. L'I.N.S.E.E. et l'I.N.R.A. vont alors proposer un nouveau mode de classification (le zonage en aires urbaines et en aires d'emploi de l'espace rural) reprenant des indicateurs de mobilité de main-d'œuvre et de nombre d'emplois, et offrant ainsi une nouvelle réalité aux espaces ruraux. Ces derniers seraient caractérisés par des pôles, les « pôles ruraux », offrant moins de 5 000 emplois et par des communes isolées dont plus de 60 p. 100 des actifs occupés travaillent et résident sur place. Le rural retrouve donc ainsi une certaine réalité économique.

Par ailleurs, l'espace rural acquiert de nouvelles valeurs qui se traduisent dans de nouvelles exigences liées à des préoccupations environnementales et patrimoniales. Le sociologue Marcel Jollivet parle d'un « rural postindustriel » (1997) dans lequel la matérialité du rural s'exprimerait dans le patrimoine culturel et le paysage à préserver, à travers un espace de loisirs et de résidence, et un nouveau mode d'habiter. La nature y devient le référentiel majeur, les paysages et l'environnement deviennent des éléments patrimoniaux. L'espace rural prend alors figure de bien collectif pour la société urbaine et les modalités de sa gestion tendent à s'éloigner des simples préoccupations de mise en valeur agricole (Bertrand Hervieu et Jean Viard, Au bonheur des campagnes et des provinces, 1996). Cette analyse justifie la réorientation des politiques publiques vers des approches qualitatives prenant appui, en dernière instance, sur les problématiques du développement durable. Vision qui réintroduit, d'une certaine façon, l'agriculture dans le rural en lui affectant de nouvelles missions, paysagères et environnementales. Cette agriculture, gardienne de certaines valeurs culturelles, réaffirme ainsi ses fonctions de production de biens et de services (Bernard Kayser, Ils ont choisi la campagne, 1996).

Ces dernières évolutions modifient le regard porté sur les modèles agricoles, marginalisés depuis le début des années 1960, et sur les espaces ruraux concernés par ces modèles. Ainsi, le rural, réalité de plus en plus multiforme, retrouverait une certaine légitimité sociale, dans la mesure où les conditions de production agricole et les valeurs attribuées à ces pratiques répondent aux attentes des consommateurs et des citoyens.

Auteur: Lucette LAURENS
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