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RYTHME, musique

Toute vie est rythme, c'est-à-dire mouvement et alternance ; en témoignent les rythmes du corps humain : battements du cœur, inspiration et expiration, marche... Et la plupart des sons qui nous imprègnent peuvent devenir rythme, à l'instar du ressac de l'océan. Ces mouvements peuvent être plus ou moins réguliers. Mais, dans tous les cas, ils se déroulent dans le temps.

Pour le scientifique, la durée se mesure avec des unités physiques : heures, minutes, secondes... Il en va différemment pour le musicien ; pour lui, la durée, c'est le rythme, c'est-à-dire la cadence avec laquelle les sons se succèdent, plus ou moins rapprochés ou éloignés dans le temps musical, qui lui-même varie en fonction du tempo.

Le rythme est un des paramètres principaux de la musique : dès lors qu'il existe une succession de sons et de silences de durées différentes, il y a rythme, alors qu'il n'y a pas forcément une mélodie. Un solo de tam-tam ou de batterie est ainsi une pièce musicale uniquement fondée sur le rythme. En revanche, il ne peut exister une mélodie sans rythme. Le rythme existe donc en dehors de la musique alors que le contraire n'est pas vrai : un son continu n'est pas musical ; un son sans rythme est un vagissement dépourvu de sens ; mais un rythme et un son suffisent à constituer une musique élémentaire. Le rythme est le mouvement audible de la matière sonore.

La notation rythmique

C'est à la fin du viiie siècle que la musique commence à être notée. Auparavant, seule la tradition orale en assurait la transmission. Les premiers copistes des mélodies grégoriennes utilisent des signes déjà employés dans des textes littéraires, et qui conservent leur signification originale, selon une analogie plus ou moins étroite avec le phénomène musical à exprimer. L'accent aigu et l'accent grave des grammairiens – la virga et le tractulus – étaient, par leur nature, aptes à distinguer les notes aiguës des notes graves. On constate ainsi le souci d'utiliser plusieurs moyens graphiques pour exprimer la variété des notes, leur hauteur et leur durée. À la base du système se manifeste l'intention de traduire une mélodie et le rythme de cette mélodie par un « geste », et de fixer celui-ci sur un parchemin. Ces signes s'appellent des neumes. La musique grégorienne n'étant pas mesurée, il n'existe pas de rythme purement théorique, a priori et absolu. Dans le chant grégorien, ce rythme ne se réalise que dans la symbiose du texte et de la mélodie, et, plus précisément, de la syllabe et du son. Le temps syllabique demeure le fondement et le point de référence du mouvement rythmique. N'étant pas rigoureusement mesuré ni toujours égal, il jouit d'une certaine élasticité, conséquence des modifications qui lui sont imposées par le « poids » divers des syllabes elles-mêmes.

Ce n'est qu'à la fin du xiie siècle, avec l'apparition de la polyphonie, que la durée de chaque son commence à être notée assez précisément. L'invention de graphies nouvelles – notes pleines ou évidées, rouges ou noires – permet aux compositeurs de varier entre les modes binaire et ternaire. Mais c'est à Philippe de Vitry vers 1320 que revient une initiative capitale : celle d'avoir imaginé les signes de mesure. Cette innovation va permettre d'écrire une musique plus variée, plus complexe, avec des valeurs de plus en plus fines.

Les éléments constitutifs du rythme

La pulsation se mesure en temps. Un musicien peut indiquer ou frapper les temps. C'est le rôle du chef d'orchestre ou du premier violon en musique de chambre de donner la pulsation et sa vitesse, que l'on nomme le tempo. La pulsation, c'est l'élément régulier, comme un tic-tac d'horloge, qui découpe le temps plus ou moins rapidement. Lorsqu'un musicien s'entraîne seul, et désire jouer dans un tempo régulier, il utilise un métronome qui lui fournit la pulsation et sur lequel il peut s'appuyer afin de ne pas modifier le tempo qu'il a adopté au départ. La pulsation peut indiquer le début de chaque temps, ce dernier représentant ainsi la durée entre deux pulsations ; celles-ci sont alors régulières et aisées à percevoir. Mais, de même que le cœur ne bat pas toujours à la même vitesse, une pulsation n'est pas toujours régulière, son tempo peut varier à l'intérieur d'un même mouvement ou même d'une phrase musicale. Il n'est pas rare de voir mentionnées sur une partition des indications de variation du tempo de la pulsation. L'accélération et le ralenti, pour lesquels les termes italiens sont restés souvent en usage dans la musique classique (accelerando et rallentando), sont très souvent utilisés. Ces variations de tempo donnent de l'énergie et renforcent l'expression. Pour qu'il y ait rythme, il doit y avoir alternance : une phase d'action, d'élan, par rapport à une chute ou un repos.

Chaque son ou silence possède une durée plus ou moins longue : un temps, un demi-temps, ou bien encore plusieurs temps. Les rythmes naissent d'enchaînements de différentes durées.

Pour se représenter l'écoulement du temps, le musicien se sert de repères sur la portée musicale appelés « barres de mesure » ; il s'agit de traits verticaux regroupant les notes en fragments de même durée, les « mesures ». Chacune de ces mesures contient un groupe de notes d'égale durée. Une mesure peut être à 1, 2, 3, 4, etc., temps. Avec des temps toutes les secondes, soit 60 pulsations à la minute, il faut deux secondes pour exécuter une mesure à deux temps, quatre secondes pour exécuter une mesure à quatre temps. Si le tempo est à 120 pulsations à la minute, une mesure à deux temps dure 1 seconde et une mesure à quatre temps 2 secondes.

À l'intérieur d'une mesure, le compositeur dessine des notes ; en d'autres termes, il utilise un code pour noter la hauteur et la durée d'un son. Il écrit également la valeur des silences. Parler de valeur nécessite d'aborder la question de la comparaison et de la proportion, ces deux notions étant liées. Une note isolée n'a pas de valeur en soi ; sa valeur n'existe que par rapport à d'autres notes contiguës. De plus, une note ou un groupe de notes de même durée ne se distingue que par rapport à une autre note ou un autre groupe de notes de durée différente.

À l'intérieur d'une mesure, il y a des temps forts et des temps faibles, donc des notes plus ou moins accentuées. Généralement, le premier temps est fort, les autres demi-forts ou faibles. Mais cette règle générale comporte de nombreuses exceptions. Dans une mesure à deux temps, le second temps est comme le rebondissement du premier. À trois temps, on rencontre diverses accentuations : la valse et le menuet sont deux danses à trois temps, dont le premier est toujours le plus appuyé. En revanche, la sarabande, danse espagnole à trois temps, a un deuxième temps toujours plus fort que le premier. Dans le cas d'une mesure à quatre temps, on accentue généralement le premier et le troisième temps : on donne un élan sur le premier temps pour aller vers le troisième. Le compositeur peut évidemment changer les règles et décider par exemple que, dans une mesure à deux temps, c'est le deuxième temps qui sera le temps fort. Ce cas se rencontre fréquemment chez Beethoven. Le parallèle le plus évident se fait avec la parole : il y a des syllabes accentuées et des syllabes faibles. Ces accents peuvent être inhérents à l'essence même de la langue ou bien venir de modifications expressives.

Le rythme : un mélange de paramètres

Pour qu'il y ait mouvement de la matière sonore et donc rythme, il faut qu'il y ait au moins deux sons, c'est-à-dire un point de départ et un point d'arrivée. La réalité est cependant plus complexe car cette assertion fait table rase de toute science des nuances et, plus spécifiquement, des variations d'intensité qui portent le nom de dynamique. En effet, un son unique longtemps tenu et qui va par exemple du triple pianissimo au triple forte (ou le contraire) donne la sensation de rapprochement (ou d'éloignement) et crée par là même un mouvement sonore, donc un rythme ; cette intensité croissante d'un son peut être plus ou moins rapide. Les différents paramètres du son s'imbriquent et se mélangent ; il n'est pas aussi simple de les séparer.

Auteur: Juliette GARRIGUES
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