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Définition et synonyme de : SACERDOCE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SACERDOCE Le sacerdoce hébraïque À l'époque patriarcale, il revenait au chef de famille d'offrir les sacrifices et de bénir ses enfants. La législation mosaïque organise un sacerdoce, qui se transmet dans la descendance d'Aaron, le frère de Moïse. Il a à sa tête un grand-prêtre, en qui l'on peut voir le chef véritable de la nation. C'est en ce sens qu'il faut certainement comprendre l'affirmation selon laquelle les fils d'Israël constituent « un royaume de prêtres » (Exode XIX, 6), c'est-à-dire un peuple non gouverné par des rois, comme le sont tous les peuples, mais par des prêtres. Il est vrai toutefois que la Septante, version grecque de la Bible e e hébraïque due à des Juifs alexandrins aux iii -ii siècles avant notre ère, traduit le pluriel hébreu kohanim, « prêtres », par un substantif singulier inconnu du langage classique, hierateuma, qui tend à désigner une collectivité possédant le sacerdoce sous un aspect corporatif. Quoi qu'il en soit, les textes bibliques qui fondent et justifient le sacerdoce aaronique ont été rédigés à l'époque post-exilique. Ils reprennent et actualisent des traditions plus anciennes, qui renvoient à la fin de l'esclavage en Égypte et à l'Exode. En ce sens, le sacerdoce israélite est centré sur le sacrifice qu'il convient de rendre au Dieu qui sauve et qui conduit son peuple confronté à des situations critiques.
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SACERDOCE

C'est une constante qu'un personnel cultuel, homme ou femme, attaché à un sanctuaire, édifice ou site naturel, soit plus particulièrement chargé, par le groupe croyant auquel il appartient, de tout ce qui regarde le lien de celui-ci avec la divinité et les puissances surnaturelles auxquelles il se réfère, qu'il craint ou dont il recherche la protection. Cette charge ainsi confiée, qui présuppose une distinction entre ce qui est profane et ce qui relève du sacré, édifie le sacerdoce. Il a pour tâche de réconcilier le terrestre et le céleste, l'humain et le divin, au moyen de rites appropriés, strictement codifiés. La notion de sacrifice accompagne toujours le sentiment religieux ; parfois sanglant, le sacrifice consiste aussi en une offrande de fruits ou de tout autre don. Le sacerdoce implique donc que celui qui en est investi soit regardé et accepté comme un intermédiaire entre ces deux mondes, celui des dieux et celui des hommes, avec comme conséquence d'incarner celui qui annonce et apporte d'en haut la bénédiction, voire, le cas échéant, la malédiction. L'entremetteur devient dès lors porteur d'une parole prophétique. Il n'en demeure pas moins très malaisé de définir dans l'absolu et avec quelque précision le concept de sacerdoce, qui dépend trop de chacun des contextes culturels au sein desquels on l'observe. Jusque dans les systèmes religieux qui n'ont pas de clergé constitué, par exemple dans le bouddhisme ou dans l'islam, ou encore lorsque la fonction religieuse s'exerce au moyen d'expériences extatiques et magiques comme dans le chamanisme, des pratiques, à défaut d'affirmations doctrinales, suggèrent le besoin d'une classe sacerdotale. Celle-ci est alors requise pour établir, par une thérapeutique sacrale, un pont – le monde romain connaissait le pontifex, celui qui fabrique des ponts – entre le monde visible, connu, et l'invisible, redoutable.

Le sacerdoce hébraïque

À l'époque patriarcale, il revenait au chef de famille d'offrir les sacrifices et de bénir ses enfants. La législation mosaïque organise un sacerdoce, qui se transmet dans la descendance d'Aaron, le frère de Moïse. Il a à sa tête un grand-prêtre, en qui l'on peut voir le chef véritable de la nation. C'est en ce sens qu'il faut certainement comprendre l'affirmation selon laquelle les fils d'Israël constituent « un royaume de prêtres » (Exode XIX, 6), c'est-à-dire un peuple non gouverné par des rois, comme le sont tous les peuples, mais par des prêtres. Il est vrai toutefois que la Septante, version grecque de la Bible hébraïque due à des Juifs alexandrins aux iiie-iie siècles avant notre ère, traduit le pluriel hébreu kohanim, « prêtres », par un substantif singulier inconnu du langage classique, hierateuma, qui tend à désigner une collectivité possédant le sacerdoce sous un aspect corporatif. Quoi qu'il en soit, les textes bibliques qui fondent et justifient le sacerdoce aaronique ont été rédigés à l'époque post-exilique. Ils reprennent et actualisent des traditions plus anciennes, qui renvoient à la fin de l'esclavage en Égypte et à l'Exode.

En ce sens, le sacerdoce israélite est centré sur le sacrifice qu'il convient de rendre au Dieu qui sauve et qui conduit son peuple confronté à des situations critiques. La construction du Temple de Jérusalem, que la Bible attribue au roi Salomon, a pour conséquence la centralisation en ce lieu des actes cultuels relevant du sacerdoce. Du même coup la lutte contre les sacrifices célébrés ailleurs, pour la plupart il est vrai sous l'influence persistante de l'ancienne religion cananéenne, sont dès lors regardés comme illégitimes et même blasphématoires. Son tour étant venu, chacune des vingt-quatre classes, ou familles, sacerdotales devait assurer son service dans le Temple une semaine durant, ainsi que le roi David l'aurait ordonné (Chroniques XXIV, 1-19). Soumises à des prescriptions très rigoureuses de pureté et de mœurs, eu égard à la sainteté de leurs fonctions, elles étaient entourées d'une si haute considération que Flavius Josèphe pourra écrire que, quel que soit ce qui, chez les autres peuples, détermine la noblesse, chez les Juifs c'est la possession du sacerdoce qui est la preuve d'une origine illustre. La destruction du Temple au moment de la première guerre juive, en 70 de notre ère, marquera la fin effective du sacerdoce dans le monde juif et l'épanouissement du judaïsme rabbinique de la synagogue.

Le sacerdoce chrétien

Les chrétiens ont reconnu en Jésus-Christ le grand-prêtre par excellence, comme l'atteste l'épître aux Hébreux dans le Nouveau Testament. C'est lui qui a offert sur la croix le sacrifice expiatoire, dont il est à la fois le sacrificateur et la victime. Le sacerdoce du Christ est inhérent à son incarnation, en laquelle se rejoignent l'humain et le divin, et parce qu'il est accomplissement de l'œuvre rédemptrice, il s'ouvre sur des perspectives eschatologiques. En soi, le sacrifice unique et parfait de Jésus-Christ implique la disparition du culte sacrificiel parmi ses disciples, quoiqu'ils aient, dans les tout premiers temps en tout cas, continué d'être assidus au Temple (Actes des Apôtres II, 46). Il peut pour cette raison sembler paradoxal que souvent, et cela depuis l'Antiquité, certains ministres des Églises chrétiennes aient pris le titre de prêtre et se le soient réservé, comme l'atteste déjà Tertullien à la fin du iie siècle, signifiant par là leur rôle conjoint de sacrificateur, de docteur et de distributeur des grâces divines.

La Réforme protestante du xvie siècle a au contraire insisté sur le sacerdoce commun des baptisés, ou sacerdoce universel, qui au demeurant n'est pas opposé au ministère ecclésial personnel du pasteur, ni ne le remplace. Lorsqu'ils ont affirmé, en se fondant sur la première épître de Pierre reprise de l'affirmation du livre de l'Exode, que tout baptisé est prêtre, Luther et les autres réformateurs ont – outre la polémique contre le sacerdoce personnel, épiscopal ou presbytéral et contre la conception du sacrifice de la messe qu'ils connaissaient dans l'Église romaine – souligné, d'une part, la plénitude du salut acquis par le sacrifice nécessaire et suffisant du Christ, et, d'autre part, que le croyant n'a besoin d'aucun intermédiaire entre lui et Dieu, auquel il est en mesure de librement offrir sa prière et son action de grâces. Tout baptisé, en raison de ce sacerdoce qu'il partage, doit lui-même se regarder comme engagé, personnellement et solidairement avec les autres croyants, dans la mission commune de l'Église dans le monde. Les dialogues œcuméniques établis ces dernières décennies permettent entre autres aux diverses Églises chrétiennes de mener ensemble une réflexion renouvelée sur la double question du baptême et du ministère, c'est-à-dire aussi du sacerdoce commun.

Auteur: Jacques-Noël PÉRÈS