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Définition et synonyme de : SALAIRE

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Article publié par Encyclopaedia Universalis SALAIRE Le salaire constitue la rémunération du travail. Mais il est plus que cela, comme le suggèrent certaines expressions. Pour qualifier une société industrielle développée, ne parle-t-on pas de société salariale ? Ainsi, dans la langue ordinaire inspirée par la langue du droit, le monde du travail est peuplé de « salariés » plutôt que de « travailleurs ». À coup sûr, le salaire ne se réduit pas à un prix. Pour comprendre le(s) sens actuel(s) du salaire, l'étymologie est d'un secours limité. Salarium, issu de sal, désignait la ration de sel attribuée au soldat, avant de correspondre à la somme versée pour qu'il se la procure, puis à la totalité de sa solde. L'acception de rémunération du travail ne se e répand qu'au xix siècle. C'est, il est vrai, l'époque où les représentations du travail gagnent en simplicité et abstraction, où s'amorce notamment une unification d'une multitude de travaux concrets, dotés de leurs organisations, de leurs usages, de leurs rites, sous l'appellation de travail salarié. Cette unification marque la naissance du droit du travail, ensemble de dispositifs qui assurent la soumission des salariés aux exigences des entreprises en même temps qu'ils leur offrent certaines sécurités. Le salaire est au cœur de ces mutations, car il est l'une des matrices essentielles des sécurités instituées par le droit social.
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SALAIRE

Le salaire constitue la rémunération du travail. Mais il est plus que cela, comme le suggèrent certaines expressions. Pour qualifier une société industrielle développée, ne parle-t-on pas de société salariale ? Ainsi, dans la langue ordinaire inspirée par la langue du droit, le monde du travail est peuplé de « salariés » plutôt que de « travailleurs ». À coup sûr, le salaire ne se réduit pas à un prix.

Pour comprendre le(s) sens actuel(s) du salaire, l'étymologie est d'un secours limité. Salarium, issu de sal, désignait la ration de sel attribuée au soldat, avant de correspondre à la somme versée pour qu'il se la procure, puis à la totalité de sa solde. L'acception de rémunération du travail ne se répand qu'au xixe siècle. C'est, il est vrai, l'époque où les représentations du travail gagnent en simplicité et abstraction, où s'amorce notamment une unification d'une multitude de travaux concrets, dotés de leurs organisations, de leurs usages, de leurs rites, sous l'appellation de travail salarié. Cette unification marque la naissance du droit du travail, ensemble de dispositifs qui assurent la soumission des salariés aux exigences des entreprises en même temps qu'ils leur offrent certaines sécurités. Le salaire est au cœur de ces mutations, car il est l'une des matrices essentielles des sécurités instituées par le droit social.

Au salaire, la société et ses institutions reconnaissent plusieurs rôles dont la coexistence, plus actuelle que jamais, recèle des tensions. La diversité de ses rôles se double d'une pluralité de notions.

Diversité des rôles

Le salaire est un coût, celui qu'entraîne, pour une entreprise, l'usage d'une force de travail. Ce coût a deux composantes, les sommes versées au travailleur, appelées souvent la rémunération, et les sommes versées à l'État, aux organismes sociaux ou à d'autres institutions, sommes appelées charges sociales. Or, dans une économie de marché, qui dit coût dit concurrence. Le salaire est fréquemment présenté comme un élément fondamental de la capacité concurrentielle, ou compétitivité, d'une entreprise, et, moyennant agrégations et calculs de moyenne, d'un pays dans son ensemble. La préoccupation d'une limite à la concurrence par les coûts salariaux est cependant ancienne. Elle s'exprime notamment par la revendication d'un tarif, qu'évoque la révolte des canuts en 1831. Mais surtout la convention collective y trouve sa première raison d'être : il s'agit, dans un espace professionnel, d'établir des règles salariales, dont des salaires-plancher pour éviter la dégradation des rémunérations. Aujourd'hui, avec la libéralisation des échanges, la préoccupation a acquis une autre dimension : faut-il, dans quel espace, et comment, contenir l'attraction que peuvent exercer des pays à moindres coûts salariaux ? La plupart des pays à hauts coûts salariaux ont entrepris de les réduire, notamment en agissant sur le niveau des charges sociales et sur le financement de la protection sociale.

Le salaire est aussi un instrument de gestion. Il constitue, en effet, l'un des moyens les plus sûrs de promotion de la productivité du travail. La diversification croissante des formes de rémunération illustre bien ce rôle du salaire. Ici, un employeur rétribue une plus grande pénibilité, une flexibilité des horaires, un respect des objectifs fixés ; là, soucieux de la fidélité du personnel, un employeur s'engage à maintenir la rémunération en cas d'absence pour maladie ; ailleurs, des options d'achat d'actions sont consenties aux cadres, invités par là à s'identifier à l'entreprise ou au groupe. Les pouvoirs publics sont régulièrement priés d'encourager, par des mesures d'allègement de charges ou d'impôts, l'essor de telle ou telle « rémunération de productivité ». L'intéressement, tel que prévu depuis 1967, doit son succès au régime favorable qui lui a été ménagé.

Si le salaire est, comme Marx l'avait déjà perçu, un moyen rationnel de gestion, c'est encore à raison de son mode de fixation. Établi par contrat, et sous réserve de respecter les salaires-plancher, ou minima, il se prête à des distinctions, autrement dit, à une individualisation. Mais jusqu'où ? Moins que jamais, et sans doute avec une exigence qui croit avec la conscience des obstacles, l'entreprise ne peut prétendre se soustraire aux valeurs civiques. Aussi, la détermination des salaires doit respecter les nombreuses interdictions de discrimination, tant celles qui protègent l'exercice des libertés que celles qui garantissent l'égale dignité des personnes. Un pas de plus a été franchi avec la pleine consécration récente d'une règle « à travail égal, salaire égal ». Une telle règle ne met pas hors la loi toute différence ; elle oblige, si une distinction est contestée, à établir qu'elle repose sur une différence objective de situations.

Avec le développement du droit social, s'affirme une autre perspective : le salaire est un revenu, non pas un revenu quelconque mais le revenu d'une personne appelée à exercer ses droits fondamentaux. Bien que la Constitution française ne proclame pas un droit à un salaire décent, ou permettant au travailleur et à sa famille une vie digne, l'institution légale d'un salaire minimum, le S.M.I.G. en 1950, le S.M.I.C., depuis 1970, s'inscrit dans cette logique. Tous les appels lancés en vue de supprimer le S.M.I.C., de restreindre le cercle de ses bénéficiaires ou d'en limiter strictement le montant mettent en cause ce rôle cardinal du salaire : il forme le revenu d'un citoyen véritable.

Cette conception du salaire ne justifie pas seulement l'institution d'un salaire minimum ; elle explique que le salaire ne puisse qu'exceptionnellement faire l'objet d'amputation de la part de l'employeur ou de prélèvement au profit de tiers ; elle justifie la quête d'une stabilité de la rémunération. Plusieurs voies ont été empruntées à cette dernière fin. Le recul du salaire à la tâche, à la pièce ou à la journée a accompagné l'essor de la mensualisation. Une voie plus récente tend à l'instauration, à la charge de la collectivité et dorénavant à la charge première de l'employeur, d'un revenu garanti, dit « salaire d'inactivité », en cas d'interruption de travail due à certains événements, dont la maladie et la maternité.

Entre ces divers rôles reconnus au salaire, des tensions existent, dont la plus tangible est celle qui procède de la double ambition de réduire les coûts salariaux tout en accroissant l'intensité du travail.

Pluralité de notions

Le salaire sert d'assise à de nombreuses règles et institutions en lesquelles se marque l'un de ses rôles ou une combinaison de plusieurs de ceux-ci. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le salaire soit aujourd'hui une notion relative.

Dans son acception la plus restrictive, il est la contrepartie directe du travail. Telle est la définition retenue par le calcul du S.M.I.C. De la sorte, un salarié peut prévoir son revenu minimum et ne pas tenir compte, dans ses anticipations, de primes plus ou moins aléatoires.

Dans son acception la plus extensive, le salaire correspond à toute somme due au salarié, rémunération directe du travail, indemnités de tous ordres. La langue du droit emploie alors l'expression « créance salariale ». Cette acception sert à déterminer l'étendue des garanties dont profite un salarié dont l'entreprise est défaillante, ou encore à établir l'étendue de l'autonomie financière que le Code civil reconnaît à chaque conjoint sur ses gains et salaires. Elle guide aussi la fixation de l'assiette des cotisations sociales. Entre ces deux extrêmes, il y a place pour des notions intermédiaires. L'égalité de rémunération, notamment entre hommes et femmes, doit être vérifiée pour tout ce qui est versé à l'occasion du travail.

Auteur: Antoine LYON-CAEN