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Définition et synonyme de : SCEPTICISME

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Article publié par Encyclopaedia Universalis S C E P T I C I S M E L'Antiquité connaît deux écoles sceptiques, qui toutes deux se réfèrent à Pyrrhon (env. 360-env. 270). La première s'est développée à Athènes, à l'intérieur de l'Académie, sous l'impulsion d'Arcésilas (env. 315-env. 240) et de Carnéade (env. 215-env. 129). Elle affirme que toute connaissance est impossible. Rejetant cette forme négative de dogmatisme, la seconde se contente d'avancer que nous ne pouvons jamais savoir si nous connaissons quelque chose ou non, et prône l'abstention de tout jugement. S'appuyant notamment sur des arguments (tropes) développés par Énésidème et Agrippa, Sextus Empiricus (env. 200 apr. J.-C.) systématisera cette forme de scepticisme, dénommée alors pyrrhonisme. C'est elle qui va marquer e profondément l'esprit européen à partir du milieu du xvi siècle. Trois facteurs expliquent la résurgence du scepticisme à cette époque. D'abord, la Réforme et la mise en question d'un certain nombre de vérités religieuses. À cet égard, des penseurs catholiques s'allieront aux sceptiques pour rejeter la confiance luthérienne en la raison individuelle. Par ailleurs, à la suite de la redécouverte du monde antique et de la découverte des Amériques, les Européens, en constatant l'existence d'autres lois et d'autres mœurs, se voient obligés de se poser la question de la vérité morale. Enfin, la révolution copernicienne met radicalement en question la conception classique de l'univers.
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SCEPTICISME

L'Antiquité connaît deux écoles sceptiques, qui toutes deux se réfèrent à Pyrrhon (env. 360-env. 270). La première s'est développée à Athènes, à l'intérieur de l'Académie, sous l'impulsion d'Arcésilas (env. 315-env. 240) et de Carnéade (env. 215-env. 129). Elle affirme que toute connaissance est impossible. Rejetant cette forme négative de dogmatisme, la seconde se contente d'avancer que nous ne pouvons jamais savoir si nous connaissons quelque chose ou non, et prône l'abstention de tout jugement. S'appuyant notamment sur des arguments (tropes) développés par Énésidème et Agrippa, Sextus Empiricus (env. 200 apr. J.-C.) systématisera cette forme de scepticisme, dénommée alors pyrrhonisme. C'est elle qui va marquer profondément l'esprit européen à partir du milieu du xvie siècle.

Trois facteurs expliquent la résurgence du scepticisme à cette époque. D'abord, la Réforme et la mise en question d'un certain nombre de vérités religieuses. À cet égard, des penseurs catholiques s'allieront aux sceptiques pour rejeter la confiance luthérienne en la raison individuelle. Par ailleurs, à la suite de la redécouverte du monde antique et de la découverte des Amériques, les Européens, en constatant l'existence d'autres lois et d'autres mœurs, se voient obligés de se poser la question de la vérité morale. Enfin, la révolution copernicienne met radicalement en question la conception classique de l'univers. De la religion, le scepticisme s'est ainsi étendu à la morale et à la science. Ses grands représentants aux xvie et xviie siècles sont Montaigne, Pierre Charron, La Mothe le Vayer ou encore Pierre Gassendi. C'est à cette résurgence du scepticisme que réagit René Descartes (1596-1650). Poussant le doute jusqu'à son extrême limite, il découvre une première vérité (le cogito) qui le met sur la voie d'un critère de vérité. À peine un siècle après Descartes, David Hume (1711-1776) prônera une forme de scepticisme qui conduira Emmanuel Kant (1724-1804) à chercher à guérir la raison de ses prétentions métaphysiques, sans attenter à ses prétentions scientifiques (Critique de la raison pure, 1781).

Le scepticisme possède avant tout une visée éthique : il doit nous conduire au bonheur. Celui qui s'engage dans le jeu de la vérité risque de s'y perdre. Cette crainte trouble son âme et le rend malheureux. Mieux vaut donc s'abstenir de tout jugement. Pour obtenir une telle suspension (épochè), le sceptique oppose les perceptions et/ou les idées afin de montrer que les raisons qui nous poussent à donner notre assentiment à une proposition ne nous apparaissent pas plus pressantes que celles qui nous poussent à la rejeter. Pour ce faire, il recourt à une série d'arguments ou tropes, suggérant que tous les fondements épistémologiques proposés sont sujets à critique. Cette abstention totale vaut surtout pour les idées qui se rapportent aux choses cachées. Le sceptique distingue les choses qui ne s'imposent pas à nous de celles qui s'imposent à nous, comme la douleur. À ce propos, il ne dira pas ne pas savoir s'il souffre ou non, mais qu'il ignore si la douleur est un mal ou un bien. Il pratique donc une abstention ontologique pour les idées qui ne s'imposent pas à nous et une abstention axiologique pour celles qui s'imposent à nous. Ainsi, il espère atteindre le repos de l'âme en ce qui concerne les premières, et une souffrance modérée en ce qui concerne les secondes.

Le sceptique est par nature conservateur : comme il ne sait pas quelles coutumes et quelles lois sont les bonnes, il accepte, mais sans y adhérer, celles qu'il trouve établies. S'il combat les prétentions normatives de la raison, il s'accommode de la facticité de la tradition.

Quatre voies au moins s'offrent à celui qui veut réfuter le sceptique. – La voie pragmatique : au sceptique qui dit qu'il ne sait pas si le mouvement existe ou non, on répond en se levant et en marchant ; – la voie dogmatique : au sceptique qui dit que nous ne pouvons pas savoir si nous pouvons connaître ou non, on oppose certaines affirmations que l'on dit connaître avec certitude ; – la voie de la contradiction pragmatique : lorsque le sceptique dit ne rien savoir, il doit au moins savoir (a) qu'il ne sait rien et (b) qu'il est en train d'affirmer ne rien savoir ; – la voie ontologique : on rejette le présupposé ontologique du scepticisme, à savoir qu'il existe un gouffre incommensurable entre le sujet, enfermé dans ses perceptions, et l'objet extérieur. Pour échapper aux objections, le sceptique soutiendra qu'il ne parle pas de ce qui est, mais qu'il exprime seulement ce qu'il ressent. Il ne veut pas convaincre son interlocuteur, mais le déstabiliser en lui suggérant que les choses pourraient aussi être autrement qu'il ne les imagine. Le sceptique ne se soucie pas de la vérité de ses arguments, mais seulement de leur efficacité déstabilisatrice et, pense-t-il, guérissante.

Auteur: NORBERT CAMPAGNA
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