Cette publication est accessible gratuitement
Lire

Définition et synonyme de : SENS /RÉFÉRENCE, linguistique

De
5 pages
Article publié par Encyclopaedia Universalis SENS /RÉFÉRENCE, linguistique L'une des fonctions les plus importantes du langage est la fonction référentielle, qui permet au locuteur de communiquer des informations à propos de la réalité extralinguistique, c'est-à-dire de faire référence à des entités et à des événements du monde. Dès le Moyen Âge, les logiciens ont insisté sur la nécessité de distinguer la relation qui unit le mot avec l'objet qu'il permet de désigner (objet appelé « référent ») et la relation qu'entretient le mot avec le concept qui lui correspond (à savoir sa « signification »). En 1892, dans un article devenu célèbre (repris en français sous le titre « Sens et dénotation », in Écrits logiques et philosophiques, 1971), le logicien allemand Gottlob Frege oppose à son tour la « référence » – également appelée « dénotation » – et le « sens ». Dans la langue, un même référent peut être désigné par plusieurs expressions qui, bien que partageant la même dénotation, ont des sens différents : ainsi la planète Vénus, appelée « étoile du soir » ou bien « étoile du matin » selon le point de vue que l'on adopte sur l'objet. Cette propriété de la langue conduit à des paradoxes logiques, auxquels se sont attaqués à la suite de Frege les plus grands logiciens, tels Bertrand Russell, Willard van Orman Quine, Rudolf Carnap ou Nelson Goodman.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

SENS /RÉFÉRENCE, linguistique

L'une des fonctions les plus importantes du langage est la fonction référentielle, qui permet au locuteur de communiquer des informations à propos de la réalité extralinguistique, c'est-à-dire de faire référence à des entités et à des événements du monde.

Dès le Moyen Âge, les logiciens ont insisté sur la nécessité de distinguer la relation qui unit le mot avec l'objet qu'il permet de désigner (objet appelé « référent ») et la relation qu'entretient le mot avec le concept qui lui correspond (à savoir sa « signification »). En 1892, dans un article devenu célèbre (repris en français sous le titre « Sens et dénotation », in Écrits logiques et philosophiques, 1971), le logicien allemand Gottlob Frege oppose à son tour la « référence » – également appelée « dénotation » – et le « sens ». Dans la langue, un même référent peut être désigné par plusieurs expressions qui, bien que partageant la même dénotation, ont des sens différents : ainsi la planète Vénus, appelée « étoile du soir » ou bien « étoile du matin » selon le point de vue que l'on adopte sur l'objet.

Cette propriété de la langue conduit à des paradoxes logiques, auxquels se sont attaqués à la suite de Frege les plus grands logiciens, tels Bertrand Russell, Willard van Orman Quine, Rudolf Carnap ou Nelson Goodman. En effet, dans certains types de contextes dits « opaques », substituer une expression à une autre peut conduire à changer la valeur de vérité de la proposition, malgré l'identité de dénotation des deux expressions. Ainsi, si Paul est mauvais en géographie, la proposition « Paul croit que Tegucigalpa est au Nicaragua » peut être vraie, alors que la proposition « Paul croit que la capitale du Honduras est au Nicaragua » a toutes chances d'être fausse – sauf à penser que Paul serait insensible à la contradiction ! –, et cela bien que Tegucigalpa et la capitale du Honduras soient une seule et même ville. Dans un tel contexte, c'est en effet le sens des expressions qui est en jeu, et qui conditionne le mode de détermination du référent. Selon Quine, la référence effective peut donc ne pas coïncider avec la dénotation, entendue comme référence virtuelle.

Peu de temps après Frege, et de façon totalement indépendante, Ferdinand de Saussure souligne, dans son Cours de linguistique générale (1916, rééd. 1995), que « le signe linguistique unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique ». Prenant bien soin de préciser que « tout se passe entre l'image auditive et le concept, dans les limites du mot, considéré comme un domaine fermé », il sépare par là même les signes de ce qu'ils représentent, permettant le développement ultérieur d'une sémantique strictement intralinguistique, c'est-à-dire exclusivement centrée sur l'étude du sens. Pour la tradition structuraliste d'inspiration saussurienne, la référence apparaît en effet comme un phénomène relevant de la « parole », et non pas de la « langue ».

De son côté, la sémiotique s'est efforcée de ménager, sur le plan théorique, une place au référent. Le « triangle sémiotique » – proposé en 1923 par Charles Ogden et Ivor Richards dans La Théorie des sens et modifié en 1951 par Stephan Ullmann – vise à montrer que la représentation du référent (ou « chose ») par le symbole (ou « nom ») se fait indirectement par l'intermédiaire de deux relations : le symbole (nom) représente la pensée (ou « sens »), qui à son tour se rapporte à un référent (chose). La plupart des travaux menés dans cette perspective ont toutefois privilégié l'étude du premier type de relation.

Il faudra attendre les dernières décennies du xxe siècle pour que la linguistique se tourne résolument vers l'étude de la référence. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution : le développement des approches sémantiques d'inspiration logique, l'intérêt porté par la pragmatique à la dimension communicationnelle du langage, et enfin la place centrale accordée par les grammaires cognitives aux phénomènes de catégorisation et de sous-catégorisation. Les philosophes du langage avaient déjà amorcé ce tournant, en montrant que la construction de la référence s'articule sur le sens : pour Peter Strawson, le signe en lui-même, qui n'a pas de référent mais a un sens, impose le mode de détermination du référent qui sera construit à propos d'une occurrence particulière de ce signe.

Dans la langue, certaines expressions sont employées pour référer à des entités, cependant que d'autres sont utilisées pour énoncer des propriétés à propos des entités : « Pierre (entité) est breton (propriété) ». Lorsqu'une propriété attribuée à une entité est actualisée de manière spatio-temporelle, l'énoncé dans son entier réfère à un événement : « Pierre est arrivé à Paris ce matin ». La référence est solidaire de la prédication, dans la mesure où, selon le type de prédicat choisi, c'est une facette différente de l'entité-référent qui se trouve activée : « La peinture a coulé sur le mur », « La peinture est l'un des beaux-arts », « La peinture a été achetée par un collectionneur », « La peinture lui convient mieux que la plomberie ». La référence à une entité implique l'existence de cette entité, sinon dans le monde réel, du moins dans l'univers du discours : parler d'une licorne ou de Tartarin de Tarascon revient à construire ces référents comme des objets de discours. Quant à l'identification du référent par le destinataire de l'énoncé (l'allocutaire), dans le processus de coréférence, elle peut être couronnée de succès ou non selon les circonstances et les connaissances d'univers respectives des deux interlocuteurs.

Les études linguistiques consacrées à la référence ont porté de façon privilégiée sur des expressions en emploi spécifique (référant à des entités particulières et concrètes), que ces expressions soient anaphoriques (renvoyant à des entités introduites précédemment dans le discours) ou non anaphoriques (mentionnées pour la première fois dans un discours). Ont en revanche été moins étudiés les emplois dits génériques, qui renvoient non pas à une entité particulière mais à une classe d'entités ou à un représentant quelconque d'une telle classe : « La nuit tous les chats sont gris », « Les chats sont des animaux fascinants », « Le chat est un mammifère », « Un chat ça peut miauler des heures ».

La gamme des expressions de la langue permettant de référer à des entités spécifiques est fort étendue : noms propres (Socrate), groupes nominaux définis (le vainqueur d'Austerlitz), groupes nominaux démonstratifs (cette personne), groupes nominaux indéfinis (une souris), pronoms personnels (toi) et autres « déictiques » (ici, hier). Pour une étude synthétique de ces différents types d'expressions en français, on consultera La Référence et les expressions référentielles en français de Michel Charolles (2002).

Auteur: Catherine FUCHS
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin